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Le CARDH dénonce le massacre contre la population haïtienne et exige toute la lumière

Le CARDH dénonce le massacre contre la population haïtienne et exige toute la lumière








Au président de la République, monsieur Jovenel Moïse ;

Au président de l’Assemblée nationale et du Sénat, sénateur Joseph Lambert ;

Au président du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) et au Premier ministre, Me. Jean Henry Céant ;

Au président du Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire (CSPJ), Me. Jules Cantave.

Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) est vivement préoccupé par la dégradation accélérée de la situation sécuritaire du pays, les violations systématiques des droits humains, suite à l’implication et au laxisme des autorités politiques, et à l’incapacité des institutions concernées à apporter des réponses appropriées.

Cette situation révèle que le gouvernement ne garantit pas le droit à la vie et à la sécurité, tel qu’il est stipulé dans la Constitution haïtienne et ne respecte pas ses obligations internationales en matière de droits humains notamment celles de respecter, protéger et mettre en oeuvre.

Au moins quarante (40) morts et plusieurs dizaines de blessés sont enregistrés depuis la manifestation du 17 octobre, ce qui préoccupe la société haïtienne dans son ensemble, en particulier les organisations de défense des droits humains, dont le CARDH.

I. La situation au Village de Dieu et ses environs

Au mois d’avril 2018, un groupe de gangs armés, dirigé par Arnel Joseph, sorti de prison en mai 2017 pour meurtres sur plusieurs policiers, a pris en otage la population du Village de Dieu, situé à l’entrée Sud de la capitale, et s’y est installé. Depuis lors, la population de cette zone et celle de ses environs (1ère, 2e, 3e et 4e plus, Boulevard Harry Truman) vivent dans la terreur. Les locaux du Palais de Justice dans lesquels sont logés le Tribunal de première instance et la cour d’appel de Port-au-Prince, ainsi que le parquet, le Barreau de Port-au-Prince et la Fédération nationale des barreaux d’Haïti (FBH), sont parfois inaccessibles en raison de leur proximité avec le Village de Dieu.

Très souvent, le grand Sud (Sud, Sud-est, Nippes, Grande-Anse…) est coupé de la capitale, les habitants de Carrefour rentrent chez eux avec beaucoup de difficultés. Pendant plusieurs mois, la population est à la merci de ce groupe armé. La Police nationale d’Haïti (PNH) s’est montrée impuissante. Selon les informations et les images disponibles, les membres de ce gang, à la solde de certaines autorités politiques, disposaient d’armes lourdes, d’équipements et d’informations sur toute éventuelle intervention de la PNH.

Ce n’est que le 3 novembre 2018 que la PNH a décidé d’intervenir, conjointement avec des casques bleus de la Mission des Nations Unies pour l’Appui à la Justice en Haïti (MINUJUSTH), en mobilisant quasiment toutes les unités d’élites de l’institution : Brigade d’intervention et de recherches (BRI), Brigade d’opération et d’intervention départementale (BOID), Unité départementale de Maintien d’Ordre (UDMO), Garde-côtes…

Lors de cette « grande » opération, aucune arme n’a été saisie, et les bandits se sont retirés facilement de la zone. Toutefois, il faudrait souligner qu’aucun dommage collatéral n’a été enregistré, contrairement à d’autres opérations similaires où il y a eu beaucoup de dommages collatéraux. C’est le cas, par exemple, de l’opération policière menée à Grand Ravine, le lundi 13 novembre 2017, qui s’était soldée notamment par dix (10) morts, dont deux (2) policiers.

Le président de l’Assemblée nationale et du Sénat, le sénateur Joseph Lambert, vient de confirmer les informations selon lesquelles de nombreux groupes de bandits qui terrorisent la population dans plusieurs quartiers du pays sont à la solde de certaines autorités publiques et politiques, arguant, à deux (2) reprises, les 19 et 20 novembre dernier, que le chef de gang Arnel Joseph s’était retiré du village sous le couvert de la voiture d’un parlementaire.

Les filles et les fils du pays, notamment celles et ceux des quartiers populaires, ne doivent pas être utilisés (es) à des fins criminelles et politiques. La lumière doit être faite sur cette question. Il est inacceptable qu’un parlementaire soit impliqué dans de tels actes. C’est une honte pour l’institution parlementaire qui se décrédibilise davantage.

II. À propos de la manifestation du 17 octobre

À l’occasion du 17 octobre 2018, commémoration des 212 ans de la mort du Père de la Patrie, Jean-Jacques Dessalines, plusieurs centaines de milliers de citoyens sont descendus dans les rues des dix (10) départements du pays pour réclamer que toute la lumière soit faite sur la dilapidation des fonds PETROCARIBE.

Globalement, les citoyens ont eu un comportement exemplaire. La Police nationale (PNH), en dépit de ses limites liées à l’ampleur de la manifestation et aux faibles moyens dont elle dispose, a fait preuve de professionnalisme. Certains manifestants ont lancé des pierres contre les policiers qui n’ont fait usage ni de bâtons, ni de gaz lacrymogènes, ni d’armes automatiques.

Au cours de cette journée, huit (8) personnes ont perdu la vie, dont sept (7) à Port-au-Prince et une (1) aux Cayes, et vingt-deux (22) autres ont été blessées par balles.

Cette réalité n’aurait pas plu au pouvoir et à ses alliés, qui voulaient tout mettre en oeuvre pour faire échec à la mobilisation populaire et au dossier PETROCARIBE. En ce sens, une machine de répression d’État, semble-t-il, a été mise en branle un peu partout dans la capitale et dans des villes de province. L’insécurité s’est accélérée de manière significative dans les quartiers populaires.

Le 31 octobre 2018, lors des funérailles de six (6) des huit (8) personnes tuées par balles lors de la manifestation du 17 octobre 2018, à la chapelle Notre Dame du Perpétuel Secours au Bel- Air ( régionOuest de la capitale), les unités BOID et UDMO ont fait une utilisation abusive et excessive de gaz lacrymogène et d’armes à feu. En conséquence : au moins une (1) personne a été tuée par balle ; huit (8) autres blessées ; trois (3) autres atteints de projectiles en caoutchouc.

III. Massacre à La Saline

Le 12 novembre 2018, une hostilité s’est déclenchée entre deux (2) groupes rivaux pour le contrôle du marché de la Croix-des-Bossales. La zone est devenue inaccessible. Les autorités concernées sont restées indifférentes, alors que des hommes, des femmes, voire des enfants tombaient systématiquement sous les balles assassines de ces groupes armés, notamment le 13 novembre. Ce n’est que le 16 novembre que la police a décidé d’intervenir timidement.

Selon les informations fournies par des victimes et d’autres citoyens de La Saline, le délégué départemental de l’Ouest, M .Joseph Pierre Rigaud Duplan, est responsable de ce massacre, car il a armé un groupe dirigé par Serge ALECTIS, alias Ti Junior contre la bande à Hervé Bonnet Barthelemy, alias Bout Jean Jean, qui serait proche de l’opposition. Selon des informations préliminaires (sources non officielles), près de vingt-cinq (25) morts ont été enregistrés, au moins six (6) femmes ont été violées et des milliers de personnes se sont déplacées.

Dans ce quartier, la répression s’est systématiquement accélérée dans le but de l’empêcher la poursuite de la mobilisation des citoyens le 18 novembre 2018.

IV. La mobilisation du 18 novembre 2018

En prélude à la journée du 18 novembre 2018, la terreur s’est installée un peu partout dans plusieurs villes du pays, en particulier dans le département de l’Ouest (La Saline, Croix-des- Bouquets, Martissant…). Trois-mille (3,000.) policiers ont été officiellement mobilisés pour assurer la sécurité de la manifestation selon une conférence donnée par l’institution en date du 16 novembre. Le 18 novembre, plusieurs dizaines de milliers de citoyens sont, une fois de plus, descendus dans les rues pour poursuivre la mobilisation et exiger que la lumière soit faite sur la dilapidation des fonds PETROCARIBE.

Contrairement à la journée du 17 octobre 2018, la police s’est montrée moins professionnelle. Des agents ont tiré en direction de la population dans plusieurs zones (Port-au-Prince, Jacmel…). Des véhicules équipés d’armes extrêmement lourdes (M-60) sur lesquels est inscrit USGPN et des gens encagoulés portant des uniformes qui ne sont pas celles des unités de la PNH ont été vus pour la première fois le jour de la manifestation et surtout à quelques mètres du Palais national.

Des agents de l’Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN), unité non spécialisée dans le maintien de l’ordre et non programmée par le haut commandement pour sécuriser la manifestation, ont aussi été déployés dans les rues, à l’insu de la Direction générale de la PNH, notamment du cabinet du directeur général dont elle dépend.

En outre, l’USGPN est chargée d’assurer : la garde et la sécurité des bâtiments du Palais national, des résidences privées du Président de la République en exercice et des anciens Présidents ; l’escorte du convoi présidentiel en déplacement. Elle n’est habilitée à exercer aucune fonction de police judiciaire ou administrative hors des enceintes dont ils ont la garde (article 22 et suivants de la directive #30).

Consterné face à cette situation, le directeur général de la PNH, M. Michel- Ange Gédéon a déclaré, le mardi 20 novembre 2018, sur les ondes de la Radio caraïbes FM (Journal premye okasyon), qu’il les avait vus pour la première fois avec une mitrailleuse M 60 et que ce n’était pas acceptable. Des agents de l’USGPN ont été illégalement déployés dans les rues.

Cependant, le directeur général de la PNH ne doit pas se contenter uniquement de déplorer... Il doit surtout établir la responsabilité de l’entité et de l’autorité policières impliquées dans une telle opération, conformément à la loi et aux règlements de la PNH.

Il y aurait eu donc deux (2) « polices » nationales sur le territoire: L’une légale, sous la direction du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) et du directeur général, et l’autre contrôlée par le Palais national et par d’autres entités non connues.

Un peu partout dans le pays, la population est pourchassée par des « policiers » et des gens armés, souvent munis de voitures non immatriculées… En outre, dans des quartiers, notamment à Matissant (Martissant7, 9, 11, 13, 15), Bolosses (5e / 4e Avenue), Manigat…des individus pillent et violent des jeunes filles au grand jour. Le lundi 19 novembre, M. Durosier Jurond, un agent 2, de la 22e promotion de la PNH a été assassiné puis brûlé par des bandits de La Saline. Mazora, ainsi connu, a été abattu le 20 novembre vers 2h 00 P.M au Champ-de-Mars, non loin du Palais national.

Plus de trois (3) jours après la mobilisation du 18 novembre, le pays est complètement fermé. La peur s’y est installée. Il est impossible d’évaluer le nombre de personnes tuées et blessées par balles. Cette situation chaotique a été ignorée par le Président lors de son adresse à la nation, le 21 novembre 2018.

Jusqu’à date, les autorités concernées ne prennent pas les dispositions nécessaires pour établir les responsabilités et rétablir l’ordre et la sécurité internes.

Une telle réalité confirme que le pouvoir a mis en branle une machine de répression contre la population, ce qui est considéré comme de graves violations de droits humains.

V. Recommandations

Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) recommande:

au président de la République, de faire la lumière sur la participation présumée du délégué départemental de l’Ouest dans le massacre à La Saline et sur la participation du Palais national dans les actes de répressions du 18 novembre 2018;

au président du Sénat de dévoiler le nom du parlementaire impliqué dans la situation de terreur qui s’est installée au village de Dieu et de demander aux autorités et instances compétences d’agir en conséquence ;

au président du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) de faire la lumière sur l’implication éventuelle des différentes entités de la PNH dans la montée de l’insécurité;

au directeur de la PNH de demander à l’Inspection générale d’ouvrir d’établir la responsabilité de celui ou de ceux qui a ou ont déployé les agents de l’USGPN au cours de la manifestation du 18 novembre, sans l’autorisation de l’entité hiérarchique compétente.

Respectueusement vôtre,
Maître Gédéon Jean
Directeur exécutif
Port-au-Prince, Haïti, le 22 novembre 2018



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