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Haïti, l’ultime paradoxe ou le point de non-retour

Haïti, l’ultime paradoxe ou le point de non-retour









Ce matin-là, je ne pouvais pas croire ce que j’entendais. Les cris de désespoir de cette femme réclamant les restes de son mari. Ce policier tué, démembré et ensuite brûlé vif, car il revenait de son poste, en mototaxi, pour porter le reçu d’acquittement des frais scolaires de son enfant renvoyé afin qu’il puisse retourner en classe.

Je ne pouvais pas comprendre que les gens qui fuyaient la boucherie des bandits de La Saline, de Gran Ravin, dormaient, à même le sol, sur la Place d’Italie depuis plus d’une semaine. Que les responsables n’eussent même pas, dans le souci premier de la responsabilité qui leur incombe, monté une commission pour rencontrer ces gens et leur donner le minimum dû à tout citoyen.

Je me suis retourné dans mon lit comme pour vérifier que je n’étais pas dans un mauvais rêve. Je ne pouvais pas croire que j’étais, bel et bien éveillé et que j’écoutais, comme à l’accoutumée, les nouvelles radiodiffusées.

Je me suis mis à réfléchir, à ressasser dans mes pensées les : je-ne-compte-plus-le-nombre-de-fois, que ces faits insolites, incompréhensibles et, à bien des égards, indicibles fassent la manchette des nouvelles.

Qu’il s’agisse de ces gens de La Saline, de cette veuve éplorée, des rapatriés de la République dominicaine, de ces agents douaniers -à Malpasse- massacrés puis brûlés vifs, de ces gens tués lors des manifestations prétendument à caractère pacifique et j’en passe… S’agit-il d’un mauvais sort ?

Comment combattre le mal haïtien ? Comment sortir de cette torpeur qui nous ankylose et qui nous renvoie sans cesse aux abonnés absents ? À qui la faute ? ‘À nos Élites ? ou est-ce tout simplement une tare génétique ? Le seul fait d’être haïtien serait-il une forme d’atavisme qui nous prédisposerait à toutes les veuleries ?

Je me suis rappelé qu’un jour, lors d’une adresse publique, j’avais osé parler de notre condition de vie infrahumaine que j’avais qualifiée de bestialité. Un jeune homme qui se réclamait du mouvement écologiste me réprimanda vertement, me faisant remarquer, entre autres, que même la bête que nous, humains, classons comme dépourvue de raison, n’accepterait pas cette condition. D’ailleurs, même le chien une fois réprimandé revient nous voir la tête baissée et la queue baissée. Les lionnes ne tuent que pour assouvir leur faim et n’en tirent aucun plaisir autre que de combler ce besoin vital.

Ne sommes-nous donc jamais posés la question, à savoir : ce qui nous maintient dans ce schéma qui nous rend aussi passifs et qui nous dépouille de toute velléité de nous construire une nouvelle identité ! Pourtant, quotidiennement nous parlons tous de changement de paradigme qui doit nous sortir de ce fatalisme horripilant.

Il y a une vieille dichotomie que nous connaissons bien : l’Haïtien est capable de plus grandes prouesses en même temps qu’il se laisse faire et accepte les conditions de servilité les plus abjectes et les plus déshumanisantes. Certes, nous avons mené quelques grands combats, mais ne faudrait-il pas qu’on les qualifie de victoire à la Pyrrhus… Je me souviens bien d’un passage biblique qui nous enseigne : « Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme »

Ne devrions-nous pas nous disposer à faire la quête de notre humanité ? Certes, l’Haïtien répond aux caractéristiques biologiques lui conférant le statut d’humain, mais qu’en est-il des aspects sociologiques, éthologiques et anthropologiques tels : les émotions, la sensibilité, l’empathie, les comportements altruistes, la conscience, l’esthétique, la morale et l’Éthique, etc.

Qu’est-ce qui explique cette transhumance morale de l’Haïtien, ou dois-je dire plutôt cette douloureuse pérégrination qui nous amène de la morale la plus minimaliste à l’immoralité la plus abjecte. À se poser la question : l’Haïtien, est-il pourvu d’une âme ? Vous me pardonnerez tout ce fiel, mais la situation actuelle d’Haïti me pousse à mes derniers retranchements.

Haïti persiste à croupir parmi les nations les plus démunies. Les statistiques nous placent toujours devant, pour les affaires les plus négatives et derrière. Quand il s’agit de celles qui sont positives. Pourquoi donc ne nous est-il pas possible de reconnaître que nous sommes en pleine déliquescence ? Pourquoi alors ne pouvons-nous pas faire cet acte magnanime de prendre conscience du fait, donc de constater et engendrer du coup la remise en question générale de notre « Moi collectif » ? Pourquoi ne pouvons-nous pas nous regarder introspectivement et nous situer, une fois pour toutes, raisonnablement sur l’échelle universelle de l’humanisme ?

Quels sont nos valeurs, nos aspirations, nos attributions en tant qu’Homme, nos forces, nos faiblesses, nos peurs, nos idéaux, nos folies ? Qui sommes-nous! Croyons-nous en Dieu, en l’Énergie, aux Dieux, aux Religions, en l’Église, en l’Homme, en Nous. Pourquoi ne pouvons-nous pas répondre tout simplement aux questions les plus fondamentalement existentialistes : qui sommes-nous ? Pourquoi nous vivons nous! Qu’est-ce que la mort! Qu’est-ce que la vie! Pourquoi sommes-nous nés hommes plutôt que femmes! Je crois sincèrement que nous devons avoir le courage de nous dépouiller de nos égos et rechercher une certaine naïveté qui nous serait certainement très salutaire si ce n’est que pour nous mettre simplement face à nous-mêmes.

Nous sommes certainement arrivés à un carrefour de notre vie de peuple qui nous place devant un paradoxe, serons-nous assez intelligents pour surmonter toutes ces difficultés que nous voyons à travers des loupes grossissantes qui nous renvoient aux « écuries d’Augias »? Ne pourrait-on pas changer de perspective et aborder la question d’une autre façon ? Une nouvelle façon de conceptualiser ! Une nouvelle façon de faire !

Nous sommes à ce carrefour d’un paradoxe qui est pourtant trop bien connu : le paradoxe du point de non-retour !

Harold Arthur



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