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Lettre ouverte au président de la République autour de l’arrestation de cinq étudiants de l’université publique du Nord au Cap-Haïtien (UPNCH)

Lettre ouverte au président de la République autour de l’arrestation de cinq étudiants de l’université publique du Nord au Cap-Haïtien (UPNCH)








Cap-Haïtien, le 26 janvier 2019
S.E.M. Jovenel Moïse
Président de la République
Son Excellence monsieur le Président de la République,

Je m’appelle Joram VIXAMAR, initiateur et élaborateur du programme de Master en Économie et Gestion des Collectivités Territoriales (MEGCT) de l’Université Publique du Nord au Cap-Haïtien (UPNCH), premier programme de 2ème cycle du réseau des 10 (dix) UPR (Universités Publiques en Région d’Haïti). Je fus directeur de ce programme pendant deux ans (2016-2018) avant mon transfert à l’Université Publique de l’Artibonite aux Gonaïves (UPAG). Actuellement en fin d’études de doctorat en droit public à l’école doctorale de droit et de science politique de l’Université Bretagne- Loire, en France, j’ai déjà décroché un Master en Management public, option Management public territorial, et une Maîtrise en Administration publique générale à l’université Rennes 2 en France. J’ai fait une licence en Sciences administratives et de Gouvernance locale, option Gouvernance locale, à l’UPNCH de 2007 à 2011 et, en tant qu’ancien étudiant de la première promotion et actuellement cadre de cette Université, je me permets de vous écrire en vue de vous expliquer ce qui s’est passé à l’UPNCH. Cinq étudiants sont arrêtés depuis le 14 janvier dernier et sont encore en prison. Serait-ce la réédition des pratiques dictatoriales dans le pays.

Monsieur le Président de la République, comme je n’ai pas de pouvoir politique, je tiens à utiliser mon stylo pour dénoncer les dérives des hommes du pouvoir en place dans le Nord qui s’attaquent à l’Université. Il y a exactement une semaine, soit le 19 janvier, depuis que j’ai écrit au ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, monsieur Pierre Josué Agénor Cadet, pour lui faire part de mes préoccupations et, du même coup, lui décrire la situation critique qui sévit à l’Université Publique du Nord au Cap- Haïtien. Un jour, après mon arrivée en Haïti, soit le 13 janvier, à la suite d’un voyage d’études en France, de Port-au-Prince étant, j’ai appris l’arrestation de cinq étudiants, le 14 janvier, dans l’enceinte de leur université par des agents de l’UDMO et des civils armés sur ordre du recteur Délide Joseph. Ces étudiants ont été immédiatement conduits à la prison civile de Cap- Haïtien. Les associations étudiantes de cette université, dont le Collectif des Étudiants Avisés de l’UPNCH (CEA-UPNCH), et des employés ont rapporté que ces 5 étudiants étaient parmi ceux et celles (employés et étudiants) qui ont protesté contre les dérives du recteur Délide Joseph en complicité avec des sénateurs qui se disent proches de votre pouvoir et, comme de fait, ils sont élus sous la même bannière politique que vous. La sénatrice du Nord est un exemple tangible. Parmi les dérives du recteur Delide Joseph qui ont provoqué le mécontentement des étudiants et employés jusqu’à parvenir à l’arrêt des activités universitaires, les protestataires citent :

1) Le 1er octobre 2019, dans une circulaire, réf : Rec/011018-a, le recteur de l’UPNCH, Delide Joseph, a révoqué tout le personnel de l’Université, qu’il s’agisse de doyens, de professeurs et du personnel de soutien. C’est incroyable et du jamais vu dans l’Administration publique. Cette mesure a pour effet de découvrir la faiblesse des employés et les amener à lui prêter allégeance totale. Comme il y a une carence d’emplois en Haïti, une grande partie du personnel (administratif et enseignant) a accepté de le supplier et lui présenter des excuses sans avoir commis la moindre erreur, uniquement dans l’objectif de sauvegarder le contrat. Cependant, une autre partie a déclaré qu’elle ne travaille pas avec un homme, mais avec l’État haïtien, et dénonce ce comportement anarchique du recteur. Comme conséquence, ce groupe d’employés se voient révoqués de force et se voient attribués le titre de bandits en vue de les discréditer dans l’opinion. Du même coup, beaucoup d’autres personnes ont intégré l’institution universitaire en remplacement de ces personnes que le recteur pense pouvoir révoquer sous la recommandation des politiques notamment des sénateurs, sans concours, en violation de toutes les normes de l’Administration publique. Je vous envoie une copie de la fameuse circulaire.

2) Pour la rentrée universitaire 2018-2019, le recteur Delide Joseph a publié les résultats du concours d’admission pour la promotion 2018-2022 de cette université sans aucune note des postulants admis ou éliminés, avec seulement les noms. Malgré l’absence des notes, ce recteur a trouvé quand même un moyen de classer les postulants admis et éliminés, du lauréat au dernier. Et, il n’a de compte à rendre à personne, car une puissante sénatrice le soutient ; pour lui, ce n’est donc pas la peine de respecter les lois. Vous imaginez, monsieur le Président, que vous étiez aux examens du baccalauréat, le ministère de l’Éducation nationale a publié votre résultat et vous a classé en premier ou en dernier, admis ou éliminé, sans publier aucune de vos notes, qu’auriez-vous dit ? Connaissez-vous un exemple pareil dans une autre université en Haïti, ou dans un autre pays, monsieur le Président ? Je tiens à vous rappeler, Son Excellence, que même sous le régime duvaliériste, on ne pouvait pas publier les résultats d’un concours d’admission à l’Université d’État sans afficher les notes des postulants, autrement dit la moyenne de chaque candidat. Le recteur a osé publier les noms des candidats admis et éliminés sans leurs notes en violation de tout principe et au mépris des principes républicains juste pour plaire aux politiciens. En ce qui a trait aux noms figurant sur la liste des admis, en grande partie, rien n’a prouvé qu’ils étaient à leurs places. Il s’agit d’une faute administrative grave contre laquelle le ministre de l’Éducation nationale devrait réagir si l’on veut effectivement une EDUCATION de qualité en Haïti et donner de bons exemples à nos progénitures. Je vous envoie une copie des résultats du recteur sans aucune note.

3) Le recteur a confisqué les chèques d’une dizaine d’employés qui ont refusé de le suivre dans ses errements.

4) Pour la deuxième session 2017-2018, aucun professeur n’a recu son salaire, alors que plus de 10 millions de gourdes étaient disponibles dans le budget de l’UPNCH à cet effet. Par mépris pour les employés et professeurs, le recteur a attendu le dernier moment, soit à la fin de l’exercice fiscal 2017-2018, pour envoyer les contrats des professeurs au ministère. En conséquence, l’exercice fiscal a clôturé sans qu’on ait pu tenir compte de ces contrats à cause du retard. La majorité des professeurs reste silencieuse et n’ose même pas demander de comptes, car il y a une psychose de peur qui les envahit. À preuve, nous sommes au mois de janvier 2019, jusqu’à aujourd’hui, le recteur n’a pas encore acheminé au MENFP les contrats des professeurs pour la première session qui a commencé depuis le 1er octobre 2018. C’est une façon d’acheter leur silence et de les garder à l’Université. Si quelqu’un dénonce les dérives du recteur, il n’aura pas de contrat. Toutefois, il doit continuer obligatoirement à travailler. Quelle anarchie et quel absolutisme !

5) Après la nomination et l’installation du recteur Délide Joseph, à l’extérieur de l’Université sous la haute protection des sénateurs, arrivé à l’UPNCH, il a pratiqué et instauré le caporalisme universitaire. Ainsi, l’Université reste casernée tous les jours avec un point fixe contenant des policiers de l’UDMO et des hommes armés sur la cour de l’institution, qui est, pourtant, considérée comme un lieu sacré par la loi fondamentale. Alors que l’article 34 de la Constitution de 1987 amendée dispose que : « l’enceinte des établissements d’enseignement est inviolable ; aucune force de l’ordre ne peut y pénétrer […] », à l’UPNCH, on ne fait que constater le contraire. Certains employés, étudiants, anciens étudiants qui préparent leur mémoire de sortie, et tous ceux qui n’acceptent pas les dérives du recteur se voient interdits de pénétrer l’espace universitaire par des hommes armés placés à l’intérieur de l’Université, et ce, en présence de la police et de la justice. Pour trouver le support de celle-ci et des hommes du pouvoir, les sénateurs qui supportent ce recteur, ne se gênent pas de dire que ces gens sont contre le Président de la République. C’est comme si, pour eux, le pouvoir en place représente une dérive, tous ceux et celles qui ne sont pas d’accord avec une dérive à quelque échelle de l’Administration aussi bas qu’elle puisse se trouver, sont automatiquement considérés comme ennemis du pouvoir en place. Je ne crois pas que cette hypothèse soit correcte et qu’on doive continuer sur cette ligne. Je vous envoie les lettres d’interdiction des étudiants et employés.

6) Depuis l’arrivée du recteur, pour implanter et, du même coup, conserver un pouvoir absolu, il garde plusieurs facultés sans doyens et directeurs pour lesquelles il se fait passer comme responsable par intérim. Tout le monde le sait, M. Délide Joseph est à la fois recteur, directeur du master, secrétaire général, directeur de la recherche et professeur à temps plein à l’UEH, campus Henri Christophe de Limonade. À titre d’exemple, le secrétaire général, Me Herns Sénatus, qu’il a trouvé en poste, a été mis à l’écart et ses chèques sont confisqués. Pour la fonction de doyen de la Faculté des sciences de l’Éducation, depuis le transfèrement de l’ancien doyen Joel Michel, il a sous-traité une personne à cette fonction en lui donnant un salaire ne dépassant pas 30 000 (trente mille) gourdes alors que le salaire normal de ce poste est de 87600 gourdes le mois. C’est idem pour une personne qu’il a placée à la tête de l’école de Tourisme et d’Hôtellerie après la mise à l’écart illégalement de son directeur, Me Kervens Valcin, et la confiscation des chèques de celui-ci. Malgré tout, personne ne peut rien dire. C’est un tout puissant qui agit. Ça serait grave et répréhensible dans une démocratie !

Monsieur le Président de la République, toutes ces informations et bien d’autres ne sont un secret pour personne. Elles sont palpables, vérifiables et connues de tout un chacun : étudiants, professeurs et employés. De surcroit, ils reprochent au recteur l’envoutement de l’espace universitaire, une allégation sur laquelle je ne veux pas trop insister, car je m’abstiens d’opiner sur la foi de qui que ce soit. En réaction à ces dérives, des étudiants et employés qui se sentent indignés, ont déclenché un mouvement de protestation pacifique, ce qui est légal dans toute société de droit. D’ailleurs, c’est garanti par la Constitution. Pour prouver sa force de frappe et son pouvoir absolu, avec une main d’Hitler, le recteur a ordonné l’arrestation dans l’enceinte de cette université de 5 (cinq) étudiants. Il est à noter que ce recteur a déclaré qu’il ne s’agit pas d’arrestation des étudiants ni d’employés, mais plutôt de l’arrestation de 5 (cinq) bandits. Pour l’histoire et pour la vérité, je veux nominalement préciser pour vous, Monsieur le Président, le statut de chaque étudiant arrêté illégalement: Peterson Dieudonné (étudiant en 2ème année en Sciences administratives et de gouvernance locale, option gouvernance locale), Matingly Joseph (licencié en Sciences de l’Education, option Math- Physique, étudiant en 1re année de Master en Economie et Gestion des Collectivités Territoriales de l’UPNCH et moniteur au sein de l’Université), Jean Baptiste Timothé (licencié en Sciences de l’Education, option Math-physique de l’UPNCH, moniteur au sein de cette faculté), Lindor Claude Waltino (étudiant mémorant de la Faculté des Sciences administratives et de Gouvernance locale de l’UPNCH, option administration des affaires) et Steeve Luma (étudiant mémorant à la Faculté des Sciences Administratives et de Gouvernance locale de l’UPNCH, option Administration des affaires). Alors que le coordonnateur de l’OMRH précise que moins de 5% de cadres ont un niveau de licence dans l’Administration publique, ce recteur ose arrêter et emprisonner des licenciés, voire des mastériens qui dénoncent ses dérives.

En outre, malgré la mobilisation des étudiants et employés pour la libération de ces 5 (cinq) étudiants, des juges travaillant à solde de la sénatrice du département du Nord, les ont gardés en prison. Qui pis est, lors d’une première audience au tribunal de paix section Sud du Cap-Haïtien, face à la mobilisation des étudiants, des témoins ont rapporté que le juge de paix en charge du dossier a déclaré qu’il a demandé au recteur de libérer les étudiants, mais il a choisi de les garder. Dans ce cas, parait-il que ce recteur est plus fort que la justice ? Moi, j’ai personnellement rencontré le commissaire du Gouvernement près le tribunal de première instance de Cap-Haïtien, Me Ferney Charles St Juste, qui n’a pas voulu prendre une position équitable dans le dossier et a plutôt agi comme un fanatique du recteur par crainte de sa révocation. À preuve, une semaine après que le juge de paix, Serge Fénélus, a déféré le dossier au Parquet, malgré la présence des étudiants au parquet le vendredi 18 janvier, le commissaire du Gouvernement ne s’était pas présenté, une stratégie pour garder les étudiants en prison. Et comme de fait, il les a gardés. Finalement, le jeudi 24 janvier, le commissaire du gouvernement a organisé un simulacre de procès en lieu et place d’un jugement équitable. Il a fait venir les étudiants détenus illégalement au parquet et a entendu deux des cinq. Au moment du jugement, à partir des déclarations des étudiants, toute l’assistance a pu remarquer clairement qu’il s’agit d’un complot orchestré de toutes sortes dans l’unique objectif de prendre en otage un espace universitaire. La déclaration de l’avocat des bourreaux a rapidement changé. Il est venu avec comme principal argument que les étudiants étaient armés au moment de la protestation, ce qui est pur mensonge. C’est un acte criminel. D’ailleurs, nombreux sont les étudiants et employés qui veulent témoigner en vue d’apporter un démenti formel aux allégations mensongères du recteur et de son avocat. Malheureusement, ils sont tous empêchés par le commissaire du gouvernement qui se comporte en véritable fanatique de l’arbitraire. En outre, les étudiants qui étaient massés devant le Parquet subissaient de fortes pressions des forces de l’ordre. Ceux qui avaient pu rentrer dans la salle d’audience étaient expulsés sur l’ordre du tribunal. Pour sa part, le commissaire du gouvernement, Me Ferney Charles St Juste, au lieu de défendre les étudiants victimes d’abus politiques dans l’enceinte de leur propre université, s’est mis du côté des bourreaux par crainte de perdre son job. Il est allé plus loin dans ses bévues lorsqu’il a déclaré au tribunal que, moi, Joram Vixamar, je l’ai menacé par des messages. Contrairement à ce qu’il a dit, je n’ai menacé personne y compris ce commissaire fanatique. Ma seule action, c’est un acte de citoyen responsable. Comme cadre de cette Université, j’ai rencontré le commissaire du gouvernement et je lui ai demandé de libérer les étudiants sans condition, car il n’y a aucune preuve pour les garder en prison. J’ai même demandé à ce dernier de se mettre à la place des étudiants, si l’on admet qu’il était aussi étudiant et qu’il a des enfants qui étudient actuellement. Le fait de demander la libération des étudiants arrêtés illégalement, est-ce une menace ? Est-ce qu’avec ce commissaire la liberté d’expression n’existe plus ? Cette situation est vraiment inacceptable dans un régime démocratique. En regardant ce qui est en train de se passer à Cap-Haïtien, je me demande si on est dans un État de droit ou une jungle ? Je ne peux pas oser dire que personne n’est honnête en Haïti, car je connais des femmes et des hommes qui ont une colonne vertébrale et qui ne sont pas prêts à mettre aux enchères leur dignité.

Monsieur le Président de la République, je tiens à souligner pour vous que votre alliée, madame la sénatrice du Nord, contrôle totalement la justice dans le Nord et utilise ses influences dans le pouvoir en vue de pourchasser tous les cadres de l’Administration publique qui ne lui portent pas allégeance. Aujourd’hui, cette situation devient plus grave lorsqu’elle s’attaque à la gent intellectuelle notamment aux étudiants et cadres de l’Université. Elle veut contrôler l’Université alors même qu’elle n’a pas conscience qu’elle ne maitrise pas l’enjeu de l’EDUCATION. Aucun de ses conseillers n’a le courage de lui expliquer que la première mission de l’Université, ce n’est pas la création d’emplois directs, mais bien plutôt la recherche et la transmission du savoir. Elle ne prend pas conscience que nous sommes le dernier dans notre hémisphère en matière éducative. Et qu’un effort en plus doit se faire rapidement pour sortir notre pays de cette situation critique. Ainsi, tous nos jeunes veulent partir en vue de continuer leurs études à l’étranger, notamment en République dominicaine. Il ne fait pas de doute que, si on continue à tout politiser dans le pays, à prioriser la politique sur l’EDUCATION et la SCIENCE, on n’aura aucun progrès après votre quinquennat et aussi longtemps qu’on ne changera pas de paradigme.

Cependant, personne ne saurait nier certains efforts de votre Administration pour la modernisation de la fonction publique haïtienne, notamment les initiatives prises par l’OMRH ces derniers temps contre la révocation abusive des cadres, pour l’intégration par concours, entre autres. Tout récemment, vous avez participé à la cérémonie officielle de la création du futur Corps d’ingénieurs civils et d’architectes dans la fonction publique haïtienne, lequel peut être considéré comme l’un des actes concrets dans le renforcement de l’administration publique pendant votre gouvernance. Je veux croire aux discours de changement que prône votre Administration. Hélas, vos alliés politiques ne font que détruire l’Administration, notamment dans le Nord. Il semble que les concepts « Administration et sénateurs », sont entrés en collision dans leur pensée. Peut-être ne sont-ils pas en mesure de différencier l’Administration publique de leur personne. Ils confondent leurs grades de chefs avec les institutions publiques. Certains sénateurs influents de votre pouvoir, notamment la sénatrice du Nord, sont actuellement au Sénat de la République, mais leur mentalité reste bloquée dans les années 60. C’est pourquoi, ils ne font que reproduire des pratiques arbitraires du passé : la patrimonialisation de l’Administration publique. Je remarque que cette sénatrice pense pouvoir agir en lieu et place des directeurs et/ou responsables des institutions publiques. Telle est la situation à l’Université publique du Nord au Cap-Haïtien actuellement. À mon avis, pour elle, être politicienne, c’est avoir l’obéissance de toutes et de tous, d’emprisonner ceux et celles qui ont des idées contraires. Elle n’a qu’un seul argument auprès de ses collègues du pouvoir en vue de la supporter dans ses pratiques injustes et arbitraires : tous ceux qui dénoncent ses dérives, sont considérés comme des adversaires du pouvoir en place. Au fait, elle ne fait que créer des adversaires pour le pouvoir. À l’ère de la démocratie, à mon avis, une telle stratégie ne peut pas renforcer un pouvoir ni le pérenniser. Au contraire, elle vise à détruire tout acte concret que posent des hommes honnêtes et des institutions du pouvoir central, notamment la réforme engendrée par l’OMRH.

Monsieur le Président de la République, si les autres ont peur et se taisent, moi, malgré les pressions subies de la part de ces personnes malhonnêtes qui travaillent au détriment de la démocratie et du système éducatif, notamment à celui de l’UPNCH, j’ai dénoncé leurs dérives et je vais continuer à les dénoncer. Je pense que mon silence serait pire, car elle me rendrait complice et coupable de ces actes antidémocratiques. Mon éducation haïtiano-europeenne ne me permet pas de garder le mutisme face aux dérives sociales et abus de ces bourreaux. J’en profite pour souligner pour vous, Monsieur le Président, que le jeudi 17 janvier dernier, des individus ont tiré sur ma résidence en me faisant des menaces, car, selon eux, j’ai mobilisé les étudiants contre le recteur et ses sénateurs supporteurs, particulièrement la sénatrice du Nord. Monsieur le Président, incontestablement, j’ai dénoncé le comportement irresponsable et démagogique de la sénatrice du Nord qui se ferait passer pour rectrice numéro 1 de l’UPNCH et, sous son influence, la police politique a procédé à l’arrestation de 5 (cinq) étudiants suivie de leur incarcération sans preuves tangibles. Et personne ne peut dire non. Même quand je reste confiant qu’il y a des personnes dans le système judiciaire haïtien sur qui on peut encore espérer un jugement équitable, mais on doit admettre que certains éléments de la justice haïtienne sont, on ne peut plus, corrompus et que la majorité de juges n’a pas la force morale ni dignité pour rester dans le système judiciaire.

Compte tenu de ce qui précède, Monsieur le Président, je réclame la libération sans condition des 5 (cinq) étudiants de l’Université Publique du Nord au Cap-Haïtien victimes d’arrestation illégale et politique dans l’enceinte même de leur propre Université depuis le 14 janvier. Je demande également justice et réparation pour ces étudiants. Cet acte arbitraire et antidémocratique ne devrait pas passer inaperçu. Aucun citoyen sérieux et honnête ne peut admettre une telle dérive. C’est un affront, autrement dit une humiliation à la gent intellectuelle haïtienne. Cet acte symbolise le retour pur et simple des pratiques dictatoriales. Le recteur et la sénatrice du Nord ont gardé ces étudiants en prison avec une machination politique, une façon de faire peur aux autres étudiants protestataires dans l’unique et l’ultime objectif d’accaparer définitivement l’UPNCH malgré les dérives avérées. Je compte écrire, sous peu, au président du Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire en vue de lui faire part de cette grave situation qui montre la décomposition du système judiciaire dans le Nord. Si rien n’est fait pour libérer les étudiants et leur donner réparation, j’écrirai aux instances internationales pour demander justice contre l’injustice de la justice haïtienne du Nord placée sous la tutelle des sénateurs notamment la sénatrice du Nord.

Monsieur le Président de la République, sincèrement, l’arrestation illégale et arbitraire des étudiants est révoltante. Cela me frappe au plus profond de ma dignité.

Dans l’espoir que la présente retiendra toute votre attention et que, comme premier mandataire de la nation, vous donnerez suite nécessaire pour restaurer les droits sociaux, économiques et politiques des personnes en Haïti, notamment dans le Nord, je vous prie de recevoir, Son Excellence monsieur le Président de la République, mes plus hautes salutations patriotiques.

M. Joram Vixamar
Enseignant à l’UPNCH
Téléphone : (+509) 44 975857
Courriel : joramvixamar@gmail.com



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