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Les gangs armés en Haïti, résultante d’un État failli

Les gangs armés en Haïti, résultante d’un État failli








« La justice élève une nation…» proverbes 14:34. L’état de dégénérescence de notre pays confirme que le peuple haïtien est victime d’un vaste complot et de maladresse entretenus par nos gouvernants successifs. L’observateur averti peut facilement déceler dans les faits que l’État ne s’occupe pas de la « chose publique », autrement dit la République. Ce qui amplifie le règne d’injustice et d’impunité. Le pays est à genoux. Les citoyens sont opprimés et délaissés.

Depuis un certain temps, à Port-au-Prince, comme dans les villes de province, les gangs armés poussent comme des champignons : Martissant, Grand Ravine, Portail de Léogane, Cité de Dieu, Lassaline, Savane Pistache, Gressier, Léogane, Miragoâne, Côte-des-Arcadins, Saint-Marc, Petite Rivière de l’Artibonite… Partout, ces grands foyers de tension imposent leur loi et sèment la terreur. Traverser Martissant à destination du grand Sud devient un calvaire. Même cas de figure pour le Grand Nord par la Côte-des-Arcadins. Comme bon leur semble, ces bandits notoires investissent les rues, assassinent, volent, violent, terrorisent la population jour et nuit, au vu et au su des autorités. Le pays devient mortifère ; il ne se passe pas un jour sans un assassinat dans la région métropolitaine de Port-au- Prince.

Mais, où sont passés nos mandants ? Président, sénateurs, députés… où sont-ils ?

Les articles 136, 138 de la Constitution de 1987 font du chef de l’État, le principal garant des institutions. Il a pour obligation de garantir la paix, la sécurité de tous les citoyens et l’intégrité du territoire. Malheureusement, quand l’État est de mèche et se fait complice des assassins, la situation est gravissime. Il est répréhensible, quand ce sont des officiels du pouvoir qui approvisionnent les gangs en armes et munitions.

L’ex-président du Sénat, Joseph Lambert, a récemment dénoncé dans les médias, certains parlementaires qui facilitent la fuite de certains bandits lors de certaines opérations policières. « Les gangs armés sont à la solde de puissants sponsors », a pour sa part dénoncé Mgr Yves-Marie Péan, Évêque des Gonaïves, dans son homélie de la messe traditionnelle du 1er janvier 2019.

Ti je, un chef de gang basé à Savane Pistache, activement recherché par la police, a dénoncé récemment sur les ondes de plusieurs stations de radio de la capitale, un groupe rival qui lui a cassé un dépôt et a volé 200 mille dollars ht et plus de 200 sacs de nourriture, dans le cadre du programme restaurant communautaire du gouvernement. Suivez mon regard.

Ces puissants bandits mieux outillés défient et mettent en déroute la police. Cependant, je dois signaler que selon certains experts, il ne revient pas à la police de combattre le grand banditisme. C’est plutôt l’affaire de l’armée. Le Président Jovenel Moïse n’a-t-il pas remobilisé l’armée d’Haïti avec une composante de 120 hommes ? Que font ces hommes que l’Etat paie chaque mois avec les taxes de la population ?

Les faits sont patents. La complicité de l’État éclate au quotidien dans les remous de l’actualité. La cargaison d’armes de grands calibres saisis à la douane de Saint- Marc pour laquelle sont inculpés : Godson Orélus, Vladimir Paraison et Réginald Delva, respectivement ancien directeur général de la police, chef de sécurité du Palais national et ex-secrétaire d’État à la sécurité publique, un exemple flagrant.

Aussi, le massacre perpétré à Lassaline le 13 octobre 2018, une autre évidence. Le dernier rapport publié par le Réseau haïtien de défense des droits humains (RNDDH) sur ce dossier fait état de 59 personnes tuées, des dizaines d’autres blessées et plus d’une centaine de maisonnettes incendiées. Dans une autre enquête d’approfondissement, 12 autres cas de morts ont été comptabilisés. Ce qui porte à 71, le nombre de personnes tuées. « C’est un crime d’État », dénonce le coordonnateur du RNDDH Pierre Espérance, condamnant le silence complice du Président de la République Jovenel Moïse.

Par ailleurs, un autre facteur favorise l’action des bandits : l’embouteillage qui entrave la ville même à des heures régulières. Cette situation est due à l’exiguïté des rues, l’occupation anarchique des trottoirs, le désordre qui règne dans la circulation, pour ne citer que ceux-là. Cette engeance profite du climat délétère ambiant pour opérer des razzias, rançonnant voitures, taptap, autobus et mêmes des camions de marchandises sont souvent détournés et pillés. Les victimes, n’ayant aucun recours, pleurent leur sort.

Rappelons pour l’histoire que lors de la campagne électorale de Jovenel Moïse, étape qui l’amènera à la magistrature suprême de l’État, il avait explicitement fait ces promesses au peuple : Leta de dwa, manje nan asyèt, lajan nan pòch, kouran 24/24… ! Les paroles prononcées sans conviction ont l’effet des plis dans l’eau, elles ne tiennent pas debout. Depuis que Nèg banann nan est au pouvoir, l’économie est au bord de l’asphyxie, les masses végètent davantage dans la misère, l’horizon est bouché. Que reste-t-il des belles paroles ? Des scandales de corruption, une justice qui peine à pointer son nez devant cette vaste étendue de corruption, un peuple aux abois qui rêve de quitter cette île pour un ailleurs plus clément. Remarquons. Il a augmenté le prix des produits pétroliers, sanctionné la population avec les budgets 2017-18 et 2018-19, les taxes sur : passeport, matricules fiscales, permis de conduire, contraventions…sont augmentées à plus de 50%.

Le phénomène de l’insécurité entretenu par l’absence de l’État affecte tous les secteurs : agriculture, santé, éducation, logement, emploi, lutte contre l’incendie, sécurité routière, etc.

Selon le dernier bulletin de surveillance du Conseil national pour la sécurité alimentaire (CNSA) pour la période d’octobre à décembre 2018, plus de 2 millions de personnes font face à une insécurité alimentaire aigüe en Haïti, à cause de la désuétude du système agricole – la population n’a pas accès à la santé; les structures hospitalières sont défaillantes, le personnel médical n’est pas entrainé pour gérer les urgences ou les cas spéciaux – Quant à l’éducation, plus de 80% du secteur est contrôlé par le privé – Sur le plan du logement, la majorité des citoyens est abandonnée dans les moisissures des bidonvilles – En matière d’emploi, les indicateurs sont au rouge, l’inflation atteint la barre des 15%, le dollar pulvérise la gourde – Pas de services de prévention d’incendies à Port-au- Prince, voire dans nos villes de province. Nos marchés publics et institutions privées ne cessent de s’envoler en fumée. Le pays est livré à lui-même. Alors que, les 3.8 milliards de dollars de prêt de développement du Venezuela à Haïti sont volatilisés ?

En dépit de tout, sur le tableau s’affiche ce fait étonnant : un seul secteur fonctionne merveilleusement bien : la corruption ! J’en veux pour preuve, le scandale de DERMALOG dans lequel la première dame, Martine Moïse et le directeur général de l’ONI, Jude Jacques Elibert sont impliqués selon Youri Latortue, président de la commission Etique et anti-corruption du Sénat. Dans cette affaire conclue en dehors de la loi, 10.2 millions de dollars ont été débloqués irrégulièrement sur les 27 millions de dollars du contrat.

Malgré les signaux de détresse de la population, nos dirigeants continuent de s’enrichir au détriment et au mépris de la collectivité. Le gouvernement fonctionne dans l’opacité totale, pas de reddition de compte. Aucun plan de développement structurel en matière de politique publique à court, à moyen et à long terme n’a été conçu. Le pays rame à contre courent en pleine obscurité. Et nos gouvernants sont tous en transit !

Face à ce sommeil léthargique de nos gouvernants, peut-on espérer voir l’autorité de l’État rétablie pour la promotion des valeurs républicaines ?

Souhaitons que l’État revête son étoffe d’autorité pour faire régner l’ordre et garantir la sécurité, la justice, et la paix pour le bonheur de la cité.

Jocelyn Singer



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