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Quand l’opposition est en opposition à elle-même

Quand l’opposition est en opposition à elle-même








Après les manifestations du 17 octobre et 18 novembre 2018 où tout le pays était mobilisé pour demander des comptes sur l’argent du Petrocaribe, l’opposition semble aujourd’hui incapable de mobiliser de nouvelles protestations de rues comme elle l’avait fait tout récemment. Comment peut-on expliquer ce ralentissement de mobilisations?

Une trêve et dialogue politiques sont ils possible ou, avant, durant et après les grandes manifestations du 17 octobre et 18 novembre, on tuait des gens à La Saline et dans d’autres quartiers marginaux du pays? Des extrémistes vous diront catégoriquement non au dialogue avec ce régime. D’autres, oui, mais toutes les options doivent être sur la table de négociations. Tandisque d’autres, sans hésitations, accepteraient de négocier puisque ce seraient pour eux une opportunité de ne pas être en chômage. Quelque soit le cadre figure, cela fait longtemps qu’il n’ya pas de grandes mobilisations contre Jovenel et Céant.

Dans son texte la meilleure méthode pour gérer les emmerdeurs, publié le 26 septembre 2017, Jean-Marie Durand cite Frédéric Joignot dans son réjouissant essai L’Art de la ruse, qui explique comment cohabiter avec les emmerdeurs. À moins de les égorger, que faire des “relous” qui, chaque jour, nous pourrissent la vie? Frédéric Joignot souligne dans son essai que face aux problèmes au quotidien qu’ils représentent: nous n’avons pas d’autre choix que “d’accepter la dure loi de la vie sociale, c’est-à-dire s’accommoder de la présence de ces emmerdeurs tenaces qui complique la vie. Il faut apprendre, pragmatiquement, à cohabiter avec eux, même dans la peine. Comme si l’acceptation de nous-mêmes n’était pas déjà une tâche épuisante en soi ! Double épreuve, donc.

Jean-Marie Durant pense, ce que suggère Frédéric Joignot, qui semble quand même en connaître un gros rayon en termes de fréquentation d’emmerdeurs, c’est que plutôt que de se contenter de les rejeter et de leur faire la guerre, de les trancher même, il est possible de les prendre à leur propre piège, pour les mettre hors d’état de nuire aux autres, et parfois s’épargner eux-mêmes. À l’horizon imparable de l’affrontement et de la guerre permanente, l’auteur oppose un savoir, qu’il définit d’abord comme un “savoir-vivre”. Ce dernier relève d’une connaissance avisée de “l’art de la ruse”, vieille tradition de pensée qui remonte aux origines de la philosophie elle-même, grâce à laquelle les gonfleurs et casse-couilles se neutralisent, ou mieux, se soignent. Frédéric Joignot entre ici “dans le domaine compliqué et stratégique de la ruse philosophique et de l’art de vivre avec les emmerdeurs”, afin d’essayer “de les corriger, les amender, les émender, les métamorphoser, les pacifier”.

Pour comprendre les réflexions de Fréderic Joignot et de Jean Marie Durant dans un contexte de crises politiques haïtiennes, il fallait les placer dans les toutes prises de décisions des deux chefs de l’exécutif, Si dans un premier temps, le pouvoir avait lancé son programme d’assainissement (a tè plat) pour les couches les plus défavorisées, par contre, face à la mobilisation des membres de l’opposition pendant les semaines d’octobre et novembre, le pouvoir de l’exécutif prône le dialogue entre tous les secteurs de la vie nationale. Cet appel lancé respectivement par le chef du gouvernement et le président de la République s’inscrit, selon toute vraie semblance, dans une démarche visant à faciliter l’établissement d’un climat de paix, particulièrement en cette fin d’année.

Si dans le cadre de leur projet de ‘rache manyok” l’ail radical de l’opposition en dépit de ces appels n’en démord pas, un autre secteur de cette même opposition veut le dialogue. Ce qui fait plus d’un de penser que l’opposition serait en opposition à elle même.

Mais ce qui est le plus décevant selon certains analystes politiques et directeurs d’opinions qui connaissent bien les hommes politiques de ce pays, ce trêve et dialogue politique annoncés par l’exécutif est un mouvement à double face. Premièrement, c’est une occasion pour le pouvoir de casser la mobilisation de l’opposition. Deuxièmement, un moyen d’intégrer une frange de l’opposition à des postes politiques. Dès lors, si certains hommes et femmes de l’opposition ont changé de discours, c’est tout simplement ils jugent que c’est une opportunité pour eux de trouver un emploi. Question de dire, tout en ayant à l’idée de renouveler une “autre Hotel El Rancho, nouvelle version revue et corrigée, Jovenel et Céant savent, comme René Préval et Michel Martelly, comment gérer les emmerdeurs.

Pendant les jours qui suivaient l’idée du dialogue annoncé par l’exécutif, on assistait à des déclarations codées de la part de certains leaders de l’opposition, qui peut de temps avant, voulaient le taboularaza. Ce qui fait penser à la tactique du double langage comme à l’époque des années 1980 avec la formation des constituants qui devaient travailler sur la charte de1987 ou la formation du CEP pour l’organisation des élections de 1987. Avant c’était non à la constitution, plus tard, c’était non aux élections. Nous n’allons pas aux élections avec les militaires. Il nous faut un autre gouvernement capable d’organiser des scrutins libres et démocratiques, réclamaient les leaders politiques et organisations de gauche d’alors. ‘’La tactique du double langage du double visage a marqué la longue période de la transition démocratique. Elle s’est révélée une arme particulièrement efficace aux mains de cabotins de la politique dont les grossiers jeux de scène ont trop longtemps provoqué les applaudissements de spectateurs gagnés à leur cause’’.

Mais une fois que le calendrier élection est annoncé, pour se porter candidats à tous les postes, ils changent de discours. Ils commencent par courtiser le pouvoir en place, le Conseil Electoral et les puissantes ambassades, particulièrement les blancs de Washington. Paske yo pap domi deyo.

Le jeu de double langage des leaders de la classe politique à pouvoir participer aux dialogues qui est une sorte de trêve politique a, dans une certaine mesure désamorcée la mobilisation et du même coup facilitée ces leaders dans leurs jeux macabres à trouver un poste ministériel ou de direction générale. Lors des manifestations du 17 octobre et du 18 novembre, le secteur dit démocratique était pour le départ sans condition du chef de l’État. Aujourd’hui certains de ces leaders-là sont indécis en termes de leur participation effective à une manifestation ou dialogue avec l’exécutif.

Avec des discours révolutionnaires de changements politiques, bon nombre de leaders politiques ne sont pas toujours d’accord comment accéder au pouvoir. Dans leurs prises de position toujours codées et empruntées du double langage et de marronnage, il y a certains qui préconisaient la prise du pouvoir par la force et d’autres qui voulaient le prendre par la légalité, mais avec la faveur bien entendu le secteur des affaires et allies de la communauté internationale qu’ils dénonçaient. ‘’On assiste donc ici a la résurgence de cette vieille querelle entre ceux qui préconisent la prise du pouvoir par la force et ceux qui veulent y accéder par la voie légale, ces derniers que les pseudo-révolutionnaires qualifient dédaigneusement’ électoralistes’’.

Ce qui fait, même lorsqu’ils s’unissaient certaines fois contre le statuquo et l’international pour protester ou revendiquer certains abus et violation des droits humains, le conflit entre ceux qui voulaient arriver au pouvoir par la force et les compromis de tous genres était le cheval de bataille de tout un groupe de politiciens dans les stations de radios à grande écoute. Quant à eux qui voulaient le “taboularaza”, ils sont le plus souvent décriés et insultés comme extrémiste. Pendant les autres sont considérés comme opportunistes. Mac- Forel Morquette dans une autre version d’un livre appelerait ces messieurs les Nouveaux Marrion, revus et corrigés.

À la question de savoir, si le comportement de ces messieurs est une forme de lobby pour accéder à un poste politique, cette définition le lobbying est le processus qui permet aux particuliers et aux groupes de faire entendre leurs intérêts aux gouvernements fédéral, provincial ou municipal dans le but d’influer sur les politiques ou les décisions des gouvernements. Les lobbyistes peuvent être des tiers, qui communiquent au nom de leurs clients, ou des employés d’une société ou d’une organisation qui cherche à influer sur un gouvernement. Ce genre d’activité pouvant engendrer des conflits d’intérêts, le lobbying est soumis à une surveillance serrée du public. Cette activité est néanmoins importante dans la mesure où elle permet aux particuliers et aux organisations d’accéder aux rouages du gouvernement.

Dans ce cas, quel est donc son bien fondé dans une telle démarche démocratique? “Bien des observateurs, américains et étrangers, qui considèrent la manière dont se forme la décision politique aux États- Unis, ont du mal à reconnaître la moindre valeur et la moindre fonction positive au lobbying dans une société démocratique. Certains mettraient le lobbying dans le même sac que le pot-de-vin et la corruption. Un récent sondage d’opinion a révélé l’existence d’une profonde insatisfaction face au rôle joué par les groupes d’intérêt aux États-Unis mis à part du double langage de certains leaders de l’opposition face au dialogue et trêve politique annoncée par le pouvoir de l’exécutif, ils sont nombreux ceux-là qui attendent avec impatience de voir les leaders de Pitit Dessalines et de Fanmi Lavalas sur une même table de mobilisation. L’ors des dernières élections, des leaders qui se réclamaient de tendance de gauche de l’opposition étaient divisé contre le candidat du pouvoir qui représentait le statuquo et alliés de l’international alors que, peu de temps avant, ils étaient ensemble dans les rues pour protester contre le régime dit antidémocratique. Aujourd’hui encore, ils ne se sont pas encore entendu sur bien des choses. Dans ce cas, il est important de se poser cette question à savoir à qui en profite cette division entre les membres d’un même secteur dite de l’opposition. Si cette division continue de profiter pour certains secteurs de la vie politique et des affaires économiques, de toute façon pas le peuple dans les quartiers marginaux.

Quand l’opposition est divisée aux élections

À chaque élection, la classe politique de l’opposition est divisée. Alors qu’elle s’unissait toujours quand elle voulait le départ d’un régime en place. A priori, il y avait toujours un groupe qui, au départ, voulait participer au scrutin et un autre qui, catégoriquement, refusait de le faire. Alors qu’un autre, tout en cherchant la bénédiction de l’international, attendait toujours le dernier moment. C’était ce phénomène de marronnage qui a été, déjà, expliqué dans les paragraphes précédents. Donc on ne peut pas gagner quand on est indécis.

Comment comprendre une classe politique qui s’était mobilisée pour le départ d’Aristide en 2004 et qui ne pouvait pas deux ans après se regrouper autour présidentielles de 2006, presque 50% des votes de l’électorat étaient divisé entre les candidats dans l’opposition. Alors que Réné Préval, le candidat avec le momentum, lui, après décompte et partage des votes blancs, avait eu 51%, le maximum pour gagner les élections. Encore, il est presque impossible de gagner quand on est divisé.

En 2010, l’opposition voulait, à travers ceux-là qui avaient participé au processus électoral, rompre avec la continuité tant décriée par l’équipe gouvernementale. Quoiqu’il soit important de mentionner que presque tous les candidats aux présidentielles étaient non seulement de tendance Lavalas, mais avaient été dans le temps soient directeurs généraux, ministres ou Premiers ministres. Mais si on prend en considération le score des deux candidats les mieux placés, qui étaient, jusqu’à date, considérés comme des ‘’outsiders dans l’état’’, on pouvait comprendre que les élections étaient gagnables au premier tour par l’opposition. ‘’Si on additionne les scores de Madame Mirlande Manigat et de Monsieur Michel Martelly on obtient 53% des voix. À l’inverse, même si le camp du pouvoir sortant place trois (3) de ses candidats parmi les cinq (5) premiers, il ressort qu’il ne devrait pas gagner ces élections. En effet, les trois (3) candidats du pouvoir sortant ne totalisent que 33,73% des voix. De plus, même en additionnant les scores des 7 candidats qui, parce qu’ils ont été ministres ou anciens premiers ministres sont issus du pouvoir en place, on n’obtient pas plus de 38% des voix. De ce fait, le candidat du pouvoir susceptible d’être au second tour n’a théoriquement plus de réserve de voix. Cela permet d’affirmer que si l’opposition s’était organisée, l’issue de l’élection présidentielle aurait sans doute été différente, compte tenu du rejet du candidat du pouvoir’’.

Les mêmes erreurs ont été commises par les candidats de l’opposition lors des élections de 2015 et 2016. Les dernières élections présidentielles, si toutefois l’opposition s’unissait, étaient gagnables au premier tour. Que ce soient les élections annulées de Martelly et celles de Privert. En 2015 et 2016, au lieu d’envoyer un candidat unique face au candidat du PHTK qui bénéficiait d’un support incommensurable du côté de l’international et du secteur des affaires économiques du pays, la classe politique de l’opposition avec plusieurs candidats à la course avait divisé l’électorat.

En guise de conclusion, le pays, comme l’opposition, est divisé. Le pays est plus divisé que jamais. Le texte 50 kob ak degouden de Samuel Bernard est vraiment d’actualité dans un pays ou tout mounn ap goumen pou pouvwa. Alors que, ceux qui sont aujourd’hui dans l’opposition étaient, hier, au pouvoir. Et ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui étaient, hier, dans l’opposition. Donc le combat entre l’opposition divisée et le régime restavek sous tutelle internationale et le secteur des affaires est une lutte fratricide pour le pouvoir et leurs intérêts mesquins des uns et des autres, mais pas pour changer la vie des gens.

Prof. Esau Jean-Baptiste
Albany, NY/USA



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