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Le chaos port-au-princien : la menace au développement d’Haïti

Le chaos port-au-princien : la menace au développement d’Haïti








Il est dorénavant acquis que l’appétit gargantuesque de la petite clique port-au-princienne pour le pouvoir n’a aucune limite dans l’indécence, toujours à un coup d’État près, pour protéger ses intérêts. Le climat de violence et de désordre installé sur la région de Port-au-Prince depuis la chute de la dictature tourne au profit exclusif de ce petit groupe auquel s’invitent épisodiquement, au gré des changements violents de régime, quelques barons de province, plongeant du coup le reste du pays dans la tourmente et la gêne.

La violence aveugle des 6 et 7 juillet 2018, reparue le 7 février 2019, sous la forme adoucie de « pays lock », est un cran supérieur dans l’échelle de la destruction d’un peuple par ses propres fils. Même un pays vaincu par une armée ennemie n’aurait connu autant de dégâts que la région de Port-au-Prince ni la population civile exposée à autant de souffrances; des pères et des mères de famille assiégés, manquant de tout, jusqu’à l’eau courante, même pas potable, au nom de la protection de certains intérêts et d’une rhétorique nationaliste et haineuse.

La haine de Jovenel Moise ou de tout autre président soupçonné par la clique commercialo-politicienne de Port-Au-Prince d’atteinte à ses intérêts devient caricaturale, à la limite grotesque. Ces messieurs font commerce de la violence et vivent aussi de ses produits dérivés; la plupart d’entre eux étant propriétaires d’agences de sécurité, donc savent instrumentaliser la violence pour effrayer une population qui ne demande qu’à vivre et en paix. Le blocage de la capitale est présenté sous le label de « pays lock », car dans leur tête le pays se résume à ce qui reste du centre-ville qu’étrangle une colonne de bidonvilles, ces bantoustans tenus en laisse par politiciens, chefs d’OP et certains importateurs. Car il faut bien le constater pendant que Port-au- Prince brulait, le pays réel était assez calme, hormis quelques escarmouches ici et là activées à distance une fois les « bases » ravitaillées.

La démocratie ne peut se passer d’opposition. Une opposition républicaine, démocratique, respectueuse des institutions et des lois de la république. Notre position n’est pas dirigée contre la personne des principales figures de l’opposition radicale et nous n’éprouvons ni animosité ni haine personnelle à leur endroit. Il nous arrive même d’applaudir au zèle du sénateur Latortue qui fait presqu’une affaire personnelle son combat pour faire la lumière sur la dilapidation d’une partie des fonds Petrocaribe. Nous reconnaissons leur plein droit d’exprimer leur opposition au pouvoir en place. Nous dénonçons plutôt leur obsession de vouloir prendre le pouvoir par le déchoucage des autorités légitimes. À ces personnes qui tiennent le pays en haleine par leur haine de la république et des institutions républicaines, qui s’érigent depuis leur QG de Port-au-Prince, en défenseurs de la souveraineté nationale, nous n’osons même pas ces questions fondamentales pour le devenir d’Haïti : le dollar américain qui pilonne inlassablement la gourde en prenant une ou deux unités monétaires nationales par jour; la décomposition de l’école haïtienne et de l’université; la bidonvilisation ou la ruralisation de nos villes; l’écologie et l’environnement effondrés du pays, la conservation de nos monuments historiques, la destruction des bassins versants; la dévitalisation des régions; le déficit démocratique et commercial, l’affaiblissement des institutions nationales; la décentralisation... Quelles sont les politiques publiques pour contrer le sous-emploi chronique, la précarité et l’exclusion sociale? Comment ramener l’inflation à un seul chiffre, faciliter les investissements de la diaspora et surtout comment retourner aux tentatives de l’administration précédente de remettre le pays sur la carte internationale ? Notre questionnement est tout aussi valable pour l’opposition dite démocratique et républicaine qui nous a donné bien des maux de tête au regard de sa position ambiguë, envoyant des signaux contradictoires donnant tantôt l’impression de s’attacher à la légalité constitutionnelle ou d’être à la remorque des opposants radicaux.

Il est évident que ni l’opposition radicale ni celle dite républicaine et démocratique ne répondront; car n’ayant jamais été exposées à ce genre de questionnaire comme on le voit dans les pays où s’exerce une presse libre et respectueuse du droit des citoyens à une information équilibrée et de qualité. La réponse à ces questions aurait pu nous renseigner sur le sérieux de leurs prétentions à diriger. On prend le pouvoir et on verra. Pire, même rassemblés, ils sont incapables de se mettre d’accord sur une solution acceptable, une seule? Au contraire, leur réunion est un vrai pandémonium, se terminant toujours par des accusations acrimonieuses et invectives les plus virulentes les uns envers les autres? Donc, on n’a pas en face de soi une classe politique ayant une certaine compréhension de la problématique haïtienne et qui expose sa pédagogie visant d’abord à apaiser les peurs qu’inspirent leurs méthodes de prise du pouvoir. Les suppliciés de la capitale n’ont eu droit néanmoins à une trêve qu’à la faveur d’un geste d’un des militants qui se serait trompé de mot d’ordre en mettant le feu au drapeau américain. On peut bruler le drapeau national, le profaner en le remplaçant par le noir et rouge, le symbole le plus en vue de la macabre dictature duvaliériste, détruire les biens des autres, incendier les bureaux et marchés publics, décapitaliser les petits commerçants. Tout va très bien, madame la Marquise. Ce n’est après tout qu’un tout petit rien. Le peuple, disons, a toujours raison de tout détruire, même la ville qu’il habite. Voyons. Mais s’agissant du drapeau étoilé, c’est une tout autre histoire. Sans qu’on le leur demande, ils se sont confondus en excuses empressées, trémolos dans la voix, les yeux exorbités par la peur des représailles de l’ambassade. On ne va se faire barrer pour si peu.

Comment peut-on compter sur ces gens-là pour défendre les intérêts d’Haïti et ceux de tous les Haïtiens? Il y a devant ce peuple une classe politico-économique dont le réservoir de conscience civique et de patriotisme est à zéro depuis longtemps et leur humanité périmée sans possibilité de recyclage.

Le pouvoir en place a aussi sa responsabilité dans la dégradation de la situation générale du pays, incapable de faire respecter à une société de hors-la-loi, les lois de la république. Le président Jovenel a échoué par son manque de courage à prendre de grandes décisions, impopulaires au départ, mais qui auront la vertu de faire bouger les choses. Passons sur son manque d’ardeurs et de volonté à combattre la corruption dans les ministères, la primature, le palais national, le parlement, les douanes, la frontière... Nous nous contentons de soulever deux mauvaises décisions qu’il a prises sur le plan diplomatique qui nous ont plongés dans la honte et le déshonneur : le coup de poing qu’il a asséné à nos relations avec le Venezuela, obligé sur la promesse d’une hypothétique aide américaine d’abandonner une nation, un pays que nous avons porté sur les fonts baptismaux, qui doit son indépendance à notre générosité agissante. Édmond Bocchite, le chancelier haïtien qui ne semble pas connaitre notre histoire et notre combat contre le colonialisme, l’esclavage, pour l’autodétermination des peuples; ou tout simplement parce qu’il se sentirait confortable dans son rôle de Nègre de service des intérêts du gouvernement américain, n’a pas prévenu son président de l’absurdité de sa décision qui allait nous attirer l’opprobre de la communauté internationale. Quelle tristesse de voir le président Jovenel qui se bat contre l’opposition radicale pour garder son pouvoir légitime, issu des élections, tourner le dos à un président légitime, issu comme lui des élections démocratiques, pour embrasser un jeune putschiste vénézuélien, devenu soudainement le Latino préféré de Donald Trump, le seul auquel le président états-unien semble trouver quelque qualité.

Notre chancelier a été tout aussi incapable, lors du Sommet de la francophonie, à Erevan, en Arménie, de prendre la mesure du rôle qu’avait joué la république d’Haïti pour faire rayonner la langue française dans les relations internationales. Ce jour-là, M. Bochite, dans le rôle qui le sied bien, avait versé un seau d’eau sale sur Michaelle Jean, la Secrétaire générale sortante, une enfant du pays, lorsqu’il rallia un certain consensus africain autour de la nomination de la Rwandaise, ressortissante d’un pays dirigé d’une main de fer depuis plus de vingt ans par Paul Kagamé. Comble de la bêtise, le chancelier avait justifié la lâcheté de sa position en évoquant l’origine africaine des Haïtiens. Haïti, avait-il dit, en tant que pays africain en Amérique a exprimé un vote conforme à son origine et son identité. Sacrifier sa fille pour s’attirer les bonnes grâces d’un dieu est un acte jamais connu dans l’histoire de l’humanité, sauf dans la tragédie grecque, dans les oeuvres des grands tragédiens de la Grèce présocratique. Michaelle Jean a été sacrifiée par son pays d’origine, ainsi que le fut Iphigénie par son propre père, le roi Agamemnon, qui l’offrit en sacrifice pour s’attirer la protection des dieux avant le déclenchement de la guerre de Troie.

C’est dire que notre position n’est pas un soutien à Jovenel qui nous a aussi déçus. Notre différence avec l’opposition radicale se trouve dans cette forme d’allergie sévère que nous développons envers toute interruption de régime démocratique par des moyens antidémocratiques. La constitution trace clairement la procédure pour se défaire d’un président : par les élections ou par sa mise en accusation dans les chambres. Si son bilan de mi-mandat est mitigé, il peut tout de même se reprendre en faisant preuve de courage et de fermeté pour arrêter le gaspillage des deniers publics à travers des contrats désavantageux pour l’État. Son projet-phare, dénommé Caravane du changement, n’est pas mauvais en soi, il permet de conduire de grands travaux d’infrastructures en dehors de la république, de Port-au-Prince, les tout premiers depuis les administrations de Dumarsais Estimé et de Paul Magloire.

Le président se doit de mettre tout son poids dans la balance pour faire accepter à cette société ce qu’elle a toujours refusé : la modernisation, la transformation de ses structures sociales et l’institutionnalisation de la société par des réformes paisibles et patientes. Il nous faut lancer le message aux pays dits « amis » qui dans leur rôle séculier de donneurs de leçon imposent la solution magique du dialogue permanent entre un gouvernement élu avec un programme et des opposants qui refusent d’entendre la première lettre de cedit mot. À vouloir calmer les radicaux en les confiant des postes ministériels et des directions générales, alors qu’ils détiennent une très faible représentation aux chambres et quelque fois rien du tout, est une façon grotesque de récompenser la violence et d’anoblir la bêtise. En France, Emmanuel Macron, empêtré dans une contestation populaire endurcie par le refus systématique de l’aile radicale des gilets jaunes, proche de l’extrême droite, n’a pas reçu de ses pays-amis, le même conseil de la sempiternelle formation d’un gouvernement de coalition incluant tous, y compris les radicaux. Les institutions françaises y veillent et l’opinion publique française de même que l’opposition républicaine savent ce qu’il faut à un parti politique, quel qu’il soit, pour intégrer un gouvernement.

Nous souhaitons aux Haïtiens la même compréhension de nos institutions et que Port-au- Prince se doit de jouer son rôle de capitale de la République d’Haïti et non celui, par ses désordres répétés, de fossoyeur de la démocratie haïtienne et du développement d’Haïti.

G e s l e r Jean-Gilles
Félix Marré



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