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L’Hexagone met sur un piédestal la Déclaration des droits de l’homme, mais piétine l’indépendance d’Haïti : pur pharisaïsme !

L’Hexagone met sur un piédestal la Déclaration des droits de l’homme, mais piétine l’indépendance d’Haïti : pur pharisaïsme !









La France a allumé le 10 décembre dernier 70 bougies pour festoyer et rendre un hommage vibrant à l’acte illustre de la Déclaration des droits de l’homme. L’Hexagone fait aujourd’hui la leçon à des extrémistes, des groupes « barbares » et des nations antidémocratiques qui continuent de saper les fondements sacro-saints des valeurs universelles exposées par ce fameux texte qui dénoncent et bannissent véhémentement les actes arbitraires et inhumains. Cependant, cette même nation occidentale qui veut se faire passer pour championne de la protection et la promotion des droits de l’Homme - jusqu’ à contempler l’occupation d’un siège au Conseil des droits de l’Homme pour 2021-2023 - ignore les sacrifices consentis par les héros haïtiens qui ont enterré l’esclavage en remportant, en 1803, l’impossible victoire face à la puissance militaire Napoléonienne garnie de soldats armés jusqu’aux dents. Cette exquise victoire, acquise au prix du sang, a pourtant constitué une prémisse pour fournir de la matière à la rédaction du lumineux document des Droits de l’homme dont la France se réclame être l’un des artisans.

La Déclaration des droits de l’Homme, une greffe de celle de l’indépendance d’Haïti

Noble initiative présidée par Eleanor Roosevelt, la veuve du célèbre président américain Franklin D. Roosevelt, la Déclaration universelle des droits de l’homme a été motivée par une conscience divine exprimée par des dirigeants politiques du monde entier. Adopté à Paris, le 10 décembre 1948, cet acte a créé le socle sur lequel sont bâtis tous les mécanismes internationaux de défense des droits humains, peut-on lire sur le site de l’ambassade de France en Haïti. La deuxième puissance économique européenne, au PIB de 3 054,000 milliards de dollars en 2018, a fait l’éloge de son engagement face aux prescrits de ce document fabuleux qui défend avec fougue l’idée fondamentale que chacun peut vivre librement à condition de respecter la liberté d’autrui et de ne pas lui nuire. Mise en oeuvre 144 ans après la Déclaration de l’indépendance d’Haïti qui préconisait liberté ou la mort, la Déclaration des droits de l’homme est tout simplement greffée sur celle de l’indépendance d’Haïti proclamée le 1er janvier 1804. Les esprits avisés et probes doivent reconnaitre définitivement que les héros haïtiens s’inscrivent dans le panthéon des hommes et des femmes qui se sont battus pour les vertus de la liberté, la paix, l’équité et leurs corollaires. Par leur sens poussé de la justice, leur courage et leur conviction, ces immortels personnages, du 18e et du 19e siècle, figurent parmi ceux qui détiennent la paternité de l’héritage mondial de la liberté et du bien-être humain comme condition fondamentale de la démocratie et la modernité.

En voici un extrait de l’imminent texte rédigé par Louis Boisrond Tonnerre, secrétaire du premier chef d’État haïtien Jean-Jacques Dessalines, qui est empreint d’une profonde inspiration et d’une soif inouïe de rompre avec des pratiques inégalitaires et sanguinaires :

Ce n’est pas assez d’avoir expulsé de votre pays les barbares qui l’ont ensanglanté depuis deux siècles ; ce n’est pas assez d’avoir mis un frein aux factions toujours renaissantes qui se jouaient tour à tour du fantôme de liberté que la France exposait à vos yeux : il faut, par un dernier acte d’autorité nationale, assurer à jamais l’empire de la liberté dans le pays qui nous a vu naître ; il faut ravir au gouvernement inhumain qui tient depuis longtemps nos esprits dans la torpeur la plus humiliante, tout espoir de nous réasservir, il faut enfin vivre indépendants ou mourir.

Indépendance ou la mort ... que ces mots sacrés nous rallient, et qu’ils soient le signal des combats et de notre réunion... »

L’indépendance d’Haïti, un patrimoine mondial ignoré de mauvaise foi

Il devait être plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à des humains ostracisés, dépourvus de nourriture, d’habits, du minimum de munitions de se débarrasser d’un système d’oppression et de barbaries vieux de plus de 300 ans maintenu par de vilains prédateurs. Pourtant, à l’instar de la chute de la domination de la dynastie des Pharaons de l’Égypte sur le peuple d’Israël gardé dans la servitude la plus abjecte pendant plus de 400 cents ans, les héros haïtiens étaient inspirés d’une intrépidité et d’une ingéniosité ineffables (guidés sans aucun doute par la main divine) pour accomplir le miracle de vaincre l’impressionnante armée de Napoléon Bonaparte. Laquelle garnison fut équipée de toutes les munitions disponibles à l’époque avec aux commandes de géants assassins impitoyables et des bourreaux sensibles aux guillotines pour mutiler, estropier, amputer et décapiter les esclaves (hommes, femmes et enfants) à la moindre désobéissance.

Le 1er janvier 2019, représente 215 ans de funérailles d’un système esclavagiste chantées courageusement par les immortels Capois la Mort, Henry Christophe, Boisrond Tonnerre, Jean Jaques Dessalines suite à la légendaire bataille de Vertières remportée la tête altière le 18 novembre 1803. En cette ère démocratique et de promotion des valeurs universelles, ce premier jour de l’année calendaire devait être une date mémorable aux yeux du monde civilisé.

Chaque année, de nombreux peuples, reconnaissants envers les immenses vertus de la liberté et envers les sacrifices consentis par les héros haïtiens pour les avoir supportés gracieusement dans leur prise de liberté, expriment une impatience accrue dans l’attente du Nouvel An, pour envoyer des fleurs bien méritées au peuple haïtien. Les pays de l’Amérique Latine dont le Venezuela, le Cuba, la Bolivie, le Nicaragua saluent toujours fièrement l’acte de bravoure posé par nos ancêtres.

À l’occasion du 215e de notre indépendance, on a pu déguster sur le site de l’ambassade américaine, un texte élogieux, très concis, mais d’une grande profondeur, qui met Haïti en valeur et qui expose non seulement l’essence de cette victoire époustouflante contre l’esclavage et la barbarie, mais aussi témoigne de la gratitude du pays de l’oncle Sam envers l’ancienne perle des Antilles. Savourons cet extrait posté par l’ambassade américaine : « La révolution haïtienne a changé le cours de l’histoire dans l’hémisphère et a eu un impact indélébile sur les États-Unis. Au milieu de la longue lutte pour la liberté en Haïti, des recrues haïtiennes ont quitté le port de Saint-Marc en 1779 pour se battre aux côtés de soldats américains lors de la Bataille de Savannah, notre propre guerre de l’Indépendance ».

Pourtant, même de manière hypocrite, le Quai d’Orsay ne peut sortir de son mutisme étouffant pour féliciter et célébrer l’acte de l’indépendance de l’ancienne colonie la plus juteuse de la France. On continue de se demander jusques à quand les phobies et les orgueils séculaires engendrés par le vocable « Vertières » seront plutôt transformés par la France en une source d’extasies et de joie puisque la geste du 18 novembre 1803, marquée par une vaillance et une maestria indicibles, pour conduire à l’éradication de l’esclavage, devrait être oscarisé en ce siècle de lumière et de justice comme un patrimoine mondial.

Qu’en est-il de la rançon de la dette de l’indépendance ?

C’est un paradoxe notoire, une hypocrisie et une incohérence patentes que le pays du célèbre général Charles de Gaulle puisse prétendre se positionner contre les crimes, les actes inhumains et les injustices sociales pendant qu’il ignore avec dédain la nécessité de restituer à Haïti la dette de l’indépendance versée par le président Jean-Pierre Boyer, évaluée aujourd‘hui à plus de 21 milliards de dollars US. En ligne droite avec la promotion de concilier les paroles et les actions, nous tenons à rappeler à l’attention des électeurs que les votes avisés et empreints d’objectivité sont toujours conditionnels ; on jette un bulletin pour un candidat parce qu’on juge qu’il mérite la fonction convoitée, à la lumière de ses actions passées ou à sa prise de conscience actuelle pour les erreurs et les injustices commises.

Tant que l’Hexagone ne prend pas ses responsabilités de réparer les injustices causées à Haïti en ayant menacé cette jeune nation libre, vingt ans après (en 1925) de diligenter des interventions cruelles si elle ne paie pas la rançon de 90 millions de francs-or en contrepartie de la reconnaissance de son indépendance, elle ne peut être fière de son siège parmi les nations qui disent NON à la criminalité, à l’injustice et l’esclavage. Et donc, elle ne peut mériter les votes des nations qui défendent, sans hypocrisie, les principes du fondement de la démocratie et de ses corollaires. Si les abus du passé ne sont pas réparés, un carton rouge devrait être brandi par les électeurs pour sanctionner l’Hexagone dans sa velléité d’occuper un siège au Conseil des droits de l’Homme pour 2021-2023.

La France doit prêcher par l’exemple pour rendre efficaces ses prises de position

« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil à toi ! », Luc, 6, 41. Dans son allocution devant l’Assemblée générale des Nations unies le 26 septembre 2018, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a pointé du droit un ensemble de constats choquants qui vont exactement dans le sens opposé aux Droits de l’Homme. Dans un premier temps, monsieur Le Drian a évoqué des situations macabres telles que les exécutions sommaires en République centrafricaine, les attaques délibérées contre les civils, l’usage d’armes interdites, la famine et la privation de soins en Syrie, les tortures et enrôlements forcés d’enfants dans les rangs de la milice Boko Haram ou au Soudan du Sud, les violences sexuelles, etc. Dans un deuxième temps, le ministre a plaidé contre le rétrécissement de l’espace des droits humains, y compris au sein des sociétés démocratiques qu’il voit comme des supports à la renaissance des discours nationalistes et populistes qui sont susceptibles d’entraver le bon fonctionnement des défenseurs des droits humains, des avocats, des journalistes et des responsables d’ONG.

Dans ce « beau discours », le ministre a rappelé le caractère transcendantal de ce document signé depuis 1948 qui a préséance sur les cultures, les identités locales, les praxis politiques ou sociales. Ce sont des engagements, des principes de droit garantis par des déclarations solennelles ou des traités juridiquement contraignants, à vocation universelle.

Ce sont des paroles éloquentes pour garantir et promouvoir la justice, la liberté et la paix dans le monde. Il convient par contre de se demander si le ramage se rapporte au plumage ; ces mots, viennent-ils vraiment
du coeur du chef du Quai d’Orsay ?

Si la France veut que ces mots soient puissants et touchent les destinataires avec efficacité, elle doit corriger son propre cahier en retournant à Haïti les richesses dont elle l’avait ravie et qui ont contribué à garder le seul pays de l’Hémisphère dans cette pauvreté ignominieuse jusqu’en 2019.

Restitution de la dette, une plaidoirie tenue par tous les esprits avisés.

Longue et diversifiée est la liste des beaux esprits animés, sans équivoque, par le sens de l’équité, la liberté et la justice pour réclamer la restitution de la dette de l’indépendance versée arbitrairement par Haïti sous les pressions et les menaces crédibles d’invasions barbares du roi Charles X en 1825 pour incendier, décapiter et exterminer les hommes, les femmes et les enfants échappés aux meurtriers affrontements du 18 novembre 1803.

On ne peut louper de réitérer l’immense gratitude exprimée constamment avec véhémence devant les prouesses de nos ancêtres par Christiane Taubira, l’ancienne garde des Sceaux du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. L’indépendance d’Haïti a électrisé la conscience des pays longtemps oppressés par des colonisateurs qui ne juraient que par l’enrichissement égocentrique et l’abêtissement de l’autre. Par cette apothéose, les héros haïtiens ont cristallisé et immortalisé avec brio la trilogie « liberté, égalité, fraternité ». Le professeur d’histoire à l’Université de Sherbrooke, Jean Pierre Le Glaunec , s’évertue à lever le voile sur la machine de propagande et d’occultation de la bataille de Vertières, point culminant de la lutte ayant conduit à l’indépendance le 1er janvier 1804. Conférences, livres, interviews, le professeur québécois utilise de multiples approches pour prendre le contre-pied de la velléité de l’Hexagone à reléguer aux oubliettes l’illustre histoire de Vertières. En mai 2018, le fondateur du puissant média en ligne Média Part, le français Herve Edwy Plenel a interpellé la conscience de la France à restituer les vingt et un milliard de dollars prélevés injustement à Haïti pour avoir osé rompre avec les pratiques esclavagistes. Le célèbre journaliste a soutenu : « Ce qu’a fait le peuple haïtien, avec son bonheur et ses malheurs, est une histoire immense, une histoire qui parle des défis du monde du 21e siècle aujourd’hui, une histoire qui pose au monde des questions de justice, d’égalité et de principes qui sont toujours valables. La dette qu’a dû payer Haïti pour avoir défendu l’égalité des hommes et le droit à la justice, la France doit la rembourser, quelles que soient les conditions. C’est une question de principe ».

L’intérêt manifeste de la France à ramener les nations du monde entier à la cause de la protection et la promotion des Droits de l’Homme est bien juste. Car, le monde est aujourd’hui un simple village habité par 7.5 milliards de voisins. L’erreur de l’autre, le comportement irresponsable, médiocre voire démoniaque d’autres individus, groupes ou nations antidémocratiques nous inquiètent tous. Menaces crédibles ou pas, les Nations Unies ont très bien compris les risques encourus par l’humanité lorsque vous avez un détraqué qui s’appelle Pyong Yong à la tête d’un pays. Il est donc intelligent et rationnel pour toute nation de se positionner en face de toute initiative, tout individu ou tout groupe qui veulent fissurer les assises de la liberté, la justice et la paix dans le monde. Cependant, pour rester cohérent dans sa démarche de promotion de l’illustre Déclaration des droits de l’Homme et pour mériter sa place dans le concert des nations modernes, l’Hexagone doit reconnaitre définitivement les tortures, les cruautés, les injustices qu’elle a causées à Haïti et donc porter les corrections qui s’imposent, notamment en lui restituant la dette de son indépendance décrochée au prix fort le 1er janvier 1804.

Carly Dollin



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