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La culture de la perte de temps

La culture de la perte de temps



Dans la vie courante, nous percevons la notion du temps comme un flux continu, une suite de moments. Afin de saisir cette notion du temps, on a recours aux conceptions temporelles. Et la société se construit en fonction de ces conceptions temporelles. Ainsi, le physicien Étienne Klein présente le temps comme étant ce qui fait que tout instant est présent, dès qu’il apparaît il est remplacé par un autre instant présent. Le temps est ce qui garantit la présence du présent en permanence. Tandis que la Bible présente le temps comme une révélation, car c'est l’œuvre de Dieu et il l'offre aux hommes afin d’en faire usage. Le temps se trouve alors borné par la Création et l'Apocalypse. Le temps chrétien est donc un temps d'espérance, de promesses et de délivrance attendue. Ils se consacrent aux lois divines. Ils créent un temps pour adorer Dieu et se nourrir de sa parole. La fin du temps chrétien marque le retour du Messie.

Selon le sociologue Marc Bessin, le temps est une question de pouvoir. C’est l’idée que celui qui détient le temps d’autrui le domine. L’art de faire attendre est l’une des manifestations de cette forme de pouvoir. Les amoureux connaissent bien cet attentisme heureux ou malheureux. Et là où le discours théologique présente le temps, une substance métaphysique qui précède l’existence de l’humanité, le sociologue Nobert Elias, dans son livre « Du temps », se refuse à considérer le temps comme une transcendance qui précède l’organisation sociale. Pour lui, le temps est un donné anthropologique, c’est-à-dire un construit social. L’homme a en effet inventé le temps pour mieux s’organiser socialement. D’où les instruments de mesure du temps tels (calendrier, horloge, etc.,) sans lesquels la notion de temps ne serait pas saisissable dans la réalité concrète, et qui du coup permettent à l’homme de se repérer dans l’espace social. N’est-ce pas en ce sens que Marc Bessin s’accorde à dire que « la régulation temporelle est un principe de tout système social, ses institutions telles que les calendriers ou les horaires ayant pour fonction d'assurer la coopération et la synchronisation sociale » ?

Si le temps, de manière mathématisée, est perçu comme une grandeur physique continue, permettant de situer la succession des évènements dans un référentiel donné, laquelle perception est due au mouvement des étoiles et des planètes, dans le sens que tout ce que nous entreprenons, nos déplacements, nos actes quotidiens se poursuivent à un rythme temporel ; il arrive par contre que certaines de nos habitudes de nos activités quotidiennes nous fassent perdre du temps au point de nous plonger dans une culture de la perte de temps.

En Haïti, il semble que nous développons un rapport anthropologique spécial avec le temps renvoyant de façon évidente à cette culture de la perte de temps. Il suffit de partir d’une simple observation de la société haïtienne pour vite se rendre compte que la plupart des jeunes passent la majeure partie de leur temps dans des choses chronophages. En vue de chercher une forme de reconnaissance chez les autres, ils passent leur temps à poster des photos et des vidéos mettant sur la scène publique leur vie privée, et comme ça ils pensent obtenir des tonnes de likes et de followers. Certaines filles, accros aux réseaux sociaux, e s’interdisent même pas d’afficher des nudes (des photos montrant leurs parties intimes). Elles passent donc leur temps à twerker sur les réseaux sociaux en portant des tenues qui ne font qu'exhiber leur corps. Or, les réseaux sociaux, ces outils de désindividuation au sens du philosophe Bernard Stiegler, ne nous sont bénéfiques que lorsqu'on les utilise à bon escient.

Pour plus de sécurité et de rendre notre vie plus facile à vivre, on a tendance à placer notre argent à la banque. Alors que pour le récupérer on peut passer des heures et des heures à faire la queue, surtout à l'occasion des fêtes. Tout ça ne rime qu'à une perte de temps devenue culturelle chez nous. Sans parler des embouteillages que connaissent quasiment toutes les rues de Port-au-Prince, capables de paralyser toutes les grandes activités de la capitale (écoles, administrations publiques, etc.,).

Sur la scène politique, les dirigeants prennent du retard sur le redémarrage du pays. Ils ne cherchent pas à trouver les vraies sources des problèmes qui gangrènent le pays depuis la genèse de l’État autocratique qui entrave le devenir historique de celui-là. Ils perdent leur temps à bricoler de vaines solutions qu’ils ont déjà essayées à maintes reprises. Ces pertes de temps accumulées ne font donc qu'accroître notre pauvreté.

Et c’est là qu’on perd notre sociabilité en passant tout notre temps sur les réseaux sociaux. On perd notre temps à vouloir être toujours au courant des derniers potins. Ce qui n’a pour vertu que celui de nous rendre bête et improductif. Qui pis est, aujourd’hui on peut voir des gens se réunir autour d'une table pour partager un dîner, avec chacun en main un téléphone portable qui est censé remplacer les bonnes manières. Dans quelle société moderne vit-on ? Là où, les jeux de société et les livres sont remplacés par ces nouveaux outils du numérique. Bref, là où les gens arrêtent de vivre pleinement leur vie.

Samula LEROY




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