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Affaire Petrocaribe : Les dessous d’un complot sordide entre les élites et l’international contre le peuple haïtien

Affaire Petrocaribe : Les dessous d’un complot sordide entre les élites et l’international contre le peuple haïtien



La grande manifestation du 17
octobre dernier qui a réuni
plusieurs centaines de milliers
d’Haïtiens à travers tout le
pays et dans la diaspora contre la
corruption et la dilapidation des
fonds Petrocaribe a ravivé la flamme
de l’espoir que plus d’un croyait
éteinte. La formidable mobilisation
populaire de ces dernières semaines
a créé beaucoup d’attentes.
Beaucoup d’Haïtiens.nes se sont
remis à rêver d’un chambardement
profond qui doit se cristalliser dans le
changement du système social actuel,
largement basé sur les pratiques
de corruption, de concussion, de
népotisme et de favoritisme à la base
de l’exclusion de la grande majorité.
Les demandes de plus en plus
pressantes de reddition de comptes
formulées écoutées ces derniers
jours, sont à mettre sur le compte
de ce besoin de transparence dans la
gestion des ressources publiques. Le
cri du 17 octobre peut être considéré
à juste titre comme la manifestation
du ras-le-bol ressenti par l’immense
majorité de la population.
Quelles sont les retombées positives
ou négatives de cette manifestation
qui, aux dires de plus d’un, est d’ores et
déjà rentrée dans les annales des plus
grandes mobilisations populaires
de notre histoire de peuple?
Dans les lignes qui suivent, nous
partagerons, dans un premier temps,
quelques éléments d’analyse sur le
mouvement de manière globale tout
en considérant ses différentes formes
d’expression, question de placer le
problème dans le contexte néolibéral
de l’économie mondiale. Dans un
second temps, nous mettrons en
relief quelques perspectives au cas
où les mouvements de protestation
emporteraient sur leur passage
le Président dont le mandat n’a
jamais semblé si branlant. Enfin, au
terme de cette analyse et en guise
de conclusion nous ferons quelques
considérations assorties de quelques
propositions par rapport aux défis et
grands enjeux de l’heure.
Depuis un peu plus de trois (3) mois,
il est loisible de constater une montée
en puissance des mouvements de
dénonciation de la dilapidation des
fonds petrocaribe. Ces mouvements
ont pris beaucoup d’ampleur et le
point d’orgue a été la démonstration
de force du 17 octobre que d’aucuns
n’hésitent pas à considérer comme la
plus grande manifestation populaire
de l’histoire récente de ce pays. Ce
mouvement revêt un caractère tout
particulier. En effet, surfant sur une
campagne tous azimuts, lancée sur
les réseaux sociaux, ce qu’il convient
d’appeler désormais l’affaire
Petrocaribe a réussi une véritable
tour de force en transcendant la
dimension purement partisane pour
devenir un mouvement social total
qui a pénétré tous les interstices de la
société haïtienne.
Si au début la bataille était portée par
des leaders connus de l’opposition
politique, aujourd’hui c’est toute la
société, la jeunesse en particulier,
grâce aux réseaux sociaux, qui se
faisait le porte-étendard de la lutte.
Les revendications bien qu’elles
restent fondamentalement pareilles,
sont devenues entre-temps plus
précises, concises et résumées sous
forme de slogan avec une simple,
courte et unique question: KOT
KOB PETROCARIBE A? Derrière
cette interrogation pourtant peut se
dégager un discours beaucoup plus
soutenu qui remet en question le
fondement même de notre société.
Il s’avère que l’affaire petrocaribe
est l’un des plus grands scandales
politico-financiers du souscontinent.
Au fur et à mesure
que les informations deviennent
disponibles, on se rend compte
que ce qu’on pensait qui pouvait
participer des pratiques classiques
de corruption qui désormais
font partie intégrante du paysage
politico-économique du pays s’est,
en fait, révélé une vaste entreprise
d’escroquerie savamment planifiée
et exécutée par les dirigeants haïtiens
avec la participation et l’appui
d’une frange du secteur privé. La
dilapidation des fonds a eu plusieurs
visages et différents stratagèmes ont
été utilisés pour le siphonnage et le
pillage systématiques de ressources.
Tantôt, les fonds ont été simplement
mis à la portée des dilapidateurs
rapaces qui se sont conduits comme
des bandits de grand chemin, tantôt
les dirigeants se sont eux-mêmes mis
à la tâche en finançant des projets
bidon, mis sur pied dans l’unique
but d’en profiter eux-mêmes ou
leurs accointances de cette immense
opération de détournement des
ressources publiques.
Aujourd’hui les évidences de
gaspillage et de pillage ne sont
plus à démontrer. Mais l’erreur
qui est commise par beaucoup
d’observateurs et d’analystes consiste
à circonscrire quasi exclusivement
la question à une dimension
nationale. Or, il est de plus en plus
évident qu’outre le niveau national,
la question revêt un caractère
supranational. Sans des accointances
et des complicités internationales,
aurait-il été possible d’opérer ce
vol lorsque l’on sait qu’il existe
aujourd’hui des mécanismes de
contrôle bien huilés et super-efficaces
de mouvement de capitaux ? D’où la
justesse et la pertinence de la question
que tous les Haïtiens se posent
aujourd’hui: où est passé l’argent du
petrocaribe (kot kòb Petro caribe
a ?) ? Sans cette complicité passive
(en fermant les yeux) ou active (en
participant aux opérations), serait-il
possible qu’autant de millions soient
détournés sans laisser de trace? Voilà
pourquoi analyser la question dans
son aspect global et géopolitique
est de la plus haute importance si
on veut la cerner dans toutes ses
dimensions.
Pour bien s’y prendre, un bref
regard historique n’est pas superflu.
D’abord, il faut souligner le fait
que le Petrocaribe fait partie d’un
programme beaucoup plus grand qui
est l’ALBA (Alternative bolivarienne
pour les Amériques). Ce programme
s’est présenté comme une alternative
à la ZLEA , initiative promue par
le président américain Bill Clinton
lorsqu’il était à la Maison Blanche.
Globalement, il s’agissait de deux
vastes zones d’échange économique
dans lesquelles plusieurs dizaines
de milliards de dollars devraient
circuler. Mais, dès le départ, il
faut dire sans parti pris que si la
ZLEA n’avait rien de nouveau ni
de prometteur pour les peuples
de l’Amérique latine, l’ALBA au
contraire était clairement perçue
comme un outil pour les peuples
du Sud du continent qui voyaient
en cet instrument un formidable
contrepoids par rapport au Nord.
L’alliance visait clairement à
faire profiter d’un grand nombre
d’avantages aux membres, mais
elle mettait aussi en conflit de gros
intérêts économiques en particulier
ceux des USA et de grandes
multinationales comme: Chevron,
Exxon, Mobil. L’accord Petro Caribe,
une fois signé en 2005, signifie que
18 pays du continent, dont Haïti, ne
sont plus, totalement ou en partie,
les clients des grandes compagnies
multinationales pétrolières
citées plus haut. La concurrencecorollairement
les affrontements
politiques et idéologiques- devenait
dès lors inévitables!
Ceci dit, nul n’a besoin d’être
spécialiste en commerce
international et en géopolitique pour
comprendre que l’histoire n’allait pas
se terminer avec des feux d’artifice.
Au contraire de vastes manoeuvres
de déstabilisation allaient se déployer
dans toute la zone ALBA et ses alliés.
Mais qu’en est-il du cas haïtien? C’est
ce qui nous intéresse le plus dans
notre quête de compréhension sur
la relation causale entre le scandale
petrocaribe et le rapport néocolonial
et néolibéral que nous entretenons
avec notre grand voisin du Nord.
Bien approcher la question sous cet
angle est une condition sine qua non
pour faire en sorte que ce ne soit pas
les tenants du système qui imposent
des solutions préfabriquées à la crise
actuelle.
C’est sous cet angle qu’il faut analyser
l’attitude des mentors qui se sont
autoproclamés pays amis d’Haïti
lors des élections de 2010. Après le
séisme de janvier de la même année,
avec la complicité agissante de la
Mission des Nations unies pour la
Stabilisation d’Haïti (MINUSTAH),
ces soi-disant amis d’Haïti (les USA,
le Canada et la France), les bailleurs
de fonds internationaux tels que l’UE
ont organisé le plus gros scandale
électoral de notre histoire, en plaçant
Joseph Michel Martelly à la tête du
pays. Jusqu’à ce que ce soit rendu
public, nul n’a vu dans ce projet un
quelconque lien avec tout ce qui se
passe dans toute l’Amérique latine,
une offensive pour contrecarrer les
nouvelles dynamiques économiques
et politiques qui avaient le vent en
poupe dans la zone. Pendant que le
peuple se démêlait comme le diable
dans un bénitier pour survivre, il
s’est trouvé en même temps dans
l’obligation de lutter contre ce
régime imposé et constitué d’une
clique de jouisseurs qui se sont mués
du jour au lendemain en dirigeants
politiques et qui ont accéléré le
gaspillage et la dilapidation des
maigres ressources du pays en
général et des fonds petrocaribe en particulier.
La complicité et la symbiose
établies entre ce régime imposé
et l’international était telles qu’il
n’y avait que les plus simples
d’esprit pour croire que c’était
tout simplement le fait du hasard.
D’ailleurs les informations de
plusieurs journaux ont éclairci les
dessous du rapport du régime avec
les Clinton (initiateur de la ZLEA)
ainsi que d’autres malfaiteurs de
la bande. Donc la stratégie était
claire: l’accord étant déjà signé, il
fallait tout faire pour que le peuple
haïtien n’en profite pas pour créer
un mauvais précédent. Ils ont trouvé
la bonne formule en plaçant au
pouvoir des gens connus pour leur
incompétence, leur dépravation
et leur absence de moralité, leur
manque d’attachement aux causes
nationales et surtout leur appétit
gargantuesque.
Qu’il soit clair pour tous que le
pillage n’a pas commencé avec eux
! Mais, l’international a voulu se
donner la garantie que le processus
allait continuer en mettant tout
son poids dans la balance pour
favoriser l’avènement au pouvoir.
Rarement on a vu une ambassade
tordre le cou à ce point aux principes
diplomatiques pour imposer un
candidat comme l’Ambassade US
l’a fait pour s’assurer de la victoire
de son poulain. Les autoproclamés
bandits légaux ont mis le pays
en lambeau et malgré tout, une
deuxième mascarade électorale tout
aussi ridicule et scandaleuse que
celle de 2011 a été réalisée par ces
mêmes amis d’Haïti pour ‘’soulager’’
la misère du peuple haïtien.
De toutes ces considérations, il
ressort clairement que l’affaire
petrocaribe n’est pas tout simplement
une question de corruption et de
dilapidation de fortes sommes,
mais c’est aussi un vaste complot de
l’international pour qu’Haïti jamais
ne soit capable de sortir du sousdéveloppement,
qu’il reste un simple
pourvoyeur de mains-d’oeuvre à bon
marché pour le reste du monde. Cela
doit être clair dans la bataille contre
la dilapidation des fonds Petro
Caribe. Cet aspect du problème
est fondamental et doit être pris en
compte pour que la bataille ne soit
résumée exclusivement à un simple
combat juridique. C’est pourquoi
le combat que la population mène
aujourd’hui doit s’inscrire dans le
cadre d’un combat de libération
nationale et d’un combat contre un
système qui a fait du peuple haïtien,
autrefois fort et fier, un ramassis
de nécessiteux et d’assistés qui n’a
d’autre choix que d’exporter sa
misère à travers tous les pays de la
région.
Les tranchées sont creusées,
l’affrontement bat son plein
entre les camps rivaux
Grâce aux différents soulèvements
du peuple haïtien (le 22 janvier 2016
contre les élections frauduleuses,
contre le budget criminel 2017-2018
(Date) , les 6 et 7 juillet dernier contre
la montée des prix de l’essence par le
Gouvernement Moïse-Lafontant, le
PetroChallenge), on voit clairement
que le peuple haïtien n’accepte plus
de se laisser faire. La population
qui a gagné les rues le 17 octobre
dernier était en rébellion contre
l’incompétence et l’amateurisme
des différents dirigeants du régime,
imposés par la communauté
internationale et l’élite locale. Elle
dénonçait leur connivence avec des
pilleurs des fonds publics et leur
implication avérée dans des actes de
corruption. Le peuple haïtien devient
de plus en plus conscient en formulant
des revendications beaucoup plus
radicales et structurées.
Voilà pourquoi aujourd’hui, à
la faveur de la bataille contre les
dilapidateurs des fonds petrocaribe,
on peut dire que les dés sont jetés et les
camps sont bien définis. D’un côté, il
y a le régime en place depuis tantôt
10 ans, l’élite brasseuse d’affaires
constituée de contrebandiers, de
narcotrafiquants ainsi que d’autres
groupes puissants occultes et
criminels, le tout supporté par nos
soi-disant amis de la communauté
internationale. De l’autre côté, il y a
la société en particulier la jeunesse du
pays.
Au milieu de tout cela, il y a aussi
l’opposition politique qui est faible,
divisée et désorganisée mais qui essaie
de survivre en surfant sur la vague de
contestation. Si décriée qu’elle puisse
être, il faut reconnaitre qu’elle a
toujours été à l’avant-garde du combat
pour des explications sur l’utilisation
des fonds petrocaribe. À force de
persévérance, elle a réussi à toucher
l’ensemble de la population, laquelle
désormais a fait sienne le combat et
ne cesse d’exiger un procès sérieux
sur l’affaire petro, l’arrêt immédiat
du gaspillage des fonds publics, la
coupure drastique des privilèges
accordés aux hauts fonctionnaires de
l’État.
Le pouvoir n’entend rien venant
du peuple et fait la sourde oreille.
Quant à l’élite, elle feint de ne rien
comprendre. Elle fait pression sur le
pouvoir en l’exigeant la protection de
ses investissements. Et comme charité
bien ordonnée commence par soimême
et qu’en Haïti c’est le fameux
“Mèt kò ki veye kò”, les commerçants,
loin de prendre en compte l’ampleur
du mécontentement du peuple
et de tirer les leçons des 6,7et 8
juillet, ont tous pris la disposition
d’élever de plus de 3m les murs de
clôture et d’embaucher de nouvelles
compagnies de sécurité.
Pourtant, le message est clair pour
qui veut le voir, le peuple haïtien se
jette dans une nouvelle aventure de
lutte contre un système pourri qui
ne génère que pauvreté et désespoir.
Sa détermination n’a rien à prouver.
Les journées du 6,7, 8 juillet et du 17
octobre peuvent en témoigner.
La bataille sera rude et longue et
bien malin est celui qui peut en
prédire l’issue. Mais, personne n’est
dupe. Les gardiens du système et
éternels ennemis du peuple ont déjà
en tête quelques scénarios qui ne
sont certainement pas différents des
pratiques politiques auxquelles ils ont
toujours recours dans les situations
de crises aiguës. Par exemple, faire
sauter le fusible que représente le
président Jovenel Moïse, mettre en
place un gouvernement de transition
pour organiser de nouvelles électionspiège,
sont en droite ligne des
stratégies qu’ils peuvent utiliser.
Le défi majeur qui se présente au
mouvement revendicatif populaire
sera de mettre en place une véritable
organisation capable de dévier ce
projet et promouvoir une transition
qui ne sera pas là que pour organiser
de nouvelles sélections, mais de
préférence pour répondre aux
revendications du peuple, à savoir le
procès petrocaribe, la mise en place
de mécanismes de contrôle pour une
meilleure utilisation des fonds publics
ainsi qu’une meilleure distribution
des ressources du pays. En d’autres
termes, il faut une transition populaire
et souveraine capable d’adresser
les grands problèmes politiques
de l’heure tels que: le problème de
la constitution, des élections et de
l’armée.
Si les mobilisations citoyennes
n’arrivent pas à déjouer le coup que
l’élite et l’international préparent,
comme ils sont accoutumés à le faire
à chaque mouvement revendicatif qui
conduit à un vide institutionnel; si
pour une énième fois nous tombons
dans ce piège à cons, le mouvement
de protestation ne sera qu’un autre de
plus qui ne fera que grossir le lot des
soulèvements qui n’ont abouti à rien.
Si nous ne voulons pas corroborer
certaines thèses péjoratives formulées
jadis, nous avons le devoir de
construire une alternative sérieuse à
ce pouvoir antipopulaire.
En guise de conclusion
Les revendications du mouvement
Petrocaribe questionnent la base
même de la société haïtienne, le départ
de Jouvenel Moise est la moindre
des choses qu’on peut réclamer.
Mais, si les forces progressistes,
démocratiques et la jeunesse du pays
n’arrivent pas à mettre en place la
transition populaire et souveraine
pour répondre aux grandes questions
nationales, on aura encore perdu
notre temps et dépensé notre énergie
pour rien.
Dans l’état actuel des choses, le
mouvement n’est pas organisé, les
acteurs politiques traditionnels sont
complètement déchirés par des
conflits de vieille date. Or, le régime
n’a jamais paru aussi vulnérable
et en panne de solutions pour se
renouveler et perpétuer le système
d’exploitation des couches les plus
pauvres du pays. C’est pourquoi les
forces progressistes et démocratiques
du pays doivent se rassembler pour
offrir une alternative crédible qui
sort des sentiers battus, des solutions
cosmétiques traditionnellement
sorties tout droit des officines de
puissantes ambassades. Nous devons
faire preuve d’intelligence pour ne
pas retomber dans le piège de la
communauté internationale et de
l’élite locale avec des solutions faites
sur mesure pour faire perdurer le
système injuste et violent instauré
dans le pays, depuis l’assassinat de
Jean-Jacques Dessalines le 17 octobre
1806.
James Beltis




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