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Jovenel Moïse, les actes prémonitoires d’une crise de gouvernance

Jovenel Moïse, les actes prémonitoires d’une crise de gouvernance









Le pouvoir de Jovenel Moïse fait face à une crise d’ingouvernabilité majeure seulement 22 mois depuis sa prise de fonction. Ce qui le conduit à un déficit d’autorité dans la gouvernance du pays.

« Le président a parlé, point barre ». Tout a commencé avec cette déclaration-choc du président Jovenel Moïse aux Cayes, en février, quand il a décrété le siège du carnaval 2017 dans cette ville. Pour plus d’un, ces premiers propos traduisaient un manque de révérence du président à l’égard des 12 millions d’Haïtiens.

D’entrée de jeu, Jovenel Moïse a débuté son quinquennat en lançant une véritable chasse aux sorcières dans les institutions stratégiques de la fonction publique. Il a limogé le directeur général d’alors du Fonds de Développement industriel (FDI) qui avait débloqué des fonds pour lui dans le cadre de son projet « bannann », et l’a remplacé par M. Edgard Jeudy.

Dans sa stratégie, le chef de l’État a modifié, avec la complicité de sa majorité au Parlement, la loi sur le blanchiment et le financement du terrorisme. Ce qui lui confère l’autorité de nommer le directeur de l’Unité centrale de Renseignement financier (UCREF). S’appuyant sur la modification de cette loi, il révoque l’éminent juge Sonel Jean- François dont le mandat n’était pas encore arrivé à terme et le remplace par Fritz Jean, ancien inspecteur de la PNH, directeur adjoint de l’OPC. Notons au passage que la loi précédente garantissait l’indépendance et la neutralité de l’UCREF dans sa mission de contrôler les grandes transactions financières qui se font dans le système.

À l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC), maître Lionel Bourgoin, un magistrat de carrière, réputé pour son honnêteté et son indépendance, a été renvoyé et remplacé par l’ancien major David Bazile, ex-ministre et membre fondateur du PHTK. Mais quel est le mobile de ces intrusions du Président dans ces institutions stratégiques et techniques de l’État ?

Dans le même épisode, le budget 2017-18 dans lequel rien n’a été prévu pour apaiser la misère chronique de la population, confirme le caractère anti-peuple du chef de l’État. Dans ce dernier, c’est la classe pauvre qui a été sanctionnée. Les taxes sur différents produits, services et contraventions ont été augmentées de plus de 50 %.

D’un autre côté, Jovenel Moïse a nommé Wilson Laleau, ancien ministre des finances, poursuivi par la justice pour corruption, comme chef de son cabinet, et Yves Germain Joseph, ex-ministre de la planification comme membre. Tous deux indexés dans la dilapidation des fonds Petro Caribe. Yolette Minguale, ancien membre du CEP, condamnée par la justice pour fraude électorale, a été nommée directrice générale du MHAVE.

Une autre décision stratégique du Président, la caravane du changement : une initiative opaque dans laquelle de fortes sommes d’argent sont dépensées, sans prévision dans le budget de la République. Cette entreprise improvisée dans l’agriculture et l’infrastructure routière, n’a, jusqu’ici, donné de résultats visibles. Parallèlement, six mois après l’ouragan Matthieu dans le grand Sud, il a décrété l’état d’urgence post cyclonique. Ce qui a permis au gouvernement de débloquer des fonds, sans explications à donner aux instances de contrôle.

Les décisions du président se succèdent. Il a augmenté les prix des produits pétroliers. Ce qui a aggravé la misère du peuple. Le 6 juillet 2018, il annoncé en plein match Brésil-Belgique, une deuxième hausse spectaculaire de plus de 50 % sur les mêmes produits. Le peuple le désapprouve, il rétracte. Comme conséquence, le PM Jack Guy Lafontant donne sa démission dans un scénario au Parlement. Plus tard, sous pression populaire, M. Moïse met à pied 18 membres de son cabinet particulier.

Le président va dénoncer la surfacturation des contrats que l’État a signés avec des firmes privées pendant ces dix dernières années. Les entreprises d’électricité vont desservir l’État en lui vendant du black-out ; certaines firmes lui fournissant de l’asphalte le font à des prix exorbitants. Il voyage à l’étranger en compagnie de grands manitous du secteur privé, il signe un contrat de gré à gré d’environ 125 millions de dollars avec un groupe de ce secteur pour acheter du matériel et des équipements de la caravane. Paradoxalement, lors de l’inauguration du parc industriel des Baker et Apped en plaine, Jovenel Moïse a déclaré : « Je suis au service du secteur privé ».

Chemin faisant, il remobilise les forces armées d’Haïti, malgré le désaccord de la communauté nationale et internationale. Cette armée démantelée en 1994 sous la présidence d’Aristide pour cause de coup d’État, crimes et toutes sortes d’exaction reparait timidement dans le paysage.

En France, il déclare que le rapport de la commission sénatoriale sur la dilapidation des fonds Petrocaribe est un dossier politique monté pour persécuter ses partisans. Il affirme disposer des gens partout pour le bloquer ; alors qu’il dénonce avoir nommé sous pression 50 juges corrompus dans le système judiciaire.

Toujours dans l’affaire Petrocaribe, le Président Jovenel Moïse a crié à l’ingérence et a demandé à l’ONU de rappeler la représentante du secrétaire général Susan D. Page, pour sa position dans ce dossier. Dans un communiqué de la MINUJUSTH publié le 25 février 2018, la cheffe de cet organe, Susan Page a salué la nomination de juges chargés d’instruire les plaintes déposées dans le cadre du dossier Petrocaribe et a appelé les autorités haïtiennes à faire de même pour Lilavois et Grand- Ravine. Rappelons-nous que Mme Page a été rappelée et remplacée par l’Américaine Helen Meagher. Les observateurs avertis notent que ce précédent a laissé un mauvais goût diplomatique entre l’ONU, l’USA et Haïti.

Les vagues continuent sur le plan diplomatique. M. Moïse a refusé de renouveler le mandat de l’expert indépendant des Nations Unies pour les droits humains. Décision qui expose le pays en matière de droits humains ; l’absence de cette instance en Haïti pour rapporter les dérives donne le champ libre au pouvoir pour des violations de droits humains.

Par ailleurs, dans le conflit opposant la Catalogne à l’Espagne, le chef de l’État haïtien a pris position pour l’Espagne. Il a Twitté le 24 octobre 2017: « Nous sommes préoccupés par la crise que connait actuellement l’Espagne. Nous espérons que celle-ci pourra être surmontée par le dialogue ». Deux jours après, il a écrit: « Nous appuyons une Espagne forte, stable et solidaire». Alors que, dans les rivalités mettant face à face Pékin et Taïwan, Jovenel Moise a pris position unilatéralement pour Taiwan. Pourtant, la République dominicaine, notre voisin, s’aligne du côté de la Chine continentale (Pékin).

Pour ce qui concerne Haïti, notre président n’a pipé mot pour condamner la fameuse déclaration du président américain Donald Tromp, qualifiant d’Haïti de « pays trou de merde ».

Hormis la corruption qui gangrène l’administration publique, les droits fondamentaux de la nation, notamment, les droits sociaux et économiques (éducation, santé, nourriture, eau potable, logement, travail…,) ne sont pas respectés. L’insécurité bat son plein, les gangs armés contrôlant le pays, ravit à la population même le droit à la vie.

En outre, la décision du président d’interdire formellement toute transaction en dollar sur le marché local, a pulvérisé la gourde au point d’en faire le retrait. L’inflation est galopante. Le peuple est aux abois.

Devant ses promesses non tenues : manje nan asyet, lajan nan pòch, kouran 24/24…, le peuple exprime son ras-le-bol : manifestations successives les 17 octobre et 18 novembre 2018 ; elles seront suivies de grèves pour réclamer le départ de Jovenel Moïse et le jugement des dilapidateurs des 3.8 milliards de dollars du fonds Petrocaribe. C’est dans ce contexte que le notaire Jean Henri Céant, candidat malheureux aux dernières élections, devient Premier ministre.

Que d’événements se sont succédé en vingt-deux mois ! Le président Jovenel Moïse pourra-t-il trouver une issue heureuse ?

Ronald Singer



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