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Vertières, le souvenir d’une sinistre rançon de 21 milliards de dollars imposée arbitrairement par la France à Haïti

Vertières, le souvenir d’une sinistre rançon de 21 milliards de dollars imposée arbitrairement par la France à Haïti








Les mots ne sont pas naïfs ; ils sont vivants, vibrants, flamboyants tant par les sentiments de tristesse, de peur, d’échec ou par les perceptions et émotions de joie, de victoire et de succès qu’ils drainent. Les vocables portent en eux des actions, des sensations, des réminiscences et d’ardents souvenirs. Ils font ruminer des moments de faiblesse, de sacrilège, de désarroi, de discorde, de sacrifice, de bravoure, de force, d’harmonie. Ainsi, le terme emblématique « Vertières » enfin noir sur blanc dans le dictionnaire français, rappelle, d’une part, des évènements sanglants, cruels, barbares, malheureux et d’autre part, des merveilles, des miracles et des épisodes jouissifs, réjouissants et jubilatoires.

À l’inspiration divine des génies de l’indépendance, la bataille de Vertières, la plus farouche qu’a engagée l’ancienne colonie la plus juteuse de la France, a couronné la plus grande révolution de l’histoire du monde civilisé. Vertières est le souvenir le plus émouvant d’un miracle, d’un ultime combat, empreint d’une rare ingéniosité et d’une remarquable intelligence pour la mise en oeuvre de plans d’action et de stratégies efficaces visant à sortir du joug de l’esclavage, pour enfin savourer les délices de la paix, du sommeil, de la justice, de la quiétude d’esprit, de la liberté et de l’amour. Le 18 novembre 1803, des héros, de braves hommes et femmes intrépides et courageux, fils et filles de Dieu, animés par une volonté surhumaine jusqu’à adopter l’arbitrage inimaginable entre la liberté et la perte spectaculaire de leurs vies, avaient décidé de dresser des schémas stratégiques pour défier l’ordre injuste, bestial et inhumain établi depuis plus de trois siècles par des « humains » qui les oppressaient, les maltraitaient, les ostracisaient et les exécutaient de manière avilissante sur des places publiques, en présence de leurs frères, leurs soeurs, des femmes et des enfants.

Avec leurs ongles, leurs bambous, leurs cornes, Jean Jacques Dessalines, Toussaint Louverture, Henry Christophe, Capois-La- Mort, ces intrépides héros de la fin du 18e et du début du 19e siècles, ont initié une démarche prodigieuse et ont vaincu avec brio une armée napoléonienne garnie, jusqu’aux dents, de bourreaux, d’assassins et de tortionnaires équipés de fusils, de guillotines, d’une forte artillerie et de munitions pour humilier, mutiler, amputer et décapiter à la moindre désobéissance et à la moindre erreur, des semblables, des frères, des soeurs, des êtres comme eux, pourvus des émotions de peur, de douleur, de souffrance et des besoins de se nourrir, se divertir, se soigner et s’aimer. Les satisfactions de tels besoins se sont définitivement matérialisées suite à l’acte de Vertières qui représente aujourd’hui une noble institution et un symbole sacré qui rappellent des sacrifices titanesques consentis par des héros haïtiens pour offrir la liberté et la paix après plus de trois siècles d’amertume, de pleurs et de douleur. L’apothéose de Vertières, ayant conduit à l’abolition de l’esclavage qui est un crime contre l’humanité, a également donné de la matière et de la consistance à la fameuse Déclaration des droits de l’homme et du citoyen rédigée à Paris en décembre 1948, soit 144 ans après la proclamation de l’indépendance d’Haïti.

Vertières a été mis sur la sellette, occulté par d’anciens prédateurs qui ont économiquement et socialement égorgé la nouvelle nation indépendante de 1804, en lui imposant une rançon arbitraire de 90 mille francs-or, soit l’équivalent aujourd’hui de vingt-et-un milliard de dollars, pour la reconnaissance de sa liberté, pourtant acquise la tête altière, au prix du sang. Responsable de l’asthénie et de l’adynamie du seul pays pauvre de l’hémisphère nord jusqu’en 2019, cette injustice économique cinglante a mis Haïti à genoux et continue d’alimenter le chaos dans ce pays résilient que l’Hexagone assiste hypocritement dans son décollage et son développement économique.

La geste miraculeuse du 18 novembre 1803 devait être panthéonisée dans les musées des mémoires et des patrimoines mondiaux. Par les vertus de justice, d’harmonie et de liberté qu’il prône, Vertières est un acte précurseur à la création des nobles institutions nées au lendemain des guerres mondiales. Vertières est un holocauste et un renoncement farouches à des ordres injustes établis par des humains diaboliques, déviés des valeurs loyales, démocratiques et méritocratiques.

À l’instar des gigantesques machines et des immenses oeuvres touristiques telles que la Statue de la Liberté de New York, l’obélisque de Washington, la Tour Eifel de l’Hexagone ou les Pyramides d’Égypte, Vertières devait être une source d’entrées financières juteuses sur laquelle pourrait capitaliser Haïti pour insuffler de l’énergie innovatrice et durable en améliorant ses infrastructures sociales, économiques et culturelles. La vérité, la visibilité et l’exposition méritées du phénomène Vertières auraient pu mobiliser annuellement des centaines de milliers de touristes et générer également des fonds faramineux via des produits dérivés. Un tel projet porteur, devant être coordonné par l’État haïtien de concert avec ses pays amis, aurait contribué vigoureusement à la réalisation des constructions d’hôpitaux, d’écoles, d’universités, de routes, de logements sociaux pour sortir Haïti de l’ornière du sous-développement et de la pauvreté.

Une magnanime victoire achevée, sous la perspicacité et la finesse de l’immortel Dany Laferrière!

Des lettres, des musiques, des livres, des articles, des assises, de nombreux évènements ont traversé la mer Méditerranée pour attirer l’attention de l’Hexagone sur les malheurs qui penchent sur son destin, son image et son prestige de pays moderne qui bannit les crimes et les injustices alors qu’elle continue d’ignorer l’importance de restituer les vingt-et-un milliard de dollars arbitrairement soutirés d’Haïti. Christiane Taubira, Jean Pierre Le Glaunec, Herve Edwy Plenel, Claude Ribbe, ils tiennent tous, allumé et enflammé, le flambeau de la recherche de la justice et de la vérité en contraignant les dirigeants de la France à entendre raison en réparant cette nation qu’elle a sucée et pulvérisée pendant des siècles et en plus à laquelle elle a imposé une rançon qui l’a “rachitisée” depuis plus de deux cents ans. L’Hexagone est assise sur son orgueil séculaire, sur son insolence et son mépris jusqu’à même occulter dans les cursus de l’histoire le côté sacré des miracles de la fin du 18e et du début du 19e siècle.

En février dernier, une victoire singulière de changement de paradigme et d’idéologie fait tache d’huile avec l’immortel académicien haïtien Dany Laferrière. Par ses convictions, ses verbes et sa forte personnalité, le prix Médicis de 2009 a convaincu et persuadé ses pairs d’inscrire noir sur blanc le terme Vertières dans le dictionnaire français. Cette reconnaissance lance le signal d’une prise de conscience de l’ancien bourreau qui veut définitivement dormir en paix en se débarrassant de ses barbaries du passé.

La suite consiste à réunir des intellectuels, des historiens et des spécialistes, des deux nations versés, dans l’actuariat, pour estimer, évaluer et analyser les coûts des calamités, des épreuves et des désastres causés par les anciens prédateurs à travers leurs sauvageries qui avaient perduré dans l’ancienne colonie. À l’issue de ces rencontres de résolution de conflit, qui permettront à la France de sauver sa face devant le monde civilisé, un calendrier devra être établi dans l’objectivité et la transparence pour mettre sur le tapis les plans de réparations économiques, physiques et psychologiques et entamer le processus de la restitution graduelle de la dette de l’indépendance ; geste qui mérite d’être honoré par les humains de grands coeurs, les beaux esprits et les nations justes et modernes.

Carly Dollin



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