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L’unique solution pour sortir notre pays du chaos : la justice !

L’unique solution pour sortir notre pays du chaos : la justice !








Le pays connaît actuellement un drame sans précédent. La vie politique, économique et sociale est compromise. L’avenir est nébuleux. La misère règne en tyran. Dans ce chaos grimaçant, le peuple désemparé perd tout espoir.

Mais, le plus préoccupant dans toute cette singulière histoire, ce ne sont pas les enjeux ni les difficultés auxquelles nous sommes confrontés ; le plus préoccupant, c’est le trouble, la confusion idéologique, les mensonges, les solutions abracadabrantes qui envahissent le quotidien.

N’importe qui dit n’importe quoi et la masse boit tout, croit tout. Dans notre univers, nous confondons le réel de l’irréel. Nos pensées sont assimilées aux faits et nous croyons souvent résoudre les problèmes en parlant fort et beaucoup. Chacun se croit si philosophe que même le réel est assujetti aux débats.

Ce que tous les peuples admettent ou rejettent est devenu chez nous un sujet de discussion, un instrument de troubles qui perturbent le mental haïtien au point que 10 + 5 peuvent être égaux à 100 dans notre espace anarchique. C’est le règne de l’absurde : un père de sept (7) enfants crevant de faim est applaudi pour sa faculté de continuer à séduire d’autres femmes avec fierté.

Devant cette tendance de confusion galopante, dans un contexte d’obscurité généralisée, et en tant qu’homme de loi, le devoir m’oblige à apporter mon humble contribution en clarifiant trois (3) points qui peuvent largement nous aider à sortir du marécage où nous nous trouvons aujourd’hui.

1. Fin à l’évangile d’entente et au mépris de l’opprimé par la moralisation du bourreau ;

2. Le véritable problème de l’Haïtien du 21e siècle ;

3. L’unique façon de lancer le renouveau haïtien.

Tout d’abord, nous admettons que le constat est triste, le tableau est sombre. Mais quel est le fond de ce tableau ? Réponse : Une justice en lambeaux. Nous vivons dans une société où le juge ne croit pas en la justice. Les législateurs ne reconnaissent pas l’autorité des lois, les textes de loi ne valent pas plus que du papier.

L’Haïtien se perçoit comme une éternelle victime de la justice. Dans son imaginaire, il n’accepte pas l’autorité de la loi et de la justice. Le concept justice comme valeur universelle, en dehors de la vengeance, nous est étranger.

La justice est instrumentalisée, partiale, dépendante, clanique et soumise aux caprices des acteurs judiciaires. Près de 20 % des magistrats s’avèrent intègres. Le juge a peur des représailles d’une décision juste. Le Commissaire requiert la peine pour le pauvre innocent et la libération pour le riche malgré qu’il soit coupable, cela au rythme du pouvoir politique, ou au nom de la peur et du ventre. Démissionner n’est jamais une option. De l’opprobre pour la nation !

Au fait, avec l’insécurité judiciaire, ayant pour corolaire l’injustice sociale, qui sévit en Haïti, il n’y aura ni système éducatif efficace - lorsque l’enseignant déjà en salle de classe brame après une lettre de nomination et peine à recevoir 36 mois de salaire ; les parents sont impuissants devant l’augmentation exponentielle des frais scolaires en dépit de l’interdiction d’une loi spéciale- ; pas d’investissement possible, si l’étranger évincé de sa propriété est moqué par le magistrat qui ne respecte aucun délai raisonnable pour rendre une décision ; si le paysan dépossédé de son bétail et de l’ensemble de son patrimoine agricole n’arrive pas à trouver un magistrat capable de dire le mot du droit sans un interminable pèlerinage et sans compromission.

Aujourd’hui, il y a trois conditions pour qu’un magistrat tranche selon la loi :

• Il faut que sa vie ou son poste ne soit pas menacé par des politiciens, des hommes d’affaires ou des bandits armés.

• Il faut qu’il n’y voie aucun intérêt personnel.

• Il faut que le justiciable soit longtemps victime d’une procédure dispendieuse pour qu’il ait finalement pitié de ce dernier.

Du reste, le tableau à fond judiciaire étant dressé, revenons donc à nos trois (3) points annoncés :

Premièrement : fin à l’évangile d’entente

Le pays connaît une telle décrépitude morale, sociale, politique que les valeurs deviennent chez nous la risée du monde. Dès l’enfance, on nous enseigne à contourner les lois, à ne pas respecter nos engagements.

Ainsi, au nom de l’évangile d’entente et de dialogue, les lois ne sont pas appliquées et la Constitution est incessamment violée. Au nom de l’excuse, 30 ans de Constitution sans un Conseil Electoral Permanent ne choquent personne. Législature après législature. Gouvernement remplaçant gouvernement. Pourtant, chacun espère à son tour obtenir en sa faveur.

Aujourd’hui, tout le monde ressasse « entente » et « dialogue » pour les substituer au respect des lois. La Constitution prescrit les attributions et les obligations d’un élu. Délibérément, celui-ci ne les respecte guère. Or, il est le premier à exiger un dialogue avec les victimes de son inconséquence.

Par exemple, la tenue des prochaines élections est prévue pour la fin de l’année 2019. Dans notre imaginaire dépravé, on magouille tous les coups bas pour ne pas organiser les joutes électorales. Au bout du compte, on imposera aux malheureux aspirants candidats et au peuple désabusé un dialogue national.

Le dialogue est devenu un puissant instrument de dérive, de bamboche politique, d’ingouvernabilité et d’impunité. Ce concept dialogue avec tous ses emprunts synonymiques (entente, États généraux, conférence nationale) est galvaudé et devient un véritable bouclier pour le perdant.

Il en résulte qu’on ne demande pas à un peuple de prendre conscience afin qu’il exécute la mission de ses dirigeants. Le dirigeant n’a non plus à rechigner devant l’opposition. Une opposition, on la convainc, on la dissuade démocratiquement. Qu’on se rappelle : les autres peuples n’obéissent pas aux lois parce qu’ils sont meilleurs que nous, mais parce qu’ils sont contraints par les lois. « Que tout Haïtien prenne conscience » est une doctrine déroutante et une excuse à l’échec. Jamais de peuple dans l’histoire universellement n’a eu à prendre conscience généralement.

À l’instar des esclaves domestiques en 1804 qui s’opposèrent à la volonté des esclaves des champs, il y aura toujours une opposition. De même, on ne dirige pas un pays avec le dialogue au principal. On conduit un pays en appliquant les lois et en exécutant scrupuleusement un projet de société. Et si on échoue, on tire simplement la révérence.

Mais on n’y impose pas le dialogue qui est un accessoire et qui ne peut être non plus légitimement sollicité par les auteurs du statu quo. De plus, il est absurde et même criminel de demander à une victime de dialoguer avec son bourreau ou qu’un bourreau lui enseigne comment il doit se défendre.

Cela aurait été probable, si la victime avait été préalablement réparée et ses droits restitués. Sachant qu’il n’existe pas de dialogue sans réparation, restitution, confession, imputation des faits et reconnaissance de responsabilité comme prérequis.

Deuxièmement : le véritable problème d’Haïti

À présent, les propositions pour sortir Haïti de son malheur pleuvent de partout. Les unes sont relativement plus abondantes que les autres. En revanche, on aura beau proposer toutes les ingénieuses solutions du monde, on aura beau exposer les idées de Karl Marx, John Menard Keynes, Russell Kirk et John Nash, si les solutions ne sont pas adaptées au véritable problème actuel du pays, elles ne produiront aucun effet et ce ne sera plus qu’une oeuvre littéraire. Quel est donc ce véritable problème ?

Le véritable problème d’Haïti à l’heure actuelle est une méfiance généralisée provenant de notre mode de gouvernance maladroite axée sur le mensonge, la magouille, l’irresponsabilité chronique. La nation ne fait plus confiance aux mots ni à leurs porteurs qu’elle assimile d’ailleurs à ses maux. La méfiance a sapé le fondement national. Ce tissu social est décousu et l’État, au sens administratif, peine à exister.

Tout cela est déterminé par deux éléments. Une absence aiguë de caractère (force de personnalité et allégeance) et une indifférence à l’intérêt collectif qui est pour nous une étrange valeur. L’héroïsme ou le courage du devoir est pour nous une ironie. Et la peur de l’autre capable de nous couper les vivres devient le quotidien du chef. Ainsi, dans un ensemble vide de prise de bonnes décisions, la nation débridée s’enfonce dans l’abîme au son des complaintes.

Troisièmement : l’unique solution

Pour pallier cette hideuse réalité, il faut prendre des mesures adaptées. Du plus grand problème d’Haïti est né le plus grand besoin d’Haïti : la justice.

Pour établir la confiance dont souffre tout un peuple, il faut commencer par l’édifice d’une justice réelle. Aucun pays ne peut fonctionner sans la justice d’abord et la justice enfin.

Il faut établir un climat de confiance généralisée. Pour le faire, il faut une nouvelle configuration judiciaire, un nouveau personnel passé au crible.

Pour avoir une nouvelle justice, il faut un big bang déclencheur pouvant altérer même notre caractère. Ce big bang devra être la révocation de tous les magistrats du système judiciaire haïtien. Une fois révoqué, un nouveau recrutement sera aussitôt initié. Ce nouveau recrutement se fera sur deux axes : un examen juridique et un examen moral. Deux comités seront formés : un comité pour évaluer la connaissance juridique des recrus et un comité pour analyser leur moralité. Chaque comité sera composé de quatre (4) magistrats haïtiens élus par référendum et trois (3) éminents magistrats étrangers retraités transcendant tout soupçon de corruption. Les résultats des magistrats retenus seront rendus publics et chaque citoyen pourra les contester en présentant des arguments factuels infirmant la compétence ou la moralité du magistrat recruté dans un procès public à charge d’appel (acte de concussion, corruption, vengeance, impartialité, dépendance politique, arbitraire, qualification seront dévoilés). Les nouveaux magistrats retenus bénéficieront d’une sécurité sociale intégrale et d’une indépendance réelle qui les affranchira de l’emprise des politiciens. Taillés à l’aune de la concurrence et d’une compétence éprouvée, ils seront régulièrement recyclés en Haïti et à l’étranger et périodiquement réévalués.

Le premier acte du nouveau personnel judiciaire sera le dénouement sans passion de l’affaire Petro Caribe. Car le procès Petro Caribe est le symbole de l’injustice sociale. Il incarne à lui seul, en toute matière, tout le désenchantement populaire échelonné sur plusieurs générations.

Le dénouement équitable du procès Petrocaribe mettra un terme au règne absolu de l’impunité et de la corruption qui a toujours gangrené le pays. Il ouvrira la voie aux centaines de dossiers qui moisissent dans les tiroirs de la justice et donnera ainsi le coup d’envoi d’une Haïti où la vie redeviendra possible.

C’est alors et alors seul que le pays entrera dans l’ère du changement ayant pour toile de fond : la confiance par le truchement de la justice. À cette phase, les secteurs comme l’économie, l’éducation, l’agriculture et le tourisme bondiront de leur stagnation pour connaître leur nouvelle croissance.

Ce changement sera en conséquence manifeste dans la façon dont chaque haïtien manipulera avec respect ses papiers monnaies et la Carte d’identification nationale comme l’électricité ne sera plus un luxe ou un défi du 21e siècle.

En fin de compte, ni le maintien au pouvoir d’un gouvernement déstabilisé, ni la démission de l’actuel président désarçonné, ni le pouvoir par une opposition improductive, timorée et morcelée ne sauront produire d’effets si le procès Petro Caribe n’est pas évacué.

Et l’une ou l’autre de ces propositions pourra servir au terme de ce procès historique. Qu’on se rappelle : croissance économique, développement social et stabilité politique sont tributaires d’un système judiciaire réellement fort, indépendant, impartial, constant et affranchi de l’arbitraire des magistrats. La justice n’est pas la seule façon dont une nation s’élève, elle en est l’unique.

Que les lois soient l’unique autorité de la nation haïtienne. La Justice est un service public essentiel au bien vivre ensemble parce qu’elle est le recours ultime, le point d’aboutissement de tous les autres services publics.

La Justice, socle d’une société, est saisie de tous les drames, petits ou grands, vécus par les citoyens. Le premier principe d’un service public est l’obligation de servir. Et lorsque cette justice brillera, le magistrat aura l’obligation de se présenter à l’heure au Tribunal et de trancher en vertu de la loi.

Le greffier sera tenu de livrer une expédition à temps au justiciable avec lequel il n’a aucun lien familial ou amical. Souvenons-nous-en : voilà l’unique façon de mettre un terme au drame haïtien : la justice et la justice pour tous.

Vive la justice haïtienne ! Vive Haïti tout entière !

Fort-Liberté, le 1er mars 2019.
Evens Fils Avocat militant Barreau de Fort-Liberté
Université Paris I, Sorbonne, France.



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