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Vue de l’intérieur, regard critique d’un confrère par rapport au laxisme de la presse dans la mauvaise situation du pays

Vue de l’intérieur, regard critique d’un confrère par rapport au laxisme de la presse dans la mauvaise situation du pays








Comme un refrain, on répète à longueur de journée que l’un des plus grands acquis post-duvaliériste que le pays ait connu c’est la liberté d’expression. La raison est simple, dans un contexte dictatorial comme ce fut le cas en Haïti durant la dynastie père et fils qui a sombré le pays dans une réalité cauchemardesque durant 29 longues années, s’exprimer librement fut tout simplement synonyme de répression et de torture de tous genres. Avoir la capacité aujourd’hui de s’exprimer librement dans les médias ou dans n’importe quel autre endroit sans avoir en tête le spectre d’une dictature capable de vous pourchasser, traquer, exiler ou tuer, c’est un acquis que nul n’échangera. Trente-trois ans après, cet acquis est-il devenu une arme à double tranchant?

Dans le cadre d’une démarche épistémologique, nous allons essayer de répondre à cette question. Cependant, il est important d’établir, d’une part, une corrélation entre le niveau d’étude, le niveau économique et l’engagement civique des citoyens dans les affaires de la cité, par rapport à leur compréhension sur la gestion de la chose publique tant au niveau social, politique et économique. D’autre part, montrer comment le résultant de ces rapports est influencé par l’action humaine au nom de la liberté d’expression.

D’abord d’un point de vue éducatif.

Durant les trente dernières années, l’illettrisme et l’analphabétisme constituent des obstacles majeurs au développement du pays. Selon un rapport de 2008 de l’UNESCO, les analphabètes représentent plus de 49% de la population active d’Haïti. Une population qui aurait mieux servi le pays, si elle avait accès à un niveau acceptable d’éducation, en comprenant et en interprétant les différents aspects des sujets d’intérêt public. Selon une étude réalisée en avril 2007 par le Pew Research Center, sur la compréhension des Américains de la gestion de la chose publique, “les citoyens les plus éduqués ont une meilleure compréhension de la gestion de la chose publique que ceux qui sont moins éduqués.” En sus, les individus qui se trouvent confrontés à ce sous-développement cognitif sont aussi victimes d’inégalités sociales et même d’une sous-estimation de soi. Donc, il va s’en dire que, les alphabétiser c’est donner à ces citoyens le droit inaliénable d’accès à l’éducation et d’améliorer les performances économiques tant individuelles que collectives.

D’un point de vue économique

Le niveau économique des citoyens a aussi un impact sur la clarté de certains aspects liés à la gestion de la vie économique de la cité. Dans ce même rapport, le Pew Research Center a fait remarquer que ceux qui gagnent mieux leur vie, comprennent mieux la réalité sociopolitique et économique du pays. Entre temps, en Haïti, on observe depuis des décennies une paupérisation croissante de ceux qui prétendent être de la classe moyenne. Une situation due au taux de chômage très élevé (60% selon la Banque Mondiale). La précarité économique qui déstabilise les travailleurs des secteurs formel et informel contribue en grande pompe à cet appauvrissement. À cela on ajoute, la croissance démographique trop élevée. Encore mieux, la paupérisation induite par le capitalisme à outrance, chasseur de dollar qui tue la production nationale et renforce l’importation. Sans oublier, le coup de massue, “ l’instabilité politique” qui sert de précipice pour l’appauvrissement de la classe moyenne et qui bascule du même coup les pauvres vers l’extrême pauvreté.

L’engagement civique des citoyens dans les affaires de la cité.

Dans ce rapport qui nous sert de référentiel, les auteurs indiquent aussi que ceux qui votent au cours des élections comprennent mieux ce qui se passe dans l’arène politique, que ceux qui ne répondent pas à ce devoir civique. Comme on ne prêche pas à un converti, nul n’est besoin de vous convaincre sur le taux de participation des citoyens en âge de voter aux dernières élections présidentielles, par exemple, pour les 20 dernières années. Au cours des joutes présidentielles de l’an 2000, l’ex-président Aristide a obtenu 2 632 534 voix. Au scrutin présidentiel de 2006, le feu président René Préval a engrangé 992 776 voix. L’ex-président Michel Martelly a, quant à lui, été élu avec 716 986 voix. Son poulain, l’actuel président, Jovenel Moïse, a été élu avec 595 430 voix. Une participation de la population aux élections qui va en decrescendo et qui montre le désintérêt des hommes et des femmes de ce pays à remplir pleinement leur devoir civique. Ainsi, l’analphabétisme, la pauvreté et le faible taux de participation des citoyens aux élections constituent un blocage majeur au développement du pays.

La liberté d’expression et La liberté de la presse ont-elle aidé à améliorer sa situation face aux problèmes susmentionnés?

De nos jours, la presse est très présente dans la vie quotidienne de nos compatriotes et son influence sur l’opinion est très remarquable, en raison du besoin croissant de la population de s’informer. De ce fait, dans le traitement et la diffusion de l’information la presse se doit de tenir compte de l’élément humain, c’est-à-dire, l’incidence de l’information sur la pensée et l’action des êtres humains. Plus elle s’en rend compte, plus elle rend service à la communauté, tout en ayant en tête le taux élevé d’analphabétisme, le niveau de pauvreté et le taux décroissant de participation populaire aux scrutins. La presse se doit aussi d’être le porte-parole de l’ensemble des citoyens. Elle doit s’intéresser aux problèmes réels auxquels fait face le pays. En jouant son rôle d’avant-gardiste, le souci de diffuser une information authentique, vérifiée et équilibrée doit être la seule motivation des médias. Ce qui aiderait, certainement, à juguler la situation catastrophique dans laquelle patauge le pays depuis des lustres. Cependant, la liberté d’expression et la liberté de la presse dont nous jouissons depuis la chute de la dictature des Duvalier en 1986 n’ont pas, réellement, aidé à améliorer la situation du pays en dépit, de la contribution de certains médias, confrères et consoeurs de la presse; puisqu’entre ce qui devrait être fait et ce qui est fait dans les médias haïtiens, la faussée est très grande. Résultat, sans l’ombre d’un doute, le pays s’enlise davantage dans le chaos.

La sacro-sainte liberté de la presse est devenue un gagne-pain fratricide. L’intoxication, les fake news, la manipulation de l’information sont très courantes de nos jours dans la plupart des médias en Haïti. De très souvent, certaines salles des nouvelles se confondent aux services de presse de la Présidence, de la Primature, du Parlement, des mairies, des partis de l’opposition, des entreprises privées et même des personnalités recherchées par la justice et la police. La liste est longue. Ces salles des nouvelles sont, pour le moins, un appendice de publicité ou de propagande, en vue de manipuler la pensée des citoyens à des fins idéologiques ou au profit d’intérêt mesquin. Tout le monde s’en plaint, mais rien n’est fait pour redresser la barque. Rien!

Ce constat objectif est symptomatique d’une mauvaise utilisation des libertés d’opinion, d’expression, et d’information qui constituent une condition sine qua non pour la bonne marche de la démocratie. Considérant l’importance de la communication de masse à l’ère des médias sociaux et l’impact de celle-ci sur le comportement humain; le non-respect des normes déontologiques et éthiques de la profession d’informer peut basculer le pays dans le chaos aussi facilement que de dire: “Madame monsieur bonjour, bienvenue à cette émission.”

Jean Sherlin Mesadieu
Journaliste, et L.R.T



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