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Vers un nouvel ordre mondial ?

Vers un nouvel ordre mondial ?








On se posait la question, la semaine dernière, de l’opportunité de la venue de militaires russes au Venezuela. Une rumeur faisait état de la présence de S300, de mercenaires de la compagnie Wagner, etc. Mais, depuis quelques jours, cette rumeur n’en est plus une, puisque les militaires russes sont effectivement présents à Caracas, avec à leur tête le chef d’État-major adjoint de l’armée de terre russe. Les Russes sont des gens très réalistes : ils n’expédient pas ainsi, pour le seul plaisir, le numéro 2 de leur armée de terre. Donc l’affaire est très sérieuse. Ainsi, du nord au sud de l’hémisphère occidentale, certains secteurs très importants s’alarment à tort ou à raison de cette présence susceptible de créer une brèche majeure dans la doctrine de Monroe.

Comment du point de vue géopolitique, interpréter cette présence russe ? Quel intérêt l’ours russe a-t-il de venir taquiner l’aigle américain dans ce qui est traditionnellement considéré comme son arrière-cour ? En soutenant à fond le régime Maduro, Moscou ne se livre-t-elle pas à une partie d’échecs contre Washington, partie où les pièces principales se nomment Ukraine, Pays Baltes, Syrie, Turquie, etc. ? Avec cette nouvelle pièce qu’est le Venezuela sur le plateau mondial, le jeu semble sensiblement changer.

En effet jusqu’à présent, l’échiquier situait ses cases dans ce que Mc Kinder, ce grand maître de la géopolitique, appelle le Heartland (la partie terrestre du monde). Mais avec le Venezuela, les règles du jeu géopolitique global sont-elles en train d’être modifiées, car nous voyons la Russie – puissance par excellence du Heartland – semble venir jouer sur le Rimland (la frange maritime du monde). Il est vrai que les États-Unis, puissance du Rimland par excellence, ont pris l’habitude depuis 30 ans d’aller taquiner l’ours russe dans sa tanière du Hearland. Toujours est-il que l’actuel jeu de la Russie au Venezuela semble défier les règles classiques qui régissent la géopolitique.

Et, si au lieu du jeu géopolitique classique, les Russes se livraient à une autre stratégie qui s’appuie sur les règles du jeu de Go ? Jeu où les Chinois ont depuis toujours excellé ! Justement, la semaine dernière, on apprend que l’armée chinoise a aussi débarqué au Venezuela. S’agit-il encore de rumeurs ?

Les stratèges américains n’ont pas encore réagi. Ils attendent de bien comprendre la situation. Car, si cette rumeur serait fondée, l’affaire vénézuélienne devient vraiment sérieuse, pour ne pas dire grave et inquiétante. Il ne s’agira plus seulement de renverser Maduro au profit de Guaido, mais de savoir comment contrer ce coup du gambit de la reine (1) auquel se livrent Moscou et Pékin.
Les Russes n’ont pas encore, semble-t-il, vraiment commencer à sanctuariser l’espace militaire vénézuélien avec leurs S300 ou S400. Assurément, ils veulent laisser aux négociateurs de Washington le temps de comprendre la nouvelle donne qui se dessine dans leur arrière-cour. Ce ne sera ensuite que les véritables négociations s’entameront, éventuellement entre les trois grandes puissances mondiales actuelles, en vue d’un partage des richesses pétrolifères du Venezuela… et du monde.

Au lendemain de sa victoire aux élections dans son pays, Donald Trump a voulu, sous l’inspiration du Dr. Henry Kissinger, instaurer un duopole mondial entre la Russie et les États-Unis pour gérer le monde d’après 2015. Mais les néoconservateurs américains, n’ayant rien compris au jeu du stratège Kissinger, ont forcé Donald Trump à renoncer à cette stratégie, poussant ainsi Moscou dans les bras de Pékin. Dans cette affaire, les Russes sont pour ainsi dire devenus l’aile marchante de la Chine dans leur grand projet de Route de la soie. Ce projet ne concerne pas seulement l’Eurasie et l’Afrique : il recouvre aussi toute l’Amérique latine, allant de la République dominicaine au Venezuela en passant par le Brésil et le Chili.

Ce que traverse le Venezuela dépasse la politique interne de ce pays. C’est l’ensemble du système multilatéral inter-américain et latino-américain qui vole en éclats : l’OEA, le CELAC, l’Unasur, etc. Même l’ONU est dépassée. Et il y a de fortes chances que les trois grands se réunissent entre eux, non seulement pour solder dans leurs intérêts mutuels, l’affaire vénézuélienne mais aussi tous les autres grands dossiers de la planète. Peut-être est-il en train de se présenter à nous une nouvelle mouture du Nouvel Ordre mondial composé du triumvirat Washington, Moscou et Pékin.

Les néoconservateurs étasuniens auront-ils la possibilité de changer la donne, se demandent les observateurs ? On a vu comment ils ont torpillé la stratégie Russie-USA imaginée par Henri Kissinger, en forçant Donald Trump à intervenir militairement au Venezuela contre les Russes et les Chinois. Nous examinerons cette probabilité plutôt incertaine dans notre prochaine Capsule géopolitique !

Azad Belfort

N.d.l.r.

(1) Aux échecs, se dit quand on donne en appât la reine pour un avantage ultérieur indéniable.



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