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Hommage tardif, mais méritoire d’un ancien étudiant à son professeur et directeur de mémoire, Docteur Monferrier Dorval

Hommage tardif, mais méritoire d’un ancien étudiant à son professeur et directeur de mémoire, Docteur Monferrier Dorval



Nos rapports académiques remontent à 2011. C’est d’ailleurs son cours de droit constitutionnel dispensé en deuxième année à la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université d’État d’Haïti qui m’avait poussé à orienter mon mémoire de sortie dans le domaine du droit public en vue de l’obtention de mon diplôme de licence en Sciences juridiques. Plus nettement, c’est la lecture de ses articles sur l’État de droit qui m’avait porté à travailler sur la problématique de « l’ineffectivité de l’État de droit en Haïti ».

Quand en 2014 je lui avais demandé de bien vouloir assurer la direction de mon mémoire, il m’avait adressé la question suivante : « Louino, est-ce que tu es disposé à être formé à “l’école de Dorval” » ? Je lui avais naturellement répondu par l’affirmative et, à cet effet, il m’avait indiqué la « liste obligatoire » des ouvrages à me procurer avant de prendre finalement la décision de m’encadrer. Professeur Dorval n’avait posé aucune condition supplémentaire ni pécuniaire. Et depuis, nos rapports intellectuels s’étaient considérablement accrus. Ainsi, j’avais conduit mes recherches et rédigé le mémoire sur la direction intellectuelle d’un homme de science, d’un amoureux du droit et d’un grand spécialiste de l’État.

Lorsqu’il a été porté à ma connaissance qu’il avait été sauvagement exécuté le 28 août 2020, cet assassinat d’une horreur indescriptible m’avait mis dans une situation de grande détresse psychologique et je me rappelle encore des discussions interminables et parfois controversées qui avaient caractérisé nos échanges au sujet du mémoire. Je me remémore également de ces longues séances de travail qui se prolongeaient parfois au-delà 21 h 30 dans son cabinet et qui se déroulaient même pendant les week-ends ainsi que des jours fériés.

Avec son « œil dorvalien » et son sens pointilleux, le professeur avait lu et relu chaque phrase de mon mémoire. Féru de l’excellence, Docteur Dorval n’avait rien laissé passer. Pas même les notes de bas de page. Tout était analysé à la loupe. Doté d’une méthode de travail rigoureuse qui m’a beaucoup aidé dans ma carrière universitaire, ce passionné du « droit de l’État » avait scruté le mémoire, paragraphe après paragraphe, sous-section après sous-section, section après section, chapitre après chapitre, pour valider d’abord la première partie, ensuite, la seconde partie puis finalement le mémoire dans son ensemble.

L’intellectuel de haut rang qu’il était insistait beaucoup sur le fait que le mémoire portera également le sceau du Docteur Dorval, et qu’en conséquence, il se doit d’être soumis à un certain standard, auquel j’aspirais tout autant. Par ailleurs, et parallèlement à ce travail de recherche et à mes obligations professionnelles, ce fervent promoteur et défenseur de l’État de droit m’avait en outre encouragé à publier des articles à caractère juridique dans des journaux haïtiens. Suivant son conseil, je m’étais donc livré à cet exercice de publication avec beaucoup de passion.

La rédaction du mémoire étant finalement achevée, professeur Dorval, dans une quête sempiternelle de perfection, avait décidé de le relire pour une dernière fois, seul et pendant tout un week-end, avant de mettre à ma disposition la lettre par laquelle il m’avait autorisé à déposer les exemplaires dudit mémoire au secrétariat de la Faculté de Droit et des Sciences économiques.

Après la soutenance, Docteur Dorval, qui faisait montre d’une foi inébranlable dans l’effort continu et dans le travail assidu pendant toute sa vie, avait salué le sens singulier de mon courage pour avoir accepté et supporté les conditions draconiennes qu’il m’avait imposées dans la conduite des différentes phases de cette investigation intellectuelle. En outre, le professeur avait beaucoup apprécié le fait que, à l’inverse de tant d’autres, je n’avais pas abandonné ce patron de mémoire rigoriste qu’il était. Par ailleurs, Me Dorval avait toujours déclaré qu'au-delà d’un simple licencié en droit, il voulait aussi et surtout, former et encadrer un juriste-publiciste.

En août 2017, invité par Valéry Numa à son émission matinale de grande écoute sur la Radio Vision 2000, je me présentais en précisant qu’en plus de mes études à la Faculté de droit et des Sciences économiques et de l’École Normale Supérieure de l’Université d’État d’Haïti, j’étais également formé à « l’école de Dorval ». L’émission une fois arrivée à son terme, mon ancien patron de mémoire, qui était un homme de grande culture et qui était un fin observateur de la réalité sociopolitique de son pays qu’il aimait profondément, était la première personne à me téléphoner pour me faire part de sa fierté, me féliciter d’avoir été lauréat aux examens d’entrée à l’École du Barreau de Port-au-Prince et enfin me prodiguer des conseils généralement quelconques qui me servent de boussole aujourd’hui encore.

Tandis que dans nos conversations téléphoniques interminables, je soutenais souvent que j’avais envers lui une dette éternelle de reconnaissance, professeur Dorval, porté par un patriotisme à nul autre pareil et mû constamment par l’intérêt général, me répondait toujours ceci : « Louino, tu ne me dois rien. C’est dans le pays que j’ai investi quand j’avais décidé de t’encadrer et de te former ».

Somme toute, Docteur Monferrier Dorval était un mentor. Il était aussi un conseiller. Ainsi, dans le cadre de mes études de deuxième et de troisième cycle en droit, il était toujours disponible pour répondre à mes appels et me donner son avis éclairé et expérimenté sur des questions diverses.

La meilleure façon dont je puisse honorer sa mémoire est de demeurer un « dorvalien » et de continuer de me former à son école par la lecture et/ou la relecture de ses articles, de ses ouvrages et par l’accès aux vidéos disponibles sur internet. Bien qu’il ne soit plus physiquement, je veux croire que cet éminent penseur et digne fils de la nation haïtienne continuera à vivre à travers les milliers d’étudiants qu’il avait formés pendant plus de 25 ans comme professeur aux Universités. Pour ma part, je remuerai ciel et terre pour rester dans les lignes de ses exhortations à mon égard : « Louino, tu dois viser le sommet et l’excellence partout et en tout. Tu dois donner le meilleur de toi-même en toute chose ».

Justice pour Docteur Monferrier Dorval !
Louino VOLCY
louinovolcy@gmail.com




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