S'identifier Contact Avis
 
25.99° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sports rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video
Seul Moïse peut nous conduire vers la terre promise

Seul Moïse peut nous conduire vers la terre promise








Grâce à l’indiscrétion des réseaux sociaux, j’ai lu avec une attention soutenue, une correspondance adressée par le ministère de l’Économie et des Finances à la chambre de Commerce sollicitant son avis pour justifier une augmentation du coût des produits pétroliers. Consultation ou piège ? Les pertes que l’État haïtien enregistre dans la vente des produits pétroliers ne résultent pas de l’augmentation du coût de ces derniers sur le marché international, mais plutôt de la dépréciation de la gourde par rapport au dollar.

Voilà un sujet brûlant qui mérite d’être débattu. L’État haïtien finalement, semble se pencher sur le sort de nos concitoyens vivant au jour le jour avec un salaire dérisoire en gourdes. Le pire dans tout cela, c’est la conclusion du Ministère expliquant qu’une augmentation du prix des produits pétroliers n’affectera que 20 % de la population. Quelle ineptie ! Mr Craan ne ferait-il pas partie des 20 % qui auront à payer cette facture ? Donc, on peut comprendre que le Ministère confond la chambre de Commerce avec cette portion de la population qui va payer cette facture.

Même la classe moyenne, qui ne représente que 10 % de la population (Inclus dans les 20% du ministre) ne supportera pas trop longtemps l’augmentation du prix des produits pétroliers. Faisons le calcul suivant : une augmentation de 30 % de la gazoline par exemple affectera 20 % de la « population dite aisée » selon le Ministère. Donc, l’employé de la banque qui vient de s’acheter une voiture neuve ou d’occasion paiera la gazoline 30 % plus cher. Ce même employé demandera à la banque une augmentation de salaire parce que ses dépenses auront augmenté considérablement {non seulement la gazoline pour le véhicule, mais aussi les produits de première nécessité, les services de santé (médecins et autres), le loyer, les loisirs, etc.} Tous les coûts augmenteront parce que les hydrocarbures sont un produit transversal. La banque qui vient d’augmenter le salaire de l’employé augmentera nécessairement le prix de ses services pour compenser la hausse des coûts.

Il faut préciser que les entreprises privées travaillent avec des ratios de bénéfice. Ils font tout pour réaliser ou dépasser ce ratio. Alors, en définitive, qui paie l’augmentation des prix des produits pétroliers : la banque, l’employé, ou la diaspora ? Certainement c’est notre vaillante et « précieuse » diaspora qui paie la facture à coup de plusieurs milliards chaque année. Des milliards qui pourraient nous aider à sortir du gouffre, ou du moins à ralentir la chute effrénée et vertigineuse du pays vers l’abîme.

Alors, je dois m’excuser ! Mon sujet de discussion se porte au fait sur le neuvième anniversaire de l’évènement du 12 janvier 2010, transformé en catastrophe à cause de nos négligences.

Cela fait neuf ans ! Neuf ans déjà depuis que l’absence de l’État haïtien dans la vie du citoyen a produit la catastrophe du douze janvier. Je dis bien catastrophe sans l’adjectif “naturelle”, car la terre tremble chaque jour, partout sur terre, et cela fait des millénaires que cela se produit.

Cela fait neuf ans ! Neuf ans déjà depuis que l’État haïtien, à travers ses dirigeants, n’a pas su prendre les dispositions nécessaires pour introduire l’environnement dans le cursus des écoliers. Aucun programme visant la totalité des écoliers sur les mesures et dispositions à prendre pour se protéger en cas de nouvelles catastrophes n’a pas été mis en place.

Cela fait neuf ans ! Neuf ans déjà depuis que la population a décidé de ne plus participer aux élections, sachant que les dés sont pipés, les carottes sont cuites. Elle ne voit pas le bout du tunnel. L’État haïtien est resté sourd et muet jusqu’à présent à leurs cris.

Cela fait neuf ans ! Neuf ans déjà depuis que la classe moyenne, antérieurement appauvrie par l’embargo du début des années ’90, essaie de se relever, seule, sans apport de l’État. Elle est si consciente de son sort qu’elle a assuré l’avenir de ses enfants en terre étrangère, leur octroyant la nationalité américaine ou canadienne. La classe intellectuelle se soucie de subsister de crise en crise et se fortifier pour la prochaine crise.

Cela fait neuf ans ! Neuf ans déjà depuis que l’État fait la sourde oreille, considérant Haïti comme un pays en voie de développement. Loin de là, je dis ! Il faut arrêter de creuser disait cet ambassadeur avisé ; à cette époque, nous n’étions qu’à quatre pieds sous terre. Aujourd’hui, nous approchons les six pieds, synonyme de disparition de la nation haïtienne.

Cela fait neuf ans ! Neuf ans déjà depuis que les services de l’État ne sont plus disponibles. Au fait, l’État a accepté la privatisation des services dont il est le responsable incontestable :

- L’eau courante n’est plus disponible (il faut commander un camion d’eau quand il ne pleut pas) ;

- L’eau potable s’achète au supermarché ou à travers des distributeurs privés;

- L’électricité s’achète à travers des batteries rechargeables, des inverters, des panneaux solaires, des génératrices ;

- Les services de santé sont dispensés dans des hôpitaux privés et payés cash ou avec une assurance couteuse (pas possible de se rendre à l’hôpital général) ;

- Les services d’urgence aussi sont passés au privé, à travers les compagnies privées telles que Hero (qui remplace le service 911 – urgence – que l’État doit offrir) ;

- La sécurité des vies et des biens est passée aux mains du privé, chaque entreprise haussant ses murs, métallisant ses fenêtres, augmentant ses agents de sécurité ; l’individu reste chez lui, prend ses vacances en dehors du pays ;

- Les écoles publiques ne satisfont que 20% de la demande, le reste est contrôlé par le secteur privé sur lequel l’État n’exerce aucun contrôle.

Pourtant, nos problèmes ne sont pas difficiles à résoudre. Nous avons des atouts considérables : une population courageuse et travailleuse malgré tout ; des ressources naturelles abondantes ; une diaspora riche et généreuse ; une position géographique idéale ; des voisins avec qui nous ne sommes pas en guerre ; une jeunesse active, avide d’éducation ; une population d’entrepreneurs ; etc.

Il suffirait d’un accord social avec des directives bien élaborées pour commencer, après neuf ans, la reconstruction de mon pays. Les bandits armés ne réclament-ils pas les mêmes services auxquels a droit la population en général, surtout la classe moyenne ? Le rôle de l’État est de veiller à ce que les services de base soient disponibles à toute la population :

- Il faut de bonnes écoles publiques pour rivaliser avec les écoles privées ;
- Il faut des centres de santé pour faire la prévention et un système d’urgence national ;
- Il faut de l’électricité à un prix abordable partout, en tout temps ;
- Il faut de l’eau potable dans tous les quartiers.

Alors, qui a la légitimité d’entamer une telle initiative ? Malgré la faible participation aux dernières élections, seul le Président de la République peut entreprendre une telle démarche. Il faut que le premier de la nation appuie sur le bouton RESET pour redémarrer notre chère Haïti ; mais pour ce, il faudra des décisions d’État, des sacrifices (personnelles surtout), un dépassement de soi, un abandon des intérêts de clan, une vision sur 25 ans, une équipe qualifiée acceptant de travailler pour un salaire modique et même symbolique.

L’État haïtien doit déterminer ses priorités pour accomplir les objectifs fixés. C’est un État à construire, mais heureusement la technologie permet de rattraper plusieurs années de retard. Il faut modifier l’économie du pays, la transformer en économie de production pour l’exportation (un grain de riz Bio de l’Artibonite contre cinq grains de riz importé). Il faut intégrer la diaspora dans les décisions importantes pour le pays en lui octroyant la citoyenneté haïtienne et le droit de vote (la aussi intervient la technologie). Il faut prioriser les entreprises et initiatives des entrepreneurs haïtiens.

La solution demeure sur les épaules d’un seul homme, le chef de l’État.

Je disais à un jeune ami avocat que le Président de la République n’a pas vraiment de pouvoir, étant mineur d’après la Constitution. Il me répondit avec la plus grande fermeté : « le Président a tous les pouvoirs qu’il se donne » !

À bien réfléchir, il avait raison !

Charles-Edouard DENIS



Articles connexes


Afficher plus [916]