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Haïti à l’ère du Kidnapping

Haïti à l’ère du Kidnapping



Depuis tantôt plusieurs mois, à l’instar des meurtres par balles auxquels le pays fait incessamment face, le phénomène kidnapping contre rançon refait surface. Chaque jour, la République enregistre au moins un cas d’enlèvement. C’est devenu monnaie courante. Partout sur les fils d’actualité des réseaux sociaux se trouvent des avis de recherche où telle ou telle personne est portée disparue. Enfants, adultes, vieillards, riches, pauvres, chômeurs, entrepreneurs, écoliers, étudiants ; personne n’est à l’abri. Quel que soit votre rang social, votre statut.

Depuis, c’est de la peur. La meilleure prudence est de limiter ses déplacements ; éviter le mieux que l’on peut les sorties peu nécessaires. Les élèves et étudiants qui bravent le risque d’aller chercher le pain de l’éducation, 14, 15, 16 heures… ils ne sont pas encore rentrés chez eux, c’est de la peur que leurs parents ont dans le ventre. On s’inquiète pour les moindres retards inhabituels. Partout les amis, les parents, les collègues, les camarades s’appellent à la prudence. Tout le monde s’inquiète pour tout le monde.

Une petite promenade dans les parages de votre quartier n’est peut-être pas une mauvaise idée. Mais vite fait vous aurez la trouille si quelqu’un vous approche de face. Quelqu’un vous vient de dos, vous frémissez. Surtout pas à votre droite. À votre gauche non plus. Quelqu’un vous regarde, ça nuit. Une personne derrière vous marche vite, vous sentez déjà des larmes tièdes qui coulent au creux de votre estomac. Quelqu’un devant vous ralentit ses pas, vous avez déjà envie de changer de destination. Il faut que vous restiez seul.

Vous rencontrez quelqu’un que vous ne connaissez pas sur votre chemin, vos regards se croisent, vous paniquez ; lui aussi panique d’avoir ignoré le message derrière votre regard. Les gens qui vous voient paniquer paniquent eux aussi de leurs côtés. L’un de vous fait un geste brusque, un chien aboie soudainement, tout le monde met la voile sans la moindre destination. Tout le monde a peur de tout le monde. Le mieux c’est de s’éloigner de toute scène effrayante.

Alors que vous paniquez, quelqu’un arrête sa voiture pour vous faire coucou. Sourire aux lèvres, il vous demande de vous raccompagner. Vous ne le connaissez pas. Vous avez peur. La première chose qui vous vient en tête c’est qu’il essaie de vous kidnapper. Du coup, votre cœur se met à battre à la vitesse d’une mitrailleuse. Vous voyez la mort vous venir en face. Vous l’entendez vous appeler. La seule chose qui vous vient en tête est de courir. Mais, courir pour aller où ? Existe-t-il à l’heure actuelle un endroit dans le pays qui soit plus sécuritaire qu’un autre ?

Si jadis les ravisseurs avaient une identité et des caractéristiques bien connues, aujourd’hui ils sont aussi chics que leurs victimes. Leurs voitures sont aussi luxueuses que celles des gens qu’ils enlèvent. Certaines de leurs victimes arrivent même à témoigner qu’ils ont des voitures de plaques d’immatriculation officielle (OF), service de l’État (SE), de voitures de Police, d’uniformes de la PNH… Qui peut les identifier. Ils ne ressemblent à personne et à tout le monde en même temps. Tout le monde doit nécessairement se méfier de tout le monde. C’est la meilleure des précautions.

En pleine rue, toutes ces choses frustrantes vous viennent à l’idée, vous marchez à la vitesse de Kirikou pour rentrer chez vous ; « there’s no place like home ». Mais la distance est trop longue pour prendre la route à pied. Vous vous souvenez vite fait des conseils circulants à tort et à travers les réseaux sociaux : « pas la peine de prendre de taxis si vous ne connaissez pas le chauffeur. Surtout pas de motocyclettes ! Pas de bus non plus ! Encore moins les camionnettes ! » Rien n’est sécuritaire. Vous sentez le vertige, vous avez l’impression que votre tête tourne à la vitesse de rotation de la terre autour du soleil. Vos pieds ne touchent plus le sol.

Dieu merci ! Finalement chez vous. Vous n’avez pas pu utiliser votre smartphone dans la rue. Non seulement par peur de vous distraire, mais aussi par peur de donner l’apparence d’un riche. Car, vous risqueriez trop de vous faire enlever. Finalement chez vous. Fini les gênes avec votre téléphone. Vous l’avez sorti de votre poche, mais vous fuyez les réseaux sociaux. Plus de jolies photos sur WhatsApp, encore moins sur Facebook et Instagram. La discrétion est la meilleure des prudences. Sur les statuts de WhatsApp, et sur les fils d’actualité de Facebook vous voyez une photo apparemment effrayante, surtout si elle s’en suit d’un texte de six lignes comme légende. Vous passez vite là-dessus pour ne pas avoir à le lire. C’est peut-être une mauvaise nouvelle. Un cas d’enlèvement. Vous en avez assez de ces nouvelles.

Pour vous défouler, évacuer un peu ce stress qui vous hante la vie, vous avez envie de boire quelques bières dans le bar le plus proche de chez vous. Pas la peine d’inviter vos amis. Vous avez peur que quelque chose de mal ne leur arrive au cours de la route. S’ils se font enlever, vous aurez ça sur votre conscience. De surcroît, vous serez aussi le principal suspect. Personne ne se confie à personne. Telle la formule du moment. Partout, ça va mal. Les médias en parlent. Sur les réseaux sociaux, c’est devenu un sujet d’actualité.

En moyenne, au moins une personne se fait enlever par jour. Les avis de recherche fusent de partout sur la toile. Tentant d’éviter ce drame, pouvez-vous rester enfermé définitivement chez vous pour ne pas vous faire enlever ? Avez-vous assez de moyens pour vous procurer de tout ce dont vous aurez besoin pour des semaines, voire des mois ? Malheureusement non pour la grande majorité d’entre vous. Donc, il faut nécessairement sortir à la rencontre de la vie. Une décision qui malheureusement peut changer en « perte de vue ». Une disparition face à laquelle un quelconque ravisseur demandera éventuellement une fortune en échange de votre liberté. Sinon, vous serez mort.

Mais où est l’État dans tout ça ? La Justice, la police, la primature et la présidence, qui entre autres sont les institutions compétentes dont la responsabilité commune est d’instaurer la paix publique au sein de la population civile, s’en tapent pas mal de ces incidents. Sous leur regard complice ou impuissant, les malfrats n’ont pas peur de révéler au public leur identité. Ils sont fiers, sans crainte aucune, de dire que c’est moi un tel qui ai enlevé contre rançon telle ou telle personne. Si jadis les délinquants enlevaient leurs victimes en catimini, aujourd’hui ce n’est plus le cas. On dirait que kidnapper est devenu une profession noble, morale et rentable dont les professionnels du domaine ne sauraient ne pas en être fiers. Voici malheureusement la situation de République à l’ère du kidnapping.

Jim Larose




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