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La République ou la mort

La République ou la mort



Les événements du 12 mars 2021 à Village-de-Dieu ont créé une véritable onde de choc dans le pays. Le meurtre crapuleux de policiers perpétré par des bandits de cette zone de non-droit, devrait nous conduire à rechercher les causes historiques et structurelles ayant rendu possible ce genre de drames et trouver des solutions afin qu'ils ne puissent plus jamais se reproduire.

L’assassinat crapuleux de cinq policiers de différentes unités spécialisées de la police nationale d’Haïti, le 12 mars dernier, par des membres de gangs armés a suscité l’émoi des Haïtiens de l’intérieur comme de l’extérieur. Pendant des heures, les réseaux sociaux vibraient au rythme d’images de policiers en uniforme torturés et de chefs de gangs triomphants. La République a été humiliée. Comment en est-on arrivé là ? Que faire pour reconstruire l’État ?

Ce triste événement est symptomatique d’un mal plus profond : la faillite de l’État haïtien. Certains rendent les étrangers responsables des malheurs d’Haïti. D’autres en imputent la responsabilité entièrement aux Haïtiens. En vérité, c’est une responsabilité partagée. Il suffit de relire attentivement l’histoire d’Haïti pour se rendre compte que depuis l’indépendance, les puissances occidentales, en particulier la France et les États-Unis d’Amérique, ont souvent mis des bâtons dans les roues d’Haïti.

Cependant, les élites politiques et économiques haïtiennes ont une grande part de responsabilité dans la crise actuelle. Plus près de nous, à titre d’illustration, l’Occident – les États-Unis d’Amérique en tête – avait soutenu activement le régime des Duvalier. Mais est-ce que ce sont les États-Unis qui ont dit aux Duvalier de piller Haïti ? Est-ce que ce sont les Américains qui ont demandé aux Duvalier de créer une milice qui tue, pille et terrorise la population ? Rien n’est moins sûr. Ceux qui ont accédé au pouvoir après Duvalier n’ont pas fait mieux. Certes, ils n’ont pas pu créer un corps de « tontons macoutes », car c’est interdit par la Constitution. Néanmoins, ils ont armé leurs partisans et dilapidé les deniers publics.

En Haïti, pour beaucoup de gens, politique est synonyme de violence et de corruption. Cette manière de faire de la politique qui remonte au 19e siècle a eu pour conséquence la perte de notre souveraineté en 1915. Depuis lors, nous n’avons plus le contrôle de notre destin. Avons-nous appris les leçons de l’histoire ? Malheureusement les mauvaises habitudes ont la vie dure.

Depuis la démobilisation des forces armées d’Haïti en 1994, la criminalisation de la politique et de l’économie a pris une proportion inégalée. Les gangs font la loi, les forces de l’ordre sont à genoux. Face à ce constat d’échec, les dirigeants actuels devraient tirer la révérence au nom du droit, de la décence et de l’intérêt supérieur de la nation.

D’abord au nom du droit, car le mandat constitutionnel du président de la République touche à sa fin depuis le 7 février 2021 : le débat devrait être clos. Au regard du droit, les actuels dirigeants sont des usurpateurs et les actes qu’ils posent sont nuls et non avenus.

Ensuite, la décence exige que ces usurpateurs remettent le tablier. Dans quel pays au monde un chef de gouvernement peut-il se targuer de parler régulièrement au téléphone avec un chef de gang ? Ce fut le cas du Premier ministre de facto qui, lors d’un point de presse, a déclaré péremptoirement qu’il a l’habitude de s’entretenir avec le chef de gang Ti Lapli. Ce qui est impensable dans n’importe quel pays normal est banal dans notre Haïti chérie.

Enfin, dans l’intérêt supérieur de la nation : un changement de gouvernement est nécessaire. Avec l’équipe au pouvoir, le quotidien des Haïtiens se résume à quatre plaies : du sang, des larmes, de la peur et l’accroissement de la misère.

Les écuries d’Augias nettoyées, la société haïtienne dans son ensemble devra mettre en œuvre cette transition de rupture que le peuple haïtien appelle de ses vœux, pour reconstruire l’État sur de nouvelles bases. Cela passe par le renforcement des institutions. Il faudra revoir le statut général de la fonction publique ainsi que le statut des magistrats, des policiers et des militaires afin de les protéger contre les caprices de tyrans ou d’apprentis dictateurs. Les fonctionnaires civils et militaires doivent avoir accès à des recours hiérarchiques et juridictionnels contre les abus dont ils seraient victimes.

Non seulement, il est nécessaire de protéger les carrières des fonctionnaires civils et militaires, mais aussi on devra les recruter sur la base du mérite, de la probité et les former dans un esprit de service public. C’est seulement en protégeant les fonctionnaires contre les abus, en en faisant des serviteurs de l’État et non d’une personne qu’ils pourront à leur tour mieux protéger la société. Ainsi, un tyran ne pourra plus transférer ou révoquer des fonctionnaires au gré de ses caprices.

Cette réforme institutionnelle doit viser à l’avènement d’une République fondée sur la liberté, la solidarité et la primauté du droit selon le vœu de la constitution du 29 mars 1987 qui proclame que « Haïti est une République, indivisible, souveraine, indépendante, libre, démocratique et solidaire. » (Art. 1er Const.). Hors de la République, point de salut pour Haïti.

Alain Mondésir

N.d.l.r.
* Alain Mondésir est détenteur d’un master en droit public, décroché à l’Université Toulouse 1 Capitole.




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