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Situations chaotiques, l’Église haïtienne, en perte de vitesse !

Situations chaotiques, l’Église haïtienne, en perte de vitesse !








Dans les discours officiels des responsables de la Fédération protestante d’Haïti et d’autres dirigeants d’églises, on indique souvent que les chrétiens protestants représentent au moins 50 % de la population haïtienne. Lorsque l’on considère ce que charrient les valeurs du protestantisme et la situation chaotique de notre pays qui fait face depuis des lustres à des crises en cascade sur les plans politique, économique, sécuritaire, il y a lieu de s’interroger sur l’efficacité des actions des gens d’églises qui exhortent toujours à prier lorsque les choses se corsent.

Si pour certains ces chiffres confirment l’accroissement de la population protestante en Haïti, pour d’autres, ils sont révélateurs de l’inertie aberrante dont ils font montre depuis leur arrivée en Haïti, il ya plus de 200 ans déjà. Considérant le rôle et l’apport significatifs des chrétiens dans le développement des pays scandinaves, plus d’un estime anormal et même inconcevable d’avoir tant de chrétiens dans un pays alors que la grande majorité de sa population croupit dans la misère et l’esclavage psychologique. Les fidèles se laissent faire par un protestantisme qui les maintient en otage parce que son discours n’a nullement pour objectif de transformer réellement la condition de vie de la majorité souffrante. Bien au contraire, on observe une certaine tendance de l’église à prêcher la résignation.

La situation d’Haïti ne fait pas honneur au Seigneur qui, dès la genèse de la création, avait confié aux premiers Hommes la responsabilité de gérer en bons pères de famille la terre. Mal éduqués, beaucoup de fidèles des églises ne sont pas libérés. Voilà pourquoi dans leur quotidien, ils rendent les autres responsables de leur sort. Ils ne s’estiment pas avoir une quelconque responsabilité dans la transformation de leur condition de vie parce que les sermons prêchés en chaire n’en tiennent pas souvent compte conformément à une méthode bien définie.

Tout compte fait, il s’agit d’un sérieux problème d’ordre éducationnel. Le terme éducation issu du latin educatio, lui-même dérivé de ex-ducere, signifie conduire, guider, commander hors de. En acceptant de s’intégrer à une assemblée, le fidèle devrait aspirer au salut à tous les niveaux eu égard à la formation qu’il recevrait. Combien de leaders peuvent, sans peur d’être démentis, arguer d’avoir joué ce rôle dans la vie de leurs fidèles ? Combien sont-ils prêts à prendre un recul pour s’évaluer et évaluer les résultats de leurs prédications et enseignements dans la vie des fidèles, de leurs familles et de leurs communautés respectives ?

En Haïti, pour se faire une idée plus claire du rôle réel des chrétiens dans le développement du pays ou non, il suffit d’attendre qu’il y ait un jour de congé. Beaucoup de leaders de nos églises n’attendent que ça pour lancer des invitations à jeûner ou à prier. Jeûner pour quoi ? Prier pour quoi ? Quels sont les sujets de leurs prières ? Une dette qu’ils veulent éponger ; un cas de maladie qui empire alors qu’un front commun ou un coude à coude fraternel permettrait de la guérir ; pour un visa, un emploi, un mariage, un voyage à l’extérieur pour un mieux-être, pour les dirigeants qui n’assument pas leurs responsabilités en bons pères de famille, contre un mari ou une femme, un frère ou une soeur, pour un voisin persécuteur, etc.

Un simple constat pour comprendre que beaucoup de leaders de nos églises, préfèrent la facilité à un esprit de sacrifice qui les porterait à prendre en considération le sort des miséreux qu’ils côtoient chaque jour dans leurs églises. Dans ces moments de prière souvent bondés de gens matérialistes ne cherchant que des solutions à leurs problèmes personnels, on assiste à des prières en cascade empreintes de redites. Les fidèles sont présents à toutes les rencontres où l’on annonce des prières de délivrance et des miracles. Il suffit d’un rien comme discours en chaire pour offrir aveuglément le peu dont ils disposent comme argent espérant, suivant ce qui est promis, de pouvoir obtenir ce à quoi ils aspirent.

Le constat en réalité, c’est que bien souvent, lorsqu’ils n’obtiennent pas satisfaction après des rendez-vous à se lamenter, ils repartent bredouilles avec le sentiment qu`à l’église de Jésus- Christ résident des menteurs et des fossoyeurs. « Mon peuple périt, faute de connaissance » Osée 4 :6.

À chacun il est donné des dons pour se prendre en charge et influencer sa communauté (Ephésiens 4.7/ Romains 12.6-7/ 1 Corinthiens 12.10-11). Passer son temps à prier et à se lamenter pour recevoir ce à quoi on a déjà droit dans le royaume, c’est vendre mal l’image de notre Dieu et sa toute-puissance auprès de celles et ceux qui ne l’ont pas encore reçu dans leur coeur. Dans la parabole des talents, Jésus a été on ne peut plus clair : seuls celles et ceux qui font fructifier leurs dons et talents vivront de manière épanouie. Choisir la facilité n’est pas digne de notre Dieu. Choisir la facilité, refusant de faire travailler ses dons sous prétexte que Dieu peut opérer des miracles, est une attitude diabolique.

Plus de deux cents ans après l’arrivée du protestantisme, perdus dans leur aveuglement, ils n’arrivent toujours pas à réaliser que de nouvelles stratégies et approches méritent d’être expérimentées ; car on ne peut continuer à faire les choses de la même manière et espérer de nouveaux résultats. Pour justifier les maux dont font face les citoyens, on entend malheureusement parler en chaire de la fin du monde, comme si Haïti serait l’endroit le plus maudit sur terre où se manifestent les signes de la fin des temps. Les gens n’assument pas leurs responsabilités que ce soit en s’impliquant comme de véritables acteurs de transformation, que ce soit en allant voter celles et ceux qui mériteraient d’être au timon des affaires, ils se plaignent sans prendre conscience des dégâts occasionnés par leur passivité, leur silence et leur inertie.

Après tant d’années à stagner, l’heure est maintenant aux actions pour faire éclater la gloire du créateur. Qu’elles se soient trompées dans le passé en présentant un évangile rétrograde qui « zombifie » les adeptes et qui s’aligne dans le sens d’une organisation sociale structurellement inégalitaire, les églises évangéliques doivent projeter une autre image promouvant la justice et le respect des droits fondamentaux de l’être humain. Dans notre contexte aujourd’hui, ce que l’Église a la mission de dire au monde est tellement ineffable que pour le dire, il lui faut, sans aucun doute, s’organiser pour d’abord elle-même le vivre intensément.

Haïti est dans un carrefour où la foi et l’action doivent se donner la main dans l’Église pour la réalisation de l’humain. Tout cela n’est possible que si les leaders des églises acceptent de revoir leurs stratégies pour travailler à la transformation de l’être en vue de son développement. Malheureusement, le constat qu’il faut faire de façon générale, c’est que les églises évangéliques haïtiennes n’ont pas pu jouer véritablement ce rôle après tant d’années de prédication. Le temps du réveil a sonné ! À chacun de s’y mettre par le biais d’une nouvelle vision pour une nouvelle Haïti pour que le sel et la lumière que nous sommes puissent agir pour le bien de tous où que l’on soit sur la planète.

Sony Lamarre Joseph
Journaliste/écrivain chrétien
jslamarre@hotmail.com



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