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Le temps est à la laïcité !

Le temps est à la laïcité !








Parler d'une société d'athées évoque de manière générale deux grandes lignes d'idée dans la tête de ceux et celles qui se précipitent sur la lecture de cet article dont le titre déjà semble produire la même atmosphère d'esprit que si l'on venait d'apprendre qu’une nation étrangère vient de nous déclarer la guerre, pire, de nous envahir (suivez mon regard ! ).

Le premier ordre d'idée, plutôt flou, vient du fait de l'imprécision, de l'ambiguïté dont est frappé le lecteur quant au sens à donner à un tel libellé. Faudra-il penser à la volonté fondationnelle d'une structure, d'une association qui se voudrait athée comme peuvent l'être d'autres organisations qui se sont insérées dans la panoplie institutionnelle du pays, donnant du coup une configuration matérielle à leur cause ou, au contraire s'agira-t-il de l'interpréter comme une volonté manifeste voire un désir provocateur de transformer complètement la société haïtienne afin qu'elle devienne, à l'instar de beaucoup d'autres dans l'histoire contemporaine, franchement athée ?

La seconde manche, intimement liée à la précédente par un certain type de jeux de miroirs repoussants, se déniche plutôt du côté de ceux et celles qui, historiquement et universellement informés de l'essence crue/nue de la religion, en tant que construction sociale recherchant la paix, l'amour et la fraternité (en principe seulement) entre les hommes, mais qui se changent en instrument de pouvoir et de domination au service de ceux qui se sont érigés en tant qu'absolus “médiateurs” de l'Absolu, se demandent si une société d'athées n'est pas en définitive l'acte le plus ultimement courageux pour dire NON à l'inacceptable ?

Bien qu'elles soient énoncées sous une forme interrogeante, ces deux idées sont loin de laisser se reposer tranquillement l'homo-haïtiannis pour qui rien ne semble plus aller de soi, plus naturellement admise, tant pour les "natifs natal" que pour la quasi-totalité des visiteurs d'Haïti que l'idée selon laquelle ce coin de terre est depuis toujours (et peut-être pour toujours) habitée, possédée, subjuguée par des dieux venus d'horizons les plus divers ; ceux de la chrétienté transportant dans le Nouveau Monde sa "barbarie civilisée", suivie de son long chapelet de maladies vénériennes, de vols, de viols et de massacres d'êtres humains qui pourtant ne leur tendaient qu'une bienveillante main ou encore ceux des déités africaines, enchaînées, muselées, battues et combattues dans la tête et dans le corps des dizaines de milliers d'hommes, de femmes, d'enfants et de vieillards pour ne se réveiller, selon la vulgate, que dans la nuit du 21 au 22 août 1791.

Haïti , terre des hommes, terre des dieux. Haïti, terre des hommes-dieux !

Ni Soutane ni Tablier

Dans la salle de ce grand festin mystique pour lequel il y a eu très peu d'appelés pour beaucoup d'élus, où les danseurs tellement fiers d'eux s'avancent même pas masqués,aucune invitation, aucune place à priori n'est faite à ceux et celles qui seraient tentés de jouer les troubles-fêtes, à ceux et celles qui d'abord observent, interrogent, analysent, évaluent la consistance des affirmations, notamment les énoncés que les croyants acceptent comme vrais (d'ailleurs telle est la définition même du croyant), ceux et celles qui, par une attitude intellectuelle, n'acceptent pour vraie ou réelle aucune idée ou proposition en dehors d'un scrupuleux examen au moyen de la raison, sans se la soumettre à l'épreuve d'étapes démonstratives, à ceux et celles qui osent dire haut et fort que "l'homme peut compter sur ces propres forces, que les invocations surnaturelles ne sont en définitive que des illusions, des supercheries dont l'humanité doit se débarrasser pour assumer pleinement son existence, son autonomie, son indépendance,voire sa solitude. Aucune place n'est faite à ceux et celles, pour le dire en des termes similaires, qui refusent de se draper dans les habits de noces de la religion, de la superstition pour entrer dans la danse macabre menée par les mystiques de tout poil, rythmée par les cadences décadentes de la "foule des agenouillistes".

Le cri du Père

"Et ceux dont les pères ne s'agenouillent jamais, n'auront-ils donc rien ? "

Ce cri, modifié de peu, que l'historiographie officielle a qualifié de dessalinien, est aujourd'hui légitiment celui que la Société des Athées d'Haïti (SADH) s'approprie pour lancer à qui veut bien l'entendre, c'est-à-dire à tous et à toutes, dans l'idée de plaider en faveur d'une "émancipation des sujets par rapport aux disciplines et carcans religieux, donc liberté ;d'une mise à distance, au sein de l’espace public, de toutes les appartenances spirituelles ou communautaires, donc égalité et d'une construction d’un espace citoyen où hommes et femmes communient quelles que soient leurs croyances et leur foi, donc fraternité",car si pour le Père de la Patrie, Jean Jacques Dessalines, les butins de guerres, durement arrachés des mains des forces napoléoniennes, devaient être l'objet d'un partage équitable, il n'en demeure pas moins, il est même souhaitable qu'une ré-appropriation puisse en être faite pour d'autres raisons, pour d'autres causes.

Athées d'Haïti réveillez-vous !

Nombreuses sont en effet les personnes qui doutent, qui questionnent, qui interrogent, nombreux sont les gens qui refusent de se laisser utiliser par les créatures des religions, des mythes pour étouffer la soif d'explorer, de comprendre,d'expliquer le monde et les choses par les schèmes d'une raison adéquate.

La Société des Athées d'Haïti, jeune, mais déterminée, par des actes concrets, entend donner force et forme à ce que la théologienne haïtienne, Caroline Hypolyte, devenue athée, appelle dans son ouvrage paru en 2014 "des voix inaudibles" (Still Small Voices), voix pour lesquelles seul un monde de laïcité, sécularisé, seul un monde qui offre la possibilité de reconfigurer l'espace public, dans l'expression d'une diversité d'opinions, de points de vue; seule une "société diversalisée" pour utiliser un concept cher à Édouard Glissant, est à même de favoriser l'épanouissent de la communauté, aussi petite,aussi minoritaire qu'elle soit, de l'individu, assurant par là sa sécurité physique, reconnaissant sa liberté de penser, d'agir et de fonder enfin une Société d'Athées !

Ismael (de) Kerby



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