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Vote contre le Venezuela : Haïti fait contre mauvaise fortune bon coeur

Vote contre le Venezuela : Haïti fait contre mauvaise fortune bon coeur








Après le vote d’Haiti contre le régime de Maduro accusé d’avoir violé les principes démocratiques consacrés dans la Charte démocratique, on a observé au sein de l’opinion publique de nombreuses réactions offusquées, empreintes de nationalisme. Un juriste bien connu de la place Me Sonet Saint- Louis (1) opine sur la question à la lueur des événements des dernières décennies.

Compte tenu des relations historiques si fortes qui lient ces deux nations, voter contre le Venezuela ou contre son gouvernement est une tristesse. C’est une tristesse, mais il fallait être dans la peau des dirigeants de Port-au-Prince pour comprendre pourquoi Haïti a choisi de laisser un pays qu’elle a pratiquement inventé. C’est une dure douleur. Haïti n’est pas indépendante. Elle a perdu au cours de ces trente dernières années son droit d’initiative, même limité. Face à la faillite de notre État et le délitement de toutes nos institutions nationales, la loi en Haïti n’est ni plus ni moins celle de la communauté internationale, notamment des pays occidentaux qui ont le contrôle sur tout.

A l’OEA, les États-Unis a voté en lieu et place d’Haïti, parce que notre pays a cessé d’être historiquement une voix pour elle-même et pour les autres. Deux occupations militaires en moins de dix ans (1994-2004) à cause de nos problèmes de gouvernance, qu’est-ce qui reste alors de notre droit de manoeuvre ?

Le monde est injuste, cruel, méchant, impitoyable. Dans les questions internationales, ce n’est pas le point de vue le plus juste qui triomphe, mais celui du plus fort. C’est pourquoi, Haïti dans ses relations avec les grands de ce monde, doit se montrer intelligente pour ne pas être nécessairement et toujours la victime.

Il ne faut pas blâmer le régime actuel pour avoir capitulé devant la domination et la brutalité de la diplomatie américaine à l’égard du Venezuela. Haïti est victime de cette même brutalité dans la stratégie américaine en application dans sa politique étrangère vis-à-vis d’Haïti.

Notre nationalisme sans contenu est stérile. L’anti-américanisme est un fanfaron vu notre position actuelle de demandeur humiliant.

En 1994, lorsque le régime lavalas avait sollicité l’intervention militaire des États-Unis pour rétablir le président Aristide dans sa fonction de président après avoir été renversé, le Président Fidel Castro avait déclaré que dans un monde, où il y a beaucoup d’hommes sans honneur et sans dignité, on trouvera quand même deux ou trois qui portent la dignité de tant d’autres. Il avait conclu son intervention pour nous dire que le “peuple haïtien n’existe que par procuration”.

Face à la suprême offense, on se résigne toujours parce qu’on n’est pas toujours en situation de constante dignité pour défendre l’intérêt, pour répéter le Professeur Leslie Manigat.

Un pragmatisme à la Kiesinger

La fatalité géo-politique ou la chance fait que la République se trouve à coté du pays le plus puissant de la planète. Les “États-Unis” actuellement domine dans tous les domaines technologique, militaire et économique. C’est une puissance impériale globale, totale et incomparable dans l’histoire. Son déclin n’est pas pour demain. Le pragmatisme dans les relations internationales, tel que compris par Henry Kiesinger et Raymond Aron, nous invite à composer même contre nous avec les Américains. À l’heure actuelle, les États-Unis est le seul pays indépendant du monde. L’interdépendance est un faux concept utilisé par les grands pour consoler les petits ou pour atténuer l’arrogance des grands. Haïti est un pays assisté. Nous vivons dans un monde, où les grands ont tendance à se faire plus grands et les petits arrivent difficilement à se faire entendre dans les discussions internationales.

Le vote contre le régime de Maduro, qu’il soit démocratiquement ou politiquement motivé est un signe de la fin des temps. Un vote qui démontre que le temps d’Haïti a suspendu son vol.

Pourquoi ce revirement dans le positionnement d’Haïti?

L’intérêt d’un pays peut-être déplacé d’un moment à l’autre. Il n’ y a pas d’amis permanents en relations internationales. Tout est une question d’intérêt. La question devient alors: quel est donc l’intérêt d’Haïti dans ce vote contre le régime de Maduro?

La réalité est que le pays est à genoux. La pauvreté d’Haïti tue son mariage d’amour avec le Venezuela et l’oblige à conclure un mariage de raison avec les États-Unis. Haïti et Venezuela sont deux pays maigres. En vérité, deux maigres ne produisent jamais de l’huile à friture, écrit notre monument vivant, l’écrivain Francketienne. La misère matérielle tue la vie conjugale, sèche les coeurs et détruit la dignité. Voilà, à mon avis, le sens de ce vote d’ Haïti contre Maduro.

Quoiqu’il en soit. Ce vote nous instruit et nous contraint à la bonne réflexion. Il faut replier pour mieux rebondir comme mapou dans l’histoire. Il ne faut pas se lamenter, ni s’illusionner, comme j’aime souvent répéter. L’histoire est tout simplement ce qui a été humainement possible à un moment de la durée. Ce vote appartient au passé. Le passé ne peut nous contraindre, sinon qu’il nous invite à repenser l’avenir avec plus d’utopies. C’est Edgard Morin qui disait que dans la vie d’un peuple, il y a toujours des utopies. Mais parmi les utopies, il y a celles qui sont réalistes. Dans l’état actuel des choses, force est de se demander si Haïti est-elle capable de définir un nouveau paradigme dans ses relations avec le reste du monde, notamment avec notre grand voisin du nord ? »

L’avocat Sonet Saint-Louis est doctorant en droit
(option droit international) à l’université du Québec à Montréal.
Loyal Oasis.



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