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Comment peut-on empêcher le passage à l’acte après la séparation en amour ?

Comment peut-on empêcher le passage à l’acte après la séparation en amour ?








La séparation fait partie de notre vie sentimentale. Cependant, Beaucoup de personnes ne la tolèrent pas. Pourtant, elle est parfois inévitable ou imparable. Comment alors peut-on vivre la rupture une fois qu’elle est devenue une réalité que l’on doit affronter ? En guise de réponse, on peut observer que bon nombre de personnes font appel au réseau social de proximité à savoir les amis et la famille nucléaire dans le but de trouver une solution. D’autres, en revanche ont recours au repli sur soi, à la violence physique et psychologique, car ils sont très angoissés. Ainsi, on en vient à une nouvelle ouverture réflexive : face à la montée des violences dans le couple que peut-on faire la justice haïtienne en vue de protéger la personne victime ?

•Entre deux personnes qui s’aiment, l’habitude est le ciment qui alimente la vie sentimentale d’un couple :

L’habitude en amour

Il semble que, dirait-on, l’angoisse peut venir de l’habitude qui existe entre deux personnes qui s’aiment ? L’habitude parfois empêche la séparation. C’est en ce sens que Marcel Proust dans son oeuvre intemporelle à la recherche du temps perdu, fait l’apologie du lien tissé entre les créatures dotées de sentiment lorsqu’il reconnait qu’« en amour, il est plus facile de renoncer à un sentiment que de perdre une habitude ». Souvent, l’habitude est plus forte qu’un sentiment. Elle est une seconde nature. Elle nous empêche d’oublier une personne chère, et le mode de vie qu’on avait. Dotée d’un pouvoir immense, elle peut nous réconcilier avec tout. Elle nous rend conservateurs. C’est pour cela, lors d’une séparation qu’on est parfois attaché à la liaison initiale. Par exemple la séparation entre : Rigaud ERNEST et Marlene COLINE à Jacmel. Dans le cas de Mr Rigaud, il me semble qu’il y a la présence de ces deux notions chez lui : l’habitude et le sentiment. Il a passé 14 ans de vie commune avec Mme COLINE. Cela parait être plausible. Cependant, leur séparation a provoqué chez lui un moral en berne voire même de la dépression, dit-il. En conséquence, on peut conclure que son corps psychique ne supporte pas cette séparation.

La vie psychique de quelqu’un qui ne supporte pas la séparation

L’amour provoque la joie, le contentement, etc. Par exemple, les amoureux peuvent être élevés dans une situation d’extase, mais il ne suscite pas seulement ces éléments. Il est aussi source de stress, des émotions désagréables, de souffrance et de solitude, particulièrement quand la séparation fait son apparition. Dans ce cas de figure, il est courant que la personne qui se sent victime éprouve un sentiment de jalousie, de regret, d’humiliation, de haine, de manque d’estime de soi, de non-reconnaissance aux services rendus. Tout cela peut engendrer un trouble chez elle et celle-ci est susceptible de passer à l’acte…

Il y a deux exemples qui nous inspirent :

Tout d’abord, l’exemple de Mr ERNEST Rigaud à la ville de Jacmel. Il s’est senti victime des propos humiliants de la part de son ex-compagne. Il a donc moralement agressé, blessé. D’ailleurs, cela n’est-il pas visible dans l’extrait de son témoignage : « Mwen te nan yon sityasyon tèt chaje pèsonn pata renmen ladann, mwen pa manje mwen pa bwè, mwen pa dòmi, mwen te an detrès. Sou plan moral mwen pat ka kenbe, mwen pat ka kanpe , plis mwen rete Ayiti se plis map blese ».

Ce cas montre sans embage que la personne ne supportant pas une séparation dégage malheureusement, au niveau de sa pensée, toute une série de mauvaises idées. Cela peut aussi amplifier par des invectives, des propos démesurés qui poussent l’individu à passer à l’acte odieux. Le mieux c’est d’avoir une posture de vigilance équilibrée qui pourrait déjouer tout passage à l’acte irréparable.

Et ensuite, un nouveau cas regrettable, le décès (13 novembre 2018) de Jucelene JEAN CHARLES à l’hôpital après de nombreux coups reçus de la part de son ex-mari. En passant, il faut signaler que Nice SIMON mairesse de Tabarre aurait failli mourir de la même façon, grâce à son dévouement, elle a pu s’échapper de la violence physique de sa compagne.

En fait, la justice haïtienne doit pencher sur ce type de problème sociétal qui révèle de la protection publique. Madame Jucelène avait une fille de 8 ans et elle travaillait à la Sogebank, elle était présente dans la vie de sa fille afin de la socialiser, aujourd’hui son ex-mari devrait être en prison, mais il est dans le maquis, la question que beaucoup de personnes se posent : qui va assurer l’éducation de sa fille?

En tout cas, la plus grande victime, c’est la fille de Jucelene JEAN CHARLES et la société haïtienne. Cela nous pousse à proposer aussi l’ordonnance de protection : un moyen efficace pour protéger la victime de violences physiques et psychologiques avant et après la séparation, cette protection est nécessaire, elle consiste à ordonner la résidence séparée du couple et fixer les modalités de prise en charge des frais concernant ce logement (en principe, la jouissance du logement est attribuée à la victime des violences et même si la personne violente est l’unique propriétaire du logement), à empêcher à la personne violente d’entrer en relation avec son ex-conjoint (e) ou son ex-compagnon ou compagne, et à interdire à la personne violente de porter une arme. Si le juge estime que le danger est imminent, même si le couple a un ou des enfant (s) il peut donner le droit à la victime de dissimuler son domicile ou sa résidence. Toutes ces dispositions, c’est juste pour déjouer éventuellement tout passage à l’acte irréparable.

Passage à l’acte irréparable

Parfois, il y a des conditions, des situations ou des circonstances qui poussent l’individu vers la mauvaise direction. La déception, la honte, la jalousie, l’humiliation, le fait de toucher l’amour propre de quelqu’un et son orgueil peuvent causer d’énormes dégâts. En effet, une personne, victime d’un ou de plusieurs des éléments précités, peut devenir méchante et même adopter un comportement criminel à l’état latent et, au moment opportun, passe à l’acte par manque de maitrise de la situation ou du fait d’être dépassé par les évènements.

Une chose qu’il faut savoir n’importe quelle personne peut passer à l’acte, mais le défi est donc de savoir comment l’empêcher en cas de séparation en amour ?

Il faut signaler qu’on n’est pas en train de faire l’apologie de la criminalité, parce qu’aucune personne n’a le droit de tuer un être humain. Mais il est avéré qu’en cas de séparation, il y a des gens qui peuvent franchir la ligne rouge, surtout lorsque le couple est rentré en conflit ouvert, ou il se lance toute une suite de paroles violentes, humiliantes et injurieuses. La dispute mène parfois à la destruction, les gens peuvent éviter toutes nervosités, colères, agressivités, etc… qui pourraient pousser quelqu’un à bout. Le mieux, c’est d’éviter toute rencontre à deux qui pourrait déboucher sur des querelles regrettables, il faut faire appel à un ou plusieurs médiateur (s) en cas de rencontre. Les personnes qui ne supportent pas la séparation doivent aller voir un psychologue ou un spécialiste en socio-psychologie. C’est un peu difficile à faire, mais cela doit rentrer dans les habitudes des gens en Haïti. Il faut toujours essayer de rester en bon terme en cas de séparation. Autrement dit, une séparation à l’amiable est fortement préconisée. Le repli sur soi n’est pas la bonne solution parce que la solitude est souvent mauvaise conseillère. Pourquoi qu’il faut prendre toutes ces précautions ? C’est parce qu’en criminologie pour qu’un crime soit possible, il faut que trois de ces éléments soient mis en évidence : sur le plan psychique le désir de faire le crime, sur le plan social la capacité (arme à feu, arme blanche …) de faire le crime et l’opportunité de faire le crime (éviter toute rencontre à deux, tout lieu incitatoire et attentatoire). Par conséquent, on peut donc éviter le crime tout en empêchant de donner l’opportunité à tout passage à l’acte.

Au final, il parait que la société haïtienne banalise les crimes passionnels, parce que ce n’est pas le premier crime passionnel qui s’est produit en Haïti, prenons par exemple le cas de Ginou MONDESIR et Valdo JEAN et d’autres cas qui ne font pas la une des journaux. Cela ouvre d’ailleurs la fenêtre de la mission éducative des médias haïtiens, des associations éducationnelles, etc., en invitant des spécialistes à débattre le plus souvent sur cette problématique et à conseiller le grand public, afin d’éviter tout drame irréparable lié à la jalousie. En général, les grandes victimes des crimes passionnels en Haïti, ce sont les femmes. Peut-être, cela est lié à la société machiste que nous vivons. Sur ce, nous tenons à donner un conseil salutaire à certains hommes haïtiens, cessez de croire que le corps d’une femme vous appartient, comme quoi vous avez droit de vie et de mort sur une femme qui donne la vie. Cessez de croire aussi qu’après la séparation avec vos ex-femmes ou vos compagnes, elles n’ont pas le droit de refaire leur vie sentimentale avec un autre homme. Le plus souvent cette croyance pousse certains hommes à passer l’acte, cette pensée malsaine doit bannir dans le psychique de certains hommes haïtiens. Tout comme un homme, une femme a le droit de faire ce qu’elle veut à sa vie.

DEJEAN Jean Dario,

Sociologue, diplômé en Économie et en Psychosociologie. Spécialiste en Éducation et en Prévention contre la délinquance juvénile ; en Médiation sociale et familiale ; Expert en Criminologie et en Sureté aéroportuaire.



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