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Entre le structurel et le conjoncturel, d’autres choix s’imposent

Entre le structurel et le conjoncturel, d’autres choix s’imposent








Nos choix ont une grande importance. Ils nous définissent. Ils font de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Ils déterminent notre destin. Chaque individu, chaque peuple de la terre, ne peut atteindre un niveau supérieur à la hauteur de ses choix. Incontestablement, nous sommes ce que nous sommes par rapport à la portée de nos choix.

En Haïti, nous faisons constamment des choix désastreux. Dès la fondation de ce premier État nègre libre et indépendant du monde, certains oligarques, se croyant détenir le monopole de l’intelligence, ont choisi de s’octroyer tous les privilèges d’une vie paradisiaque au milieu de la misère d’une plèbe désappointée. Depuis lors, le luxe et l’opulence côtoient la souffrance et le désespoir au quotidien. Et l’éducation à la haine se propage comme une traînée de poudre.

La peur d’un projet politique, axé sur la justice sociale et la valorisation de la dignité humaine, a porté les réactionnaires à assassiner Jean- Jacques Dessalines. Ils ne se sont pas contentés de l’élimination physique du fondateur de la patrie haïtienne. Toutes sortes de subterfuges ont été mis à contribution en vue de faire échec au projet politique dessalinien.

En effet, de 1806 à nos jours, nos gouvernements n’ont pas su adopter les mesures qui conviennent pour favoriser l’intégration des masses défavorisées. Les ressources du pays ont toujours été accaparées par une minorité de noirs et de mulâtres. De ce fait, l’unité nationale demeure une gageure. Les étrangers, particulièrement les éternels racistes, qui n’ont jamais cautionné l’affranchissement de nos ancêtres du joug monstrueux de la servitude, profitent de nos querelles intestines, de nos stupides zizanies, pour donner libre cours à leur convoitise, leur volonté inavouée de nous imposer leur tutelle.

Ainsi, l’individualisme forcené de nos élites traditionnelles et le manque de nationalisme, dont font montre la plupart de nos leaders politiques, ont prêté le flanc à la mise en veilleuse de notre souveraineté. En moins d’un siècle, l’héritage sacré, dont nous sommes les dépositaires, s’est trouvé sous la férule des États- Unis d’Amérique à plusieurs reprises. Malgré les révélations de certains journalistes, historiens et essayistes comme Dantès Bellegarde et Roger Gaillard qui, par des données vérifiables, nous montrent comment les occupants tirent parti de nos turpitudes, et que leur présence chez nous n’est profitable qu’à eux seuls, nous continuons de répéter les mêmes erreurs.

De nos jours encore, faire de la politique s’apparente à ce qu’on pourrait appeler « la guerre de tous contre tous ». On dirait que l’homme politique haïtien, vivant au 21e siècle, est dans la même situation que l’homme à l’état de nature, tel qu’il nous est présenté par Thomas Hobbes dans son Léviathan. Que ce soit du côté du pouvoir ou du côté de l’opposition, les agissements de nos compatriotes heurtent notre conscience citoyenne. De part et d’autre, la méfiance, l’orgueil et la duplicité entravent toute tentative de dialogue constructif. Aucune véritable concession n’est à l’ordre du jour. Aucune ouverture au compromis. La politique cesse d’être « l’art du possible » là où la quête de l’intérêt général est reléguée à l’arrière-plan.

Pourtant, nos ennemis de toujours n’attendent que le moment favorable pour venir nous inculquer les leçons de démocratie qu’ils n’ont jamais pu appliquer chez eux. Pour ne pas faire leur jeu, nous nous devons de nous ressaisir. Entre des pratiques biséculaires, qui nous maintiennent dans l’abjection, et notre tendance à nous acharner contre des effets conjoncturels, qui ne pourront être éradiqués que lorsque nous aurons compris la nécessité de nous attaquer aux causes profondes de nos malheurs, nous avons le devoir de faire des choix éclairés.

Choisissons donc l’inclusion au lieu de l’exclusion. Si l’on en croit les historiens, Dessalines a compris que l’avenir de notre Indépendance est lié à notre capacité de nous unir autour d’un idéal commun : la liberté et l’égalité dans un État nègre souverain. Toutefois, il ne se berçait pas d’illusions. La justice sociale était, à ses yeux, l’ingrédient indispensable à la cohésion recherchée. Nous ne saurions donc maintenir notre souveraineté sur la terre d’Haïti, si, à cause de la cupidité d’un petit groupe, la grande majorité de nos compatriotes sont marginalisés. Dessalines est donc le premier à avoir prêché l’inclusion. Parce qu’il y voyait l’essence de tout véritable pacte de gouvernabilité.

Notre « barde national », connu sous le nom d’Oswald Durand, nous a, à sa manière, montré le chemin à emprunter pour consolider notre souveraineté. Dans son célèbre « Chant national », il nous invite à adopter une « devise austère » en vue de pérenniser notre Indépendance. Aussi devrions-nous, non seulement compter sur Dieu, l’Être suprême, mais aussi nous adonner au travail dans une atmosphère où règne la liberté pour tous. Dans cette même veine, Durand insiste sur la valeur de l’ordre, du courage, de la discipline, du droit à l’égalité, pour que nous puissions vivre dans le bonheur et la fierté. Sans une telle résolution prévoit notre poète, nous n’évoluerons que dans le provisoire. Nos réalisations ne seront jamais pérennes.

« Le progrès ou la mort ! », tel doit être, de l’avis de Durand, le cri des Haïtiens qui veulent se mettre à la hauteur des héros de Vertières. C’était sa façon à lui de nous faire comprendre que d’autres exploits sont encore à notre portée. Un autre miracle nègre peut se rééditer chez nous, dans la mesure où nos choix politiques traduisent clairement notre volonté de permettre à tous nos concitoyens de vivre conformément aux droits inhérents à leur nature d’êtres humains.

D’où la nécessité de rompre avec nos pratiques politiques perverses. De dire non à la corruption sous toutes ses formes. Car, de 1804 à nos jours, la corruption apparaît comme la racine de toutes nos calamités. Elle est la cause profonde des inégalités criantes, qui nous empêchent de vivre dans la concorde.

Choisissons d’oeuvrer pour la restauration de l’autorité de l’État. Éduquons le peuple pour qu’il ait une conception claire de la gestion de la chose publique. Ne permettons plus à des aventuriers sans foi ni loi de faire leurs premières armes politiques dans les sphères les plus élevées des institutions républicaines. Optons donc pour le droit, la morale, la compétence et l’excellence.

«Sans quoi, tout devient éphémère ;
Pas d’ordre et pas d’égalité !
Pour fouler, heureux, cette terre
Il nous faut la devise austère :
« Dieu ! le travail ! la liberté »
(Oswald Durand, Chant national)

Me Marc-Sony CHARLES
Avocat au Barreau de Port-au-Prince
Théologien-Politologue
Professeur de Lettres et de Philosophie
Tél. 37923399/43038397
Email :marcsonycharles@ gmail.com



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