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La diaspora haïtienne, un indispensable « life line » pour Haïti !

La diaspora haïtienne, un indispensable « life line » pour Haïti !



« En Haïti, la richesse a une couleur et une forme de visage » (Mathias Pierre)


La contribution officielle annuelle de la diaspora dans l’économie haïtienne est de 3,8 milliards de dollars. De plus, il faut tenir compte de l’argent et biens qui entrent en Haïti avec les visiteurs en dehors de la légalité fiscale. Donc, la contribution de la diaspora est notable et s’impose comme un élément économique et financier incontournable. Essayons de comprendre le développement de la diaspora haïtienne durant les 35 dernières années.

L’occupation américaine du début de siècle crée la plus grande transformation migratoire qu’Haïti n’avait jamais connue auparavant. George Anglade, grand géographe et intellectuel haïtien, « estime que pendant l’occupation états-unienne, 200 000 à 300 000 Haïtiens auraient été travailler en République dominicaine et le double à Cuba ». On peut interpréter ce comportement citoyen comme une forme de marronnage pour rejeter l’occupation américaine de 34 ans. Donc, près d’un million d’Haïtiens vivaient déjà à l’étranger au cours des années 20. L’immigration n’allait pas stopper pourtant, malgré la désoccupation officielle du territoire, car elle devient un pion stratégique important dans les relations des États-Unis avec les états de l’Amérique latine et les Caraïbes. Au lieu de déverser annuellement des centaines millions de dollars aux pays pauvres de la région, le gouvernement américain utilise le flux migratoire pour suppléer à l’aide économique et humanitaire traditionnelle, tout en profitant de la force de travail des immigrants latino-américains et caraïbéens.

Il y a aussi d’autres facteurs stratégiques de la politique internationale liée à la guerre froide qui méritent d’être pris en compte. D’abord, la réalité qui prévaut dans le continent, à travers la « Doctrine de la Sécurité nationale » et les thérapies de choc du Fonds Monétaire International-FMI, avaient pour conséquence un long flot de réfugiés politiques et économiques. Brésil, Paraguay, Chili, Uruguay, Haïti… tous ses pays faisaient face à la dure matérialité de la dictature. C’était l’une des injonctions des stratèges américains de l’époque pour contrer la propagation du communisme dans l’hémisphère. Car, le triomphe du castrisme à Cuba, en 1959, faisait trembler l’occident, surtout à partir de la crise des missiles de 1962. Point besoin de mentionner que le monde était bipolarisé par les États-Unis et l’Union soviétique.

À partir de ce moment, la migration était devenue une sorte de palliatif pour compenser au chaos créé sur mesure dans la région. En accueillant les chercheurs d’asile aux États-Unis, le gouvernement américain faisait d’une pierre de deux coups. D’abord, la conception à l’époque s’insérait dans une logique humanitaire, conformément à la grande tradition américaine de terre de la liberté. Ce fut aussi un moyen de contourner leurs propres sanctions économiques imposées aux régimes autoritaires et répressifs qui pratiquaient la violation systématique des droits de l’homme dans la région. Ces réfugiés, politiques ou économiques, quoiqu’en situation difficile, doivent trouver une façon pour aider les parents restant dans leurs pays respectifs et les faire entrer aussi en Amérique.

Haïti n’a pas été épargnée. Ce qui explique le développement rapide de la migration haïtienne aux États-Unis. En 1960, on recensait seulement environ 5000 Haïtiens vivant aux États-Unis ; plus de 12 000 à partir de 1962… Autant que la dictature de François Duvalier amplifiait sa sauvagerie envers toute forme d’opposition, les Haïtiens fuyaient en masse. Cette fois, ils ne s’étaient pas rendus en Europe (France), mais s’étaient trouvé un lieu d’accueil géographique plus proche, États-Unis et Canada. Aujourd’hui, il y a environ 1 million d’Haïtiens vivant aux États-Unis.

Au cours des années 60 et 70, au lieu d’aider directement un dictateur en puissance en Haïti, le gouvernement américain facilitait l’entrée des Haïtiens avec des visas qui, à leur tour envoyaient une partie de leur revenu au pays. Ce fut une sorte d’amortissement de la sanction imposée au régime à vie de François Duvalier. Après le départ de Jean Claude Duvalier en 1986, on a vu une augmentation notable de la migration haïtienne au pays de l’oncle Sam. Grâce au voyage clandestin ou légal, beaucoup d’Haïtiens arrivent, non sans peine, à s’épanouir économiquement et socialement et constituent une force majeure à la subsistance de la République d’Haïti. Maintenant, ils convoitent les affaires en Haïti !

Les élites économiques et financières d’Haïti redoutent sérieusement la diaspora. Avec 3,8 milliards de dollars américains transférés en Haïti chaque année, une contribution-donation qui surpasse les 3,6 milliards de l’épargne nationale. Ce financement d’une partie de l’économie haïtienne représente plus de 35 % du produit intérieur brut national-PIB. Ce n’est pas une mince affaire. À noter que le système financier national est séquestré par une élite économique totalement parasitaire, que Jean Bertrand Aristide avait l’habitude de qualifier de « Tilolit », d’ailleurs avec raison.

Prenons par exemple les banques de la république, ils sont au nombre d’une dizaine, dont 1 succursale de banque étrangère, 2 banques commerciales d’état et 7 banques commerciales à capitaux privés. L’épargne nationale est séquestrée par ce groupe de Syro-Libanais, une élite économique parasitaire et sous-développée. Les chiffres le démontrent clairement. D’après un rapport-enquête du « Groupe de la banque Mondiale » de l’année 2019, « seulement 27,5 % de la population haïtienne possède un compte bancaire, contre 54,1 % en République dominicaine ». Uniquement « 10 % des adultes indiquent avoir un prêt, un emprunt hypothécaire ou une carte de crédit d’une institution financière ». Ce qui classe Haïti automatiquement au rang des pays à faible revenu. Le pire c’est que le pays est en dernière position. Quoiqu’on estime que des progrès significatifs furent constatés durant ces dix dernières années, cela donne une idée de l’état actuel de l’économie haïtienne.

La réalité est que les banques ne prêtent pas. Le paradoxe, c’est que les banques haïtiennes évoluent à contre-courant de leur propre raison d’existence, c’est-à-dire, « des acteurs économiques essentiels pour le financement de l’économie. Les banques sont des sociétés financières, elles produisent donc des services financiers à destination des autres agents économiques notamment les ménages et les entreprises ». Les banques haïtiennes octroient des prêts à environ 30 % de la population haïtienne, à un taux d’intérêt dépassant les 40 %. Les 70 % restant financent les activités des bourgeois, en se prêtant eux-mêmes a 8 %, et d’autres structures financières mafieuses, dont la microfinance…

Nous sommes dans un pays ou 250 000 jeunes arrivent sur le marché du travail chaque année. Ils s’emmènent sans espoir dans un système foncièrement ostracisant qui ne respecte pas le principe sacré de l’économie de marché, l’égalité de chances. Ces Jeunes sont déjà condamnés avant même d’avoir pris naissance. Ils investissent les villes, en particulier Port-au-Prince, ils se bousculent quotidiennement, ils kidnappent, ils terrorisent… ils doivent survivre. Ceci explique « la permanence de l’état d’urgence en Haïti avec 60 % des habitants qui vivent dans les villes ». Les 3,8 milliards de dollars annuels de la diaspora financent la survie de ces millions d’hommes et femmes.

Dernièrement, j’avais pris part à une réunion virtuelle sur l’initiative d’un groupe de femmes et d’hommes, en perspective du lancement d’une banque de la diaspora, en somme une société fiduciaire. Quoiqu’en phase préliminaire, la nécessité et l’engagement constatés de la part des participants renforcent mon optimisme. L’objectif fondamental, en dehors de faire des profits, est de donner accès au crédit à des jeunes entrepreneurs ou des groupes organisés de la société afin de relancer l’économie nationale. Car, le développement dans le système capitaliste ne se fait pas sans prêt.

Toutefois, il reste un obstacle majeur. L’impasse politique. Il faut résoudre le problème politique. Un pouvoir qui favorise l’investissement, qui croit dans les lois du marché et les bienfaits de la concurrence est indispensable à l’avènement d’une autre classe homme dans les affaires en Haïti. Certainement pas pour remplacer « the Old Guards », mais pour les renforcer et moderniser !

Joel Leon

Références :

1. La diaspora Haïtienne, Territoires, Migrations et Réseaux Transnationaux-Cédric Audebert.
2. La stratégie des Etats-Unis pour l’Amérique Latine et les Caraïbes, R. Evans Ellis-PHD ; Afrique & Francophonie-2e trimestre 2017.
3. Radiographie de l’Immigration des Haïtiens au États-Unis ces 50 Dernières années, par Patrick Sain-Pre — Nouvelliste du 7 Aout 2017.
4. World Bank 2019, Groupe de la banque mondiale — Capacite et Inclusion Financière en Haïti (Résultats d’une enquête portant sur le volet de la demande).




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