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Manuel avait un rêve, celui de gouverner la rosée pour sa communauté, et vous dirigeants d’aujourd’hui, quel est votre rêve pour Haïti?

Manuel avait un rêve, celui de gouverner la rosée pour sa communauté, et vous dirigeants d’aujourd’hui, quel est votre rêve pour Haïti?








Pourquoi un autre texte sur Gouverneur de la Rosée, alors que ce soient Mac-Ferl Morquette et David Célestin dans ses réflexions, beaucoup avaient été dits sur ce roman. Serait-il une répétition de tout ce qui a été déjà dit? Ou Gouverneurs de la rosée, l’oeuvre de Jacques Roumain, est-il plus que jamais d’actualité dans un pays en crise ravagé par l’inégalité sociale ?

Dans «Jovenel Moise a sollicité une rencontre à Jean Bertrand Aristide», un article publié dans les colonnes d’un quotidien de la place, le weekend dernier (29 mars 2019), Robenson Geffrard écrit que : la crise politique perdure. Les acteurs politiques se regardent en chiens de faïence. Plus d’un mois après la création, par le chef de l’État, d’un comité devant faciliter le dialogue inter-haïtien, celui-ci tarde encore à venir. Face à cette crise de division qui, chaque jour, gangrène la société haïtienne, ils sont nombreux à se poser cette question, que faire?

Premièrement, à chaque fois que le pays fait face à des crises sociopolitiques, surtout quand les petits fils de Jean-Jacques Dessalines et d’Alexandre Pétion s’entredéchiraient, j’ai toujours pris le temps de regarder Gouverneurs de la Rosée. C’était vers les années 80 que j’ai eu la chance de voir ce film, pour la première fois, sur la Télévision nationale d’Haïti. Pareil cas pour Les animaux malades de la peste de Lafontaine et Les dix hommes noirs d’Etzer Vilaire, des textes de références pour mes combats au quotidien, ainsi, depuis plus de trente ans, je n’ai pas cessé de revoir ce film et enfin en tirer les leçons d’unités prônées par Jacques Roumain, cet homme à tendance de gauche.

Deuxièmement, en science sociale, l’analyse d’un fait politique, économique et sociale, vu quelques années plus tard, peut être comprise et interprétée d’une tout autre façon, certes. Mais peu importe comment on comprend Gouverneurs de la Rosée, quoique écrit durant la conjoncture économique et politique des années mille neuf cent quarante (époque, Élie Lescot (1941-1946), actuellement, ce roman peut aider les dirigés et dirigeants haïtiens d’aujourd’hui à avoir une autre approche et vision aux crises de grande division auxquelles fait face le pays.

«Je me sers d’animaux pour instruire les hommes », disait Jean de Lafontaine. Tandis que Jacques Roumain, dans Gourverneurs de la Rosée, utilisait Manuel dans la crise de sécheresse à Fond-Rouge pour lancer un message d’unité aux habitants de cette communauté. « La majorité du travail de Roumain exprime la frustration et la rage d’un peuple qui a été brimé durant des siècles. Il incluait tous les Haïtiens dans ses écrits, et appelait les pauvres à s’unir contre la misère.» Dans Gouverneurs de la Rosée, l’auteur peint Manuel comme un rassembleur, un conciliant. Tout en prêchant l’unité et le rassemblement général comme outil important pouvant faciliter un lendemain meilleur, Manuel voulait être utile à sa communauté. Ainsi, ne faisait-il pas des promesses uniquement pour parler, il concentrait de préférence toute son énergie à l’action d’un bien-être collectif.

De par sa position géographique dans la ræegion des Caraïbes, Haïti et son secteur agricole sont souvent exposés aux ouragans et aux tempêtes tropicales, certes. De plus, la détérioration de l’environnement a contribué à aggraver les risques naturels ainsi que les inondations et la sécheresse.

Ce qui fait dans sa compréhension de l’agriculture dans la vie des paysans haïtiens en général, l’auteur retrace dans la commune de Fond-Rouge, les moments de sécheresse et les conséquences qui en découlent du travail agricole collectif. Avec cette sécheresse qui fait rage, les paysans étaient incapables de se réunir en coumbite pour cultiver leurs terres, qui constituaient leur principale source de revenus. Etant donné que ces derniers dépendaient des fruits de la terre pour subsister, sans la production agricole due à la sécheresse du moment, ils étaient devenus plus pauvres chaque jour. En effet, ce roman paysan s’inscrit dans un contexte particulier, celui d’une crise économique sans précédent provoquée par la politique agricole de l’état haïtien.

La terre instrument de liberté des paysans

Quoique négligée par l’Etat haïtien, ce n’est pas sans raison que, en classes primaires, les élèves étudiaient dans leur petit livre de géographie que : Haïti est un pays essentiellement agricole. Question de dire que bien avant l’exode massif, que ce soient avant, durant et après le roman Gouverneurs de la rosée, plus que la moitié de la population haïtienne s’engageait dans l’agriculture pour nourrir leur famille et produire à la fois des « plantes vivrières pour le marché intérieur ainsi qu’un certain nombre de plantes « de rapport destinées » à l’exportation. Tout en quittant leur terre, avec le départ, soit forcé ou volontaire des paysans dans d’autres zones, de pays agricole qu’il était, Haïti, de jour en jour perd sa capacité de produire.

C’était dans un moment de sécheresse dans la commune de Fonds-rouge que Manuel, le personnage principal du roman revient après des années d’absence, en Haïti, sa terre natale. Entre la décision de retourner et les sacrifices que requièrent pour unir les habitants de sa commune, ils seraient nombreux ceux qui auraient considéré ce fils de cette commune comme un messie. «Son séjour dans les plantations de canne à sucre à Cuba, lui a permis d’observer les pratiques de l’agriculture moderne. Il a compris l’irrigation et l’exploration de la source. Ses idées révolutionnaires et communistes le poussent à l’action. La haine, la vengeance entre les habitants. L’eau sera perdue. Vous avez offert des sacrifices aux loas, vous avez offert le sang de poules et des cabris pour faire tomber la pluie, ça n’a servi à rien. Parce que ce qui compte c’est le sacrifice de l’homme. C’est le sang du nègre. Va trouver la réconciliation, la réconciliation pour que la vie recommence, pour que le jour se lève sur la rosée. »

Manuel, apôtre de l’unité

Pleinement conscient des problèmes de divisions existant entre les habitants de Font-Rouge, le fils de Delira s’était, par ses actions, fait l’apôtre de l’unité. Comme d’autres régions du pays, la commune de Fond-Rouge était, elle aussi victime de la mauvaise gestion politique de l’état d’haïtien d’alors. Mises à part, tous les autres problèmes que connaissait l’agriculture du pays, les habitants de la commune de Fond-Rouge étaient, eux aussi, minés par la division. Comme l’Haïti d’aujourd’hui, les habitants de la commune de Fond-Rouge étaient incapables de s’entendre « Manuel encourage toujours le coumbite qui a un sens de collectivisation des moyens de production, sans oublier l’assemblée des Gouverneurs de la rosée : une communauté de travailleurs se proposant d’essayer de résister aux méfaits de l’oppression, de la domination bourgeoise et surtout de l’individualisme incarné dans le personnage de Hilarion : « Il n’y a qu’un seul moyen de nous sauver […] :c’est pour nous […] de refaire l’assemblée des travailleurs de la terre […] de partager notre peine et notre travail entre camarades et comrades.»

Ces derniers jours, les politiciens haïtiens prennent plaisir à répéter à longueur de journée ça-et-là dans les stations de radios que rien n’est trop grand pour sauver le pays. Mais sont-ils prêts à faire le grand dépassement personnel qu’avait fait Manuel pour sa communauté. «C’est le héros, Manuel qui va donner son sang pour la réconciliation. Son cousin Gervilien le poignarde dans l’obscurité en sortant d’une rencontre avec les gens du quartier sur la question de l’eau. Manuel maîtrise sa blessure et se traîne jusqu’à la concession familiale. Délira, sa mère et Anaïse reçoivent la consigne de se taire pour ne pas ameuter le village. Hilarion, le chef de la police locale, qui épiait la mobilité de Manuel pointe son nez à la fenêtre et notifie à la pauvre mère la convocation de son fils. Mais le héros rend l’âme au grand étonnement de la population. Le projet est maintenu et Anaïse conduit les villageois à la source qui jaillit sous l’action salvatrice de la jeunesse ! »

Les Gerviliens politiques d’aujourd’hui, vont-ils, pour leurs petits intérêts mesquins, assassiner le rêve de tout un peuple, particulièrement la jeunesse haïtienne. Comme les politiciens haïtiens sont maîtres dans le marronnage et jeu de double langage, il n’est pas toujours facile pour trouver un terrain d’entente pour pouvoir participer à un dialogue constructif pour le pays. Ce qui invite n’inspire pas toujours confiance aux invités. Dans leurs jeux macabres, si, officiellement l’invitation est faite aux autres de venir s’assoir, questions de plaire l’international, dans la foulée, leurs intentions premières, est de gagner du temps. Ce qui dans une certaine mesure retarde toujours toute mobilisation et du même coup faire souffrir le pays, particulièrement les gens les plus défavorisés.

Le marron et le marronnage

Avec des discours de dialogue, bon nombre de leaders politiques ne sont pas toujours d’accord, premièrement sur quoi et comment faire un compromis. Ils ne se sont pas toujours entendus sur bien des choses de la politique publique. L’haïtien se croit toujours malin. Donc à malin, malin et demi. Dans leurs prises de position toujours codées et empruntées du double langage et de marronnage, il y a certains qui diabolisent l’un, pendant que l’autre, dans leurs zones de confort fait tout pour ne pas rejoindre l’autre. Ce qui fait, même lorsqu’ils s’unissaient certaines fois contre le statuquo et l’international pour protester ou revendiquer certains abus et violation des droits humains, ils font que du sur place. Mac-Forel Morquette dans une autre version d’un livre appellerait ces messieurs les nouveaux Marrion, revus et corrigés.

Mis à part le double langage des leaders du pouvoir et de l’opposition face à un dialogue constructif pour sortir le pays de cette grave crise politique, il y a les acteurs internationaux et du secteur des affaires qui jouent sur la corde raide de ces récalcitrants aux visages nationalistes déguisés. Dans ce cas, à qui en profite cette division entre les leaders et dirigeants politiques d’une même nation? Messieurs du pouvoir et de l’opposition, allez, «trouver la réconciliation, la réconciliation pour que la vie recommence, pour que le jour se lève sur la rosée. » Qui est Haïti.

Comme les relations amoureuses entre Manuel et Anaïse avaient aidé, surtout après la mort du fils de Délira, à la conduite de l’eau, a-t- on besoin aujourd’hui, d’une cohabitation entre un président male et d’une femme à la tête de la Primature pour qu’enfin, le pays puisse respirer de tous ses maux sociopolitiques? Et enfin, freiner le déplacement par millier des jeunes Haïtiens vers des terres étrangères. Autant de questions qui ne peuvent pas trouver de réponse sans un dialogue sincère de tous les acteurs politiques.

Deux cent quinze ans après l’épopée de Vertières, Haïti se déstabilise. Alors que chaque jour le pays est confronté à de réels problèmes de sécurité et de crises alimentaires, les dirigeants des trois branches du pouvoir politique manipulé par l’international et le secteur des affaires font du surplace. Des actes de souveraineté nationale comme les élections dépendent aussi de l’OEA et des « amis » de la communauté internationale, particulièrement le Core Group. Haïti n’est plus le pays essentiellement agricole. Les terres sont dévastées et les productions agricoles sabotées. Comme conséquence, la survie alimentaire des Haïtiens dépend du voisin dominicain. De temps à autres, les Haïtiens risquent leurs vies sur de petits voiliers. Quant à nos jeunes, pour contourner leurs problèmes quotidiens soient ils se prostituent ou quittent le pays vers Chili, Brésil et autres pays de la région.

Inspirons-nous de l’idéal dessalinien

On savait présenter Jean Jacques Dessalines comme un extrémiste. N’en déplaise à ses détracteurs, dans l’ensemble, il était un grand rassembleur. Le fondateur de la patrie, n’avait pas seulement prêché l’unité entre tout Haïtien, mais il a aussi oeuvré pour que cette union soit répandue nationalement. «Les Haïtiens doivent vivre en symbiose et communier dans un même idéal patriotique». L’article 14 de la Constitution de 1805 stipule: « Toute acceptation de couleur parmi les enfants d’une seule et même famille, dont le chef de l’État est le père, devant nécessairement cesser, les Haïtiens ne seront désormais connus que sous la dénomination générique de noirs.»

Après l’indépendance, « l’idéal dessalinien, selon l’ancien président Leslie François Manigat, le rêve du fondateur pour sa patrie était la parfaite réconciliation entre deux classes d’hommes nés pour s’aimer, s’entraider, se secourir, mêlées enfin et confondues ensemble ». « Noirs et jaunes.... vous ne faites aujourd’hui qu’un seul tout, qu’une seule famille », leur avait-il dit un jour. Dépassant les clivages, il s’entoura de mulâtres instruits comme secrétaires : Boisrond Tonnerre, Juste Chanlatte, Alexis Dupuis, Balthazar Inginac. Il voulut même marier sa fille, Célimène, à Alexandre Pétion.»

En l’an 215 de l’indépendance, le peuple haïtien a besoin d’un acte d’amour d’un Manuel et d’une Anaïse pour sortir le pays du marasme économique. Que ce soit le pouvoir ou l’opposition, ne rencontre pas pour rencontrer. Comme il ne peut pas y avoir de dialogue sans compromis, et de dialogue sans un climat favorable, il ne peut non plus y avoir de dialogue sans le respect mutuel. Ne parlez pas de dialogue juste pour faire plaisir à l’international pendant que vos proches collaborateurs n’ont pas de respect pour les autres. Si vous invitiez quelqu’un à négocier, soyez sincère à vos convives. À travers votre démarche d’invitation, ne cherchez pas à préparer un “marché de dupe”. Car «La négociation est un art qui se travaille. Que ce soit pour conclure un contrat ou convaincre un client, il est impératif de connaître les techniques de base de la négociation afin de ne pas être déstabilisé au premier argument de votre interlocuteur et d’éviter que la discussion ne se transforme en conversation de marchands de tapis dont vous sortirez épuisé et sans signature! »

Et vous invités, si vous êtes venus, ne le faites pas pour les blancs de Washington. Car, plus que jamais, le problème d’Haïti doit être résolu par un “dialogue politique et un compromis constructif. Car tout dialogue dont les objectifs ne sont pas clairs a peu de chances d’aboutir et risque même de perdre tout son sens.»

Enfin, comme le Manuel dans Gouveneur de la Rosée revenait d’un long voyage de Cuba, la diaspora haïtienne, d’où elle se trouve, elle aussi, a sa place dans le grand rassemblement. Manuel venait de loin pour donner sa vie pour sa commune pour qu’enfin sa mère, son père, les habitants de Fonds-rouge rouges, spécialement Anaïse qui portait dans ses entrailles le futur de toute une génération, puissent à tout jamais unir pour sa communauté. Dirigeants d’Haïti, faites quelque chose, pas pour vous, mais pour le pays. Allez, « trouver la réconciliation, la réconciliation pour que la vie recommence, pour que le jour se lève sur la rosée » qui est Haïti.

Prof. Esaü Jean-Baptiste
Albany, New York



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