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Port-au-Prince, un monde et des univers parallèles

Port-au-Prince, un monde et des univers parallèles



Depuis quelques mois la Covid-19 connait une chute spectaculaire dans le pays. Pourtant, il n’y a pas de quoi s’en réjouir. Parce que nous sommes déjà dans le piège du mal - dans la désolation (Hannah Arendt, 1995) et de l’insignifiance. Comme les cigales, nous nous sommes mises à chanter, à nous livrer dans le spectaculaire, à dilapider de fonds qui devrait servir aux intérêts collectifs ; sans pour autant penser aux innombrables risques, de situation de paniques auxquels nous devons faire face. Aujourd’hui on est dans le cercle la violence. Elle se déploie sous des formes multiples : violence symbolique, violence physique, et la violence de l’État – détourné du sens wébérien. La violence prend possession de la carte. Elle se dissimule, se distille, et se justifie et ne se laisse pas définir et/ou attribuer à un espace géographique spécifique. Cela dit, à l’ instant où nous parlons, elle (la violence) n’a pas de topos. Elle peut être partout sur ce sol tenant compte de l’intensification des groupes armés couramment appelés gangs. Cependant, malgré la montée de la violence à Port-au-Prince et dans des quartiers satellites. On observe des gens qui continuent à mener une vie normale. Comme s’ils ne sont pas, a priori, ébranlés par ce qui se passe sous leurs yeux. Or, paradoxalement, ces gens-là ne sont pas exempts du mal. Qu’est-ce qui explique que des jeunes continuent à jouer au foot à Delmas deux, pendant qu’une situation chaotique saccage le quartier du Bel-Air ? Comment comprendre la présence massive d’individus cherchant une partie de plaisir sur le Champs-de-Mars, dans une période où la sécurité devient luxe ?

En effet, on est dans un contexte d’occupation de la carte par la violence. L’insécurité aujourd’hui ne se laisse point attribuer à un espace. Il est un fait que les individus, de même que les marchandises circulent - si l’on pose comme hypothèse qu’il existe un marché de la violence – des marchandises de la violence et des individus qui interviennent pour contrôler les produits de la violence. C’est ce qu’on se propose de comprendre. Si la violence ne suivait pas une logique de marché, de réseau de marchandise à livrer ou à contrôler, comment expliquer qu’elle crée beaucoup plus de paniques dans certains espaces, et produit moins de panique dans d’autres ? Rapportons des faits, et des discours pour mieux illustrer le tableau : « il ne faut surtout pas rester trop tard dans la rue, personne ne se charge de notre sécurité à part nous-mêmes ». Il est évident que la situation se dégrade au jour le jour en ce qui concerne la sécurité. D’ailleurs, au moment où le kidnapping effectuait sa démonstration de force, rentrer chez soi vers les sept heures était d’une difficulté énorme. Une véritable lutte pour grimper les minis bus. Dans quelques coins de la capitale le vide total. Pourtant à quelques mètres, la prostitution, des bières coulant à flots sur la place des artistes, des voitures alignées dans le grand hall de la rue Saint-Honoré. Comme si dans un même temps et dans un même espace, on observe des univers parallèles.

En réalité, ces univers peuvent sembler parallèles sans pour autant être trop distants ? Pas besoin d’une année-lumière pour passer de l’un à l’autre. Parce que tous ces univers ont des points de rencontre. Chacun doit nécessairement passer par un point nommé VAR. Comme l’a signalé André Corten (1994), la ville de port au prince est distribuée d’une manière à faciliter la croissance de la violence. Le mal même est idéalisé par le procès d’une urbanisation monstrueuse, d’une esthétique du laid. Mais cela traduit aussi, l’impossibilité même à capturer la violence, par manque de volonté politique et de compétence requise. Voilà en fait le tableau, on cohabite avec le mal, quelles que soient les conséquences. Ce n’est pas de la résilience. Cette dernière n’est pas une sorte de mutation génétique ou encore une sorte d’adaptation biopsychosociale qui conditionnerait les gens à vivre dans des conditions aussi abjectes. En ce sens, nous faisons les hypothèses, que les gens possèdent une pleine conscience des risques. Cependant, ils forgent des discours qui les aident à créer un monde alternatif construit avec les matériaux de l’incertitude et de la panique. L’intérêt est de vivre avec une certaine reconnaissance du risque. Parce que jouer ou prendre du plaisir dans un endroit ou une balle peut nous percuter à qu’importe quel moment, relève d’un choix supposé motivé par un acte suicidaire, qui découlerait d’un inconscient social (Ghyslain Charron, 1977) dont on ignore encore. D’où l’importance des recherches multi disciplinaire sur un ensemble de thématique.

Tout compte fait, il faut donner la parole aux individus pour pouvoir comprendre la motivation des individus. Cependant, le point de vue des personnes ne peut s’analyser sans construction d’un cadre analytique complexe. Dans ce contexte précis ou l’insécurité, la violence à la carte, la psychiatrie, la sociologie, l’anthropologie, la psychologie, psychanalyse, etc., devrait être sur la carte. La réalité qui est la nôtre est d’une complexité telle, que la saisir nécessitera de prendre en considération le vécu quotidien des gens, comme étant des sujets connaissant qui habitent les communautés.

Loobens L. DORSAINVIL, étudiant finissant en Anthropologie-sociologie à la faculté d'ethnologie




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