S'identifier Contact Avis
 
25.11° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video
Port-au-Prince, la capitale forteresse de la Caraïbe

Port-au-Prince, la capitale forteresse de la Caraïbe








Haïti a perdu sa beauté naturelle d’antan et se forge en l’état actuel des choses une beauté murale et forteresse. On a cassé la beauté de nos villes. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir les dégâts causés par des crises politiques qui ont donné lieu à une série de manifestations violentes organisées par certains secteurs du pays de 1986 à nos jours. Port-au-Prince devient l’une des rares capitales de la Caraïbe où tous les magasins sont la cible des casseurs et des manifestants. Ils ont contraint leurs propriétaires à ériger des murs de forteresses afin de les protéger contre les jets de pierres, les vols et les pillages à chaque fois qu’il y a appel à manifestation. La beauté de nos villes disparait, les façades vitrées sont remplacées par des masses de bétons, des murs de clôture très épais à plus de six (6) mètres de hauteur, des portes métalliques et blindées. Face à cela, la majorité silencieuse doit inviter les protagonistes à faire preuve de responsabilité et à être raisonnables dans leur choix. On constate que le premier des droits des citoyens qui est la sécurité socle sur lequel est assis tous les autres droits, s’évapore dans la nature.

Cette conséquence est due à la misère du peuple et les crises politiques multiformes qui tiennent au collet le pays depuis le départ des Duvalier. Pour empêcher cet effondrement, les entrepreneurs politiques et sociaux qui sont au Parlement ont besoin à coup sûr un capital primitif pour survivre et asseoir du même coup leur hégémonie économique et combler leur retard face à plus d’un. Aussi, sans oublier certains acteurs du secteur privé des affaires qui doivent cesser avec cette économie de rente qu’ils pratiquent depuis leur arrivée sur ce coin de terre plaine d’opportunité. Cette lutte sans merci doit cesser. Car selon un rapport de la Banque mondiale, 70 % environ du secteur privé haïtien des affaires ne paient pas de taxe régulière à l’État, il paie seulement des taxes de vérifications en matière de droit des douanes.

En effet, là où l’on est aujourd’hui, comment ne pas avoir peur de celles et de ceux qui meurent de faim, qui ne peuvent pas payer l’écolage de leurs enfants, leur loyer et les soins médicaux s’ils tombent éventuellement malades alors que, la plupart des membres du secteur privé haïtien des affaires vivent dans l’opulence. Il est plus qu’évident que cette élite vive avec un sentiment de panique quotidienne et cette fièvre peureuse arrive sur ses entreprises à chaque fois qu’il y a un soulèvement populaire. Il faut reconnaitre, toutefois, que les représentants de ce secteur est une élite certes, mais diversifiée. Cette beauté murale et forteresse est la preuve imminente de la faillite de cette élite pourrie et quasi inexistante. Ce secteur dit-on, ne sollicite pas des privilèges, mais il s’accorde des privilèges. La contrebande est partout dans le pays. Nous assistons à l’émergence d’un nouveau groupe d’entrepreneurs particuliers qui impose sa loi, ses règles face à l’ancien secteur d’entrepreneur.

L’État est capturé par ces dirigeants irresponsables ayant les mains liées. Une lutte à outrance pour la création des nouveaux riches qui ne savent même pas comment créer la richesse. C’est tout simplement la faillite de l’État qui est mise en évidence. Cette déliquescence pousse le peuple haïtien à se rebeller et à aller de plus en plus vers une véritable révolution. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication doivent jouer un rôle afin de permettre au monde entier de voir ce désordre accru dans le pays. Des gens venus de loin, pour la plupart, parfois de très très loin sont devenus, en un laps de temps, multimillionnaires en Haïti par les voies douteuses et malsaines. Ils ont pillé la fortune du pays pour alimenter l’insécurité, l’instabilité politique et l’effondrement de l’économie nationale. Ils affaiblissent l’État pour mieux asseoir leur hégémonie politico-sociale et chaotique. Il devient plus que nécessaire qu’ils abritent leur entreprise derrière des murs de forteresse pour se protéger contre toute attaque éventuelle du peuple. Pour redresser Haïti, il faut trier le bon grain dans chaque secteur, à savoir ceux-là qui ont sainement construit leurs richesses. Il faut également promouvoir la bonne gouvernance dans les affaires publiques et privées en établissant les règles d’éthiques et déontologiques dans la pratique politique et économique comme deux éléments qui caractérisent l’image d’un bon citoyen. Le pays a donc besoin un rassemblement de toutes les bonnes volontés et de toutes les compétences pour se relancer sans exclusif. Notez qu’un jour, les oubliés d’Haïti vont se mobiliser pour mettre à plat ce système pourri et corrompu vieux de plus 200 ans.

Ce spectacle forteresse et mural qu’on offre, a détruit l’esthétique et les spécificités architecturales du pays, amplifiant les déboires du peuple au lieu de replacer Haïti sur la carte touristique mondiale. Pourtant, la beauté d’un pays comme le nôtre se construit autour d’un paysage ensoleillé et architectural bien ficelé, lumineux et vitré. Au-delà des enjeux sécuritaires que les propriétaires de magasins ont évoqués pour se lancer dans la construction des murs en vue de protéger leur investissement, il faut que les élites prennent conscience que le pays est en alerte d’urgence économique et sociale avec 80 % de la population vivant avec moins de deux dollars US par jour. Entre-temps, les banquiers haïtiens ne donnent que 30 % des dépôts sous forme de crédit, alors que la norme est d’environ 60 % dans les pays de même taille qu’Haïti. Ils se cachent derrière le déficit budgétaire du gouvernement, pour évoquer les raisons de la flambée des prix. Toutefois, le déficit budgétaire n’est pas la seule cause de la dépréciation de la gourde, les banques y contribuent grandement, en gardant un surplus de liquidité et en faisant trop de spéculation sur la gourde et le dollar. Leur vrai rôle dans un pays comme Haïti devrait s’articuler autour de l’accompagnement du crédit tout au long de la chaine des valeurs du produit et du client. Je vous exhorte, chers compatriotes à vous méfier de ces vendeurs de rêves. Ainsi, je crains que la misère de la population ne tombe pas de plus en plus dans les artifices des entrepreneurs politiques. Enfin, Haïti n’est plus un point d’équilibre dans le monde comme elle le fut dans les années quarante (40), mais une source de tensions, d’instabilité, d’impunité, de gabegie et d’immaturité.

Me EDUME Ikenson
Professeur de droit des affaires à l’Université d’État d’Haïti



Articles connexes


Afficher plus [1020]