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La migration mondialisée et les axes migratoires

La migration mondialisée et les axes migratoires








Le début du 21e et la mondialisation ont largement contribué à l’essor de la migration internationale. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où les mouvements de personne et de population se produisent à l’échelle planétaire impliquant, désormais, tous les pays du monde dans des trajectoires pluridirectionnelles. En effet, les migrations internationales concernent plus de 200 millions de personnes, soit près de 3% de la population mondiale et impliquent des glissements importants en ce qui concerne la trajectoire des flux, le profil des migrants ou encore de nouvelles catégories dans la typologie des pays, de départ, d’accueil et de transit. « La migration appartient […] à l’espace mondial devenu interdépendant et témoigne de la mobilité grandissante des personnes… Bertrand Badie et Co. 2008, Pour un autre regard sur les migrations, éd. La découverte, Paris». Il convient également d’associer à la mondialisation des flux, la baisse du coût des transports, le rôle des médias et le processus de généralisation de la délivrance des passeports donnant ainsi la liberté de mouvement aux individus à l’échelle mondiale. Jamais comme avant, les frontières et la souveraineté des nations ont été aussi mis à l’épreuve. Jamais comme avant, la migration a été aussi globalisante jusqu’à basculer les débats géopolitiques.

La mondialisation et la globalisation des flux coïncident paradoxalement à une forme de régionalisation du phénomène conduisant à la création de pôles migratoires ou de ce que Catherine Wihtol de Wenden appelle un « Système complexe » autour de régions (…À L’échelle mondiale, les migrations s’organisent géographiquement en systèmes complexes autour d’une même région où des complémentarités se construisent entre zones de départ et d’accueil ). La séparation du monde en des axes migrations Sud/Nord, Nord/Sud, Sud/Sud et Nord/Nord est à l’origine de la création de nouveaux pôles de départ, d’accueil et de transit pour des flux migratoires de plus en plus intenses ayant recours à des catégories linguistiques, culturelles, géographique et historiques qui tendent à orienter la destination des migrants.

Il en va ainsi de la région de l’Amérique du nord (Canada, États-Unis) qui accueille des contingents venus de l’Amérique latine, centrale et des Caraïbes (Mexique, Haïti, République Dominicaine, Honduras). « Les États- Unis comptent aujourd’hui sur leur sol 40 millions de personnes nées à l’étranger… Catherine Wihtol de Wenden, 2013: la question migratoire au XXIe siècle, p34, sciences Pro. » L’Europe et ses 30 millions d’étrangers reçoit des migrants venus des pays de la rive sud et orientale de la méditerranée et de l’Afrique subsaharienne. Tandis que l’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Chili) et le monde russe reçoivent des flux venus respectivement des pays andins/centres américain (Bolivie, Pérou, Équateur, Colombie, Salvador, Honduras), et de l’Ouzbékistan, du Kazakhstan et de la Tadjikistan.

Ces mouvements centripètes, c’est-à-dire d’une périphérie vers le centre, mettent en évidence le déséquilibre entre les pays d’accueil attirés pour leur niveau de développement économique et humain et les pays de départ tenaillés par des facteurs répulsifs d’ordre politique, économique et social. Cela rend compte de la création du plus important axe migratoire Sud/Nord à l’intérieur duquel s’opère la circulation d’environ 62 millions de personnes. En effet, la migration des populations des pays du Sud vers ceux du Nord constitue un axe migratoire classique fortement supporté par l’industrialisation et la mondialisation dans le cadre des migrations de service et de travail vers les grandes villes industrielles pour lesquelles ces migrants du Sud constituent une armée de réserve en matière de main d’oeuvre à bon marché. Cet axe comprend le mouvement récent des demandeurs d’asiles et des réfugiés de plus en plus poussés par des crises politiques (guerres, conflits), devenant ainsi un sujet gênant pour la plupart des pays du Nord qui tendent à fermer leurs frontières et durcir les mécanismes d’entrer. Cela dit, la crise migratoire récente que connait l’Union Européenne (UE), notamment l’Italie, la Grèce, l’Espagne et le Malte témoignent de l’incapacité des États membres de EU à harmoniser leur politique migratoire dans l’objectif de colmater les flux venus des pays de la méditerranée et de l’Afrique subsaharienne. L’on calcule qu’en novembre 2015, environ 800 000 migrants et réfugiés sont arrivés en Europe à travers la mer. (Angeliki Dimitriadi, 2015/2016, L’Europe face aux réfugiés, AFKAR/IDÉES, Hiver). Dans ce contexte, la migration tend à se constituer en une réponse aux inégalités mondiales grandissantes.

Par ailleurs, la mondialisation des flux ne fait pas qu’accentuer les mouvements au sein de l’axe Sud/Nord, elle agit également en renforçant le couloir Nord/Sud l’un des tout premiers du moderne, caractérisé par le mouvement de personnes des pays du Nord vers ceux du Sud. Cet axe peut être considéré comme un prolongement du tourisme international impliquant des migrations de retraites. Cela concerne notamment le mouvement de Canadiens et Américains vers les Caraïbes ou encore l’émergence du « British land » dans le sud de la France. Cet axe migratoire implique à peu près 14 millions de personnes et peut être expliqué par diverses raisons soit pour explorer des débouchés économiques sur le marché mondial ou encore renouer avec son pays d’origine dans le cas de la diaspora.

Il est inévitable de signaler l’émergence d’une importante trajectoire migratoire Sud/Sud en raison de son nombre (61 millions) et du volume potentiel des rapatriements de fond vers les pays d’origine. Cette migration Sud/Sud revêt d’une grande importance économique, mais demeure insuffisamment étudiée à cause du blocage crée par la prévalence de l’axe Sud/Nord, dont les débats politiques et la recherche accordent un intérêt quasi exclusif. Ajouté à cela, la faiblesse des données trop souvent infidèles. L’axe Sud/Sud est largement emprunté par les migrants allant de la fédération de Russie vers l’Ukraine vice versa, du Bangladesh vers l’Inde et de l’Afghanistan vers le Pakistan et l’Iran. De même, cette dynamique rend compte de la mobilité entre les pays de la caraïbes dont il faut appréhender avec la recherche de nouvelles opportunités économiques et sociales et les stratégies de passage par le transite. Il y a les nombreux cas d’Haïtiens qui vont aux Bahamas, aux Antilles Françaises et très récemment au Brésil et au chili (Plus de 100 00 haïtiens sont arrivés au chili l’an dernier, dans l’espoir d’une vie meilleure, Laurie Fachaux, TV5MONDE avril 2018). Sur ce, nous insistons également sur la nécessité d’entreprendre des recherches sur Haïti qui accueil, principalement dans la zone de maïs gâté banlieue de Port-au-Prince, un contingent de migrants Cubains dont le flux s’est considérablement accentué ces dernières années. Il faut croire que désormais, la mondialisation des flux vient de casser la logique exclusive de pays de départ et d’accueil.

La migration mondialisée se rapport également au déplacement du Nord vers le Nord s’élevant à environ 50 millions de personnes. On pense aux allemands qui vont aux États-Unis, aux habitants du Royaume uni qui vont vers l’Australie et des Canadiens, Coréens qui optent pour les États-Unis. Tous ces mouvements doivent être compris dans une dynamique inversée.

La migration mondialisée devient un véritable concert invitant les pays de la planète dans une danse devenue presqu’incontrôlable pour les autorités concernées. On était loin de croire que cette réalité sociale qui représentait une manne économique pour les européens au XVe siècle allait devenir aujourd’hui un sérieux casse-tête pour les décideurs. Aujourd’hui, la migration connait une crise sans précédent caractérisée par sa force et sa capacité de tout embarquer dans sa cause. La migratoire internationale au XXIe siècle met en évidence l’aspect mondialisé des mouvements de personne et de population imbriqués dans des politiques qui vont dans la plus grande contradiction les unes contre les autres et qui ne font qu’y apporter des réponses peu convaincantes. On constate depuis le siècle dernier l’incapacité des pays de l’Europe à s’organiser autour d’une gestion commune des flux migratoires, ce en dépit des tournants significatifs que connait le phénomène jusqu’au cours du XXIe siècle. Toutefois, dès 2000, le système des Nations Unies à travers son ancien Secrétaire général, Kofi Annan, a saisi le thème de la migration pour occuper une place non négligeable dans l’agenda onusien. Mais, c’était sans compter sur les rivalités, la cacophonie et l’éclatement entre les Nations et les organismes internationaux autour du traitement multilatéral de la question. « Il est même à craindre que la question devienne à terme un instrument d’affirmation et de compétition entre les mains des agences spécialisées, reconstruit à souhait en fonction des intérêts propres à chacune, Bertrand Badie et Co. 2008, p15. »

Un monde en pleine crise migratoire, où le profil des migrants tend à se flexibiliser de migrants transnationaux en migrants de travail et de réfugiés en demandeurs d’asile, tandis que persiste un flou par rapport au statut des pays qui varient entre le départ, le transit et l’arriver, nécessite des réponses conjointes et coordonnées dans une perspective de Gouvernance Mondiale. Aujourd’hui, les migrants ne fuient pas seulement la guerre et les conflits qu’on leur a fait subir, c’est en effet des milliers de personnes qui vont chercher de l’abri et le mieux être dans des pays qu’ils considèrent impliquer dans le délabrement économique, politique, social et environnemental de leur terre d’origine. Désormais, aucun pays n’est à l’abri des flux, qu’il s’agisse de ceux du Nord ou du Sud et le renforcement des frontières et de la sécurité nationale ne pourront en rien mettre un terme au besoin de déplacement et de perspectives des populations, en effet, ces stratégies ne feront que leur ouvrir la possibilité à d’autres alternatives.

Charles xx Estimé

Anthropo-sociologue, spécialiste en migration et représentations sociales Boston, MA, États-Unis Avril 2019



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