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Le procès Pétrocaribe, quelles perspectives ?

Le procès Pétrocaribe, quelles perspectives ?









Le procès Petrocaribe est comme une écharde dans la chair du régime phtkiste. Les politiciens haïtiens, quant à eux, sont dépassés par le dynamisme et l’ampleur de la mobilisation des Haïtiens, toutes couches sociales confondues, en Haïti et dans les grandes capitales occidentales. La majorité des Haïtiens pense qu’Haïti se trouve au bord de l’explosion. À mon humble avis, ce qui retient l’éclatement, c’est la grande majorité de la classe moyenne des fonctionnaires - et ils sont nombreux, - des élites « zentellectuelles » et une catégorie de journalistes qui s’autoproclament directeurs d’opinion. Tout ce beau monde guide la population haïtienne non initiée par des manoeuvres dilatoires qui garantissent leurs intérêts personnels et ceux des nantis.

J’ai suivi attentivement les propositions de l’opposition dite démocratique. Quand ses leaders s’expriment oralement, ils ont un comportement comparable à des chiens qui aboient par peur de l’autre. On les entend crier : « Jovenel tombera ce week-end », le départ de Jovenel est imminent, qu’il sera suivi par une conférence nationale pour nommer un gouvernement provisoire, etc.

Pour moi, toutes ces gesticulations s’apparentent plus à du « blabla » pour occuper l’antenne, se faire voir et amuser la galerie. Car, c’est mettre la charrue avant les boeufs. Ils devraient d’abord commencer par la conférence nationale pour accoucher d’une alternative à la gouvernance de Jovenel Moïse/ Henri Céant : un gouvernement appliquant la transparence et l’éthique pour réaliser son premier objectif, celui du procès pétrocaribe. Demander préalablement le renversement de M. Jovenel Moïse, même avec la volonté de bien faire, c’est comme si ces leaders de l’opposition démocratique disaient au PHTK au pouvoir : ôte-toi que je m’y mette ! C’est en tout cas la perception de nombreux patriotes qui réclament un vrai changement de gouvernance.

Face à cette carence de programme de la classe politique, il est du devoir de chaque citoyen de la minorité de la classe moyenne progressiste (1), de proposer des idées capables d’apporter des solutions ; des idées nouvelles pouvant atteindre et mobiliser la grande majorité de la population. C’est ce qu’ont fait par exemple « De jeunes citoyens engagés » (2), réunis au Petit-Goâve, du 30 novembre au 2 décembre 2018. Ils ont présenté un certain nombre de propositions à la classe politique et au gouvernement, en deux parties : le structurel et le conjoncturel ; et mettent l’accent sur une vrai « RÉFORME INSTITUTIONNELLE et un VRAI DIALOGUE, ce, pour éviter des décisions d’incohérences, d’immaturité et de démonstrations politiciennes de bas étage. » L’ensemble des propositions ressemble plutôt à une feuille de route pour une bonne gestion de la chose publique à moyen et à long terme. Ces jeunes citoyens engagés ont le mérite de jeter la première pierre de l’unité haïtienne. Mais, il y a la priorité : KOT KÒB PETWOKARIBE A ? Et là, il y a un problème !

Car ces jeunes conférenciers écrivent : « Que le président Jovenel Moïse reste au pouvoir, au moins une année de plus, pour une analyse des résultats et remise en question pour le reste du quinquennat. Que le président et son Premier ministre Jean Henry Céant aient l’attitude de nommer leur gouvernement dans une vraie négociation/cohabitation avec les autres partis politiques, mais sans imposition. »

Or, chacun sait qu’il est politiquement impossible à MM. Moïse et Céant d’aboutir à un procès Petrocaribe, du fait de leur implication directe dans la gestion des fonds. L’un en qualité d’inculpé, pour gestion illicite des comptes ; pour son implication dans le dossier pétrocaribe : l’une de ses propres entreprises ayant vendu à l’État des panneaux solaires à un coût surfacturé. Et les millions volatilisés qui ont été alloués par l’État à Agitrans pour la production et l’exportation de bananes. L’autre, Jean-Henry Céant, en qualité de notaire qui a travaillé sur les contrats avec notamment la firme dominicaine Estrella de Bautista. Et également sur ceux d’expropriation des maisons du bas la ville de Port-au- Prince

Ici à Paris, dans le blog de Le monde du Sud/Elsie-news et sur ma page Facebook, nous n’avons jamais cessé de dénoncer cette main mise de nos dirigeants sur les fonds de l’État et donc du peuple haïtien. Et nous avons toujours identifié les auteurs.

ht tp:/ /el s ie-news.over-blog. com/2015/08/liste-des-contrats-signes-avec-la-firme-estrella-de-bautista.html;http://elsie-news.over-blog.com/2018/10/ incompetences-irregularites-et-gabegies-dans-le-processus-par-le-gouvernement-lamothe/ martelly-d-expropriation-du-centre-ville-de-po
ht tp:/ /el s ie-news.over-blog. com/2014/11/ceant-se-retire-de-l-affaire-de-l-expropriation-musclee-des-habitants-du-bas-de-la-ville.html

Sans compter que les noms de bon nombre de leurs relations et amis du PHTK et du secteur privé des affaires sont cités dans cette affaire de dilapidation des fonds pétrocaribe. Ajouter à cela que ce gouvernement fait preuve d’incompétence dans l’utilisation de ses budgets ; insiste sur les pratiques de privilèges accordés et de corruption instituée. Pour exemple, les enveloppes distribuées au policier avant la grande manifestation du 18 novembre, les financements de gangs qui aboutiront notamment au massacre des habitants de La Saline et à bien d’autres assassinats injustifiés des sans-voix. Ne parlons pas des suicides douteux de cadres qui connaissaient le dossier Petrocaribe, dont celui de Caroline Estimé, fille de Jean- Robert Estimé, ancien ministre de Jean-Claude Duvalier et petite fille du président Dumarsais Estimé.

Ce gouvernement n’a donc ni la légitimité morale ni les qualités intrinsèques pour entamer des réformes institutionnelles. Monsieur Jovenel Moïse n’aurait pu être candidat si le Pouvoir judiciaire et le Conseil électoral provisoire (CEP) n’étaient pas réputés corrompus. On retrouve parmi les parlementaires de cette législature, un grand nombre d’illettrés et/ou de présumés trafiquants en tous genres. Des bandi legal. Ils y siègent grâce à la violence des hommes de main du pouvoir « mickiste », au cours des élections législatives du 9 octobre 2015. Et je ne vois pas non plus, des ministres de l’opposition dans un gouvernement de cohabitation, ayant les mains libres, sans imposition, comme le pensent ces jeunes citoyens engagés, pour faciliter la tenue d’un procès équitable et le respect des peines du jugement par les coupables. Il suffit de constater les barrières rencontrées par le juge Lumérant dans l’affaire des armes importées en contrebande des USA. Ne rêvons pas !

Que faire ?

Nous devons en finir avec la corruption massive et les abus en tous genres qui ont tendance à s’institutionnaliser et qui gangrènent les trois pouvoirs de l’État. Nous devons aussi en finir avec la notion de société civile en Haïti, sous la bannière de Conférence nationale, qui est improductive et vide de sens. Sinon un machin que chacun utilise pour déstabiliser tel ou tel gouvernement. La dilapidation sauvage des fonds Petrocaribe et de ceux de la reconstruction nous donne l’occasion d’agir, nous, de la vraie société civile citoyenne. Il nous faut plus d’engagements pour consolider les forces du changement et aller encore plus loin que la présidence du gouvernement d’Estimé.

L’affaire pétrocaribe est une affaire citoyenne. Je suis convaincu qu’il se trouve des citoyens haïtiens de qualité en Haïti et à l’extérieur, capables de penser des solutions à court et à moyen terme pour le reste du quinquennat de M. Moïse (2019-2022).

Pour l’instant, nous la minorité progressiste, nous avons pour obligation d’accompagner le peuple et les organisations politiques dans leur lutte pour la vérité sur les fonds pétrocaribe jusqu’à pousser M. Jovenel Moïse à la démission. Par ailleurs, nous devons obligatoirement chercher l’appui international d’autres peuples dans une démarche constructive ; sans exclure aucune institution internationale. Mais nous devons toutefois être conscients des ambiguïtés de nos rapports avec la communauté internationale, qui est aussi la conséquence d’un État haïtien failli à ses obligations régaliennes.
Nous devrions être en mesure de proposer un gouvernement de transition à la nation haïtienne et pour la République d’Haïti, qui établira les cadres juridiques et techniques pour un procès équitable ; préparer les prochaines échéances électorales ; faire le bilan de nos ressources en matière de production agricole et minière. Établir de vrais droits pour les Haïtiens expatriés comme le bulletin de vote dans toutes les élections nationales. L’unité doit commencer à ce niveau-là !

Comment?

La minorité progressiste de l’intelligentsia haïtienne doit organiser une conférence nationale - chacun dans son domaine de compétence respectif – avec des Haïtiens vivant en Haïti et ceux de l’extérieur, quelle que soit leur nationalité d’emprunt. Ces conférenciers devraient avoir des profils similaires à ceux des jeunes citoyens engagés de Petit-Goâve ; sans la participation des partis politiques, sans le secteur privé des affaires et enfin sans l’église et les religions. S’ils n’ont aucune ambition politique à moyen et long terme 3-10 ans, ils sont l’espoir du changement.

Si ces jeunes citoyens ont pris l’engagement de se réunir, d’autres citoyens formés peuvent continuer l’initiative en organisant une ou plusieurs conférences avec comme préalable l’obligation de travailler en vue d’accoucher d’un projet de gouvernement pour la fin du quinquennat. Aucun des conférenciers ne pourra intégrer le gouvernement qui aura comme premier objectif de mettre en place les hommes et les moyens pour le procès Petrocaribe. Et ceci, même si le procès n’arrive pas à son terme à la fin du mandat du gouvernement intérimaire - comme on peut s’y attendre vu l’ampleur du dossier. En aucun cas, un des membres du futur gouvernement ne pourra se porter candidat à un poste électif aux prochaines échéances électorales.

Les conférenciers proposeront le choix d’un Premier ministre ayant un profil de rassembleur avec une formation de juriste ou de sciences politiques, capable d’expliquer dans la transparence à la population les mesures qu’entreprend son gouvernement. Car, il s’agit de faire les choses selon lès règles : retrouver les fonds détournés et punir les coupables selon la loi - et non selon une justice politique de république bananière. Haïti a besoin de cet argent pour investir dans les infrastructures et l’éducation qui sont la base du développement et de la création d’emplois massifs. Le Premier ministre, en collaboration avec les membres de la conférence, formera un gouvernement d’unité nationale, qu’il ne faut pas confondre avec l’union. L’union, on en a besoin dans nos relations avec l’international. Un gouvernement composé d’universitaires et de techniciens, issus en majorité des Haïtiens de l’intérieur serait idéal, mais des cadres des partis politiques pourraient faire partie du gouvernement si leur parcours est jugé intègre.

Le Gouvernement mettra en place le Conseil électoral permanent qui organisera les échéances électorales dans la transparence et l’inclusion. Certains conférenciers pourraient faire partie du Conseil électoral permanent. Depuis la Constitution de 1987, aucun des gouvernements n’est arrivé à constituer ce conseil électoral permanent pour différentes raisons. Un gouvernement dont aucun membre n’a pas d’ambition politique immédiate est le plus apte à organiser le Conseil électoral permanent qui recevrait l’aval de la majorité de la population.

Ce gouvernement même de transition devrait créer un ministère de la Fonction publique dont la mission est d’évaluer les moyens à utiliser pour commencer les réformes à opérer dans l’administration. Ses objectifs : réduire les privilèges et la corruption au sein de l’État : justice, palais, parlement ministères, institutions publiques, services douaniers de façon à permettre au ministère des Finances de mettre l’ordre dans les recettes fiscales. L’État a besoin d’argent pour réduire le coût élevé de la vie qui touche en premier les masses défavorisées et les sans-emplois. Mais aussi, de l’argent pour organiser les élections à venir pour éviter que ce soit le Blan qui les finance avec tout ce que cela comporte comme suspicions sur la transparence.

Comment un ministre de la Justice pourra-t-il arriver à son objectif d’organiser le procès sans se faire assassiner ?

Je dois admettre franchement que je ne suis pas en mesure de répondre concrètement à cette question. Parce qu’il faut se souvenir de l’assassinat du ministre de la Justice, Guy Malary, qui, précisément, travaillait sur des dossiers de corruption liés aux gouvernements militaires précédents celui d’Aristide-Préval. Seules les pressions populaires, toutes couches confondues, me sembleraient efficaces pour empêcher les éternels suspects d’agir. Ces hommes de justice qui connaissent la loi devraient eux-mêmes s’engager davantage sur les moyens. Pourquoi ne pas organiser des conférences internationales sur la question en faisant appel à des avocats et juristes internationaux pour constituer un rapport de force solide ?

C’est ce que tentent de mettre sous pied des citoyens haïtiens engagés à Paris, qui ne supportent plus, qu’à cause de la corruption généralisée de la société haïtienne, de jeunes Haïtiens et Haïtiennes soient obligés notamment de se prostituer pour joindre les deux bouts et assurer la vie de leurs familles. Ne serait-ce que pour cette raison, chacun des patriotes de toutes tendances politiques doivent s’engager pour une transformation de la société haïtienne. Les citoyens ont le devoir de réfléchir afin de trouver une alternative à la simplification ou à la soumission qui réduisent les luttes politiques de la République d’Haïti en un combat entre lavalassiens et macouto-duvaliéristes-PHTK, dans l’incapacité de s’approprier de la réflexion sur une vision moderne de la République.

S’il est vrai qu’il faut deux grands courants politiques pour assurer une alternance démocratique dans le pays. Nous constatons néanmoins, avec peine et dépit régulièrement, les pratiques sans lendemain des dirigeants appartenant à la minorité progressiste.

Ce pourquoi, il est impératif que tous ensemble, jeunes et vieux, riches et pauvres, - sans faire de ces leaders progressistes des ennemis – nous travaillons à les aider à sortir du moule d’un système obsolète et négatif, que nous travaillons par nos propositions à nourrir leurs réflexions et à les pousser à l’action.

Le procès Petrocaribe est un impératif catégorique, la condition sine qua non pour provoquer une rupture avec la corruption et le banditisme institutionnalisé qui « gang-grènent » le pays. La tenue de ce procès représente un impératif pour permettre à Haïti de rompre avec des pratiques qui plongent ses citoyens, jour après jour, dans la misère économique, morale, culturelle et intellectuelle.

Sergo Alexis
Chercheur en anthropologie sociale et politique



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