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Haïti ou la démocratie de la violence

Haïti ou la démocratie de la violence








La démocratie est censée être le pouvoir du peuple. Elle est caractérisée par l’alternance politique qui veut que les femmes et hommes au pouvoir se succèdent conformément aux verdicts des urnes. Justement dans le cas d’Haïti, les chefs de gang; les bandits de tout acabit sont très présents dans le verdict des urnes. Mieux, dans tout le processus électoral. D’abord il faut passer par eux pour aller faire campagne dans les zones dites de non-droit. Ensuite ils sont engagés et armés par certains candidats ou partisans zélés le jour du scrutin pour qu’ils fassent manu military le bourrage des urnes. Et après les résultats ils sont protégés par leurs patrons politiques au pouvoir.

Dans le cadre des entretiens pour mon mémoire de licence en science politique sur le monnayage électoral; j’ai questionné un ancien bandit qui m’a avoué que des fois la récompense réclamée par un bandit est l’immunité pour ne pas être arrêté malgré ses méfaits. Il n’exige d’un candidat ni argent ni emploi, ni rien de pareil. Sinon qu’il est relâché s’il est appréhendé par les forces de l’ordre. Donc, ne soyez pas surpris par l’insécurité.

Lorsque j’étais interprète à la MINUSTAH, un soir j’étais bloqué à Terrier Rouge dans le nord-Est avec des policiers onusiens en support à la police haïtienne. Des bandits semaient la terreur dans la ville. Je me suis faufilé dans un groupe de passants pour aller passer la nuit chez des amis. En chemin j’ai vu des hommes en armes qui proféraient des menaces à l’endroit de simples citoyens de la ville. Je suis retourné au commissariat raconter aux policiers ce que j’avais entendu et décris les types armés. Ils m’ont répondu que ce sont les agents de sécurité d’un sénateur en fonction; qu’ils sont des intouchables.


Un ami m’a raconté qu’il allait se porter candidat pour la 3e circonscription de Port-au-Prince et que dans ce cadre-là il a été amené à voir Bourgogne et d’autres bandits. Pour commencer, le CHEF lui a exigé la somme de 100.000 gourdes pour qu’il puisse faire campagne. Mais après maintes réflexions il a laissé tomber; ne voulant pas coopérer avec les bandits.

À croire Gary Bodeau, président en fonction de la chambre des députés au micro de Marie-Lucie Bonhomme sur Vision 2000; le matin du lundi 6 mai 2019; personne ne devrait s’étonner que le sénateur en fonction Garcia Delva soit en communication avec le chef de gang Arnel Joseph. Car tout le monde parle avec des bandits. Ils ont même des fondations qui vont chercher des fonds au Parlement ou à la Primature, poursuit l’élu de Delmas. Il y en a qui sont sur les payroll de chefs d’entreprises contraints de garantir ainsi la sécurité de leurs business, informe-t-il. Surtout dans des zones à risque.

Ces derniers temps, Haïti vient de franchir un palier: LES BANDITS SONT INVITÉS À PARLER À LA RADIO. En temps normal, un bandit est questionné par la police. On n’entend jamais sa voix. Si jamais on voit son visage, c’est sur une affiche marquée UNTEL UNTEL RECHERCHÉ par la police. Aujourd’hui ils ont le même temps de parole que n’importe quel expert ou personnalité publique. Ils ont des admirateurs. Et c’est devenu normal.

Haïti est l’un des rares pays sur la planète où des personnages publics posent avec des bandits, sans gêne en plus.


La violence aujourd’hui fait partie de l’ADN de la démocratie haïtienne. C’est un vecteur incontournable dans la prise et la maintenance du pouvoir. Pas seulement pouvoir politique; mais aussi pouvoir économique.

Sauf que personne ne sait contre qui cette violence peut tourner. Ni quand. Ni comment. Ni à quel prix. Nous sommes en train de construire notre propre monstre.

Car dans le fond, la violence est anti-démocratique. La distribution d’armes illégales est en essence anti-institutionnelle. Le copinage entre élus et gangs armés est une entrave à la paix et la stabilité politique. Et la paix promise par des bandits à des entreprises est une bombe à retardement qui peut nous exploser en plein visage n’importe quand.

Cette démocratie de la violence est un train qui roule à toute allure sur le rail de l’autodestruction. De deux choses l’une: ou bien on l’arrête comme des gens responsables et on a la vie sauve; ou bien on continue à chercher des excuses stupides et on périt tous.

N’ayez pas l’air surpris quand cela arrive. Car le compte à rebours a commencé.

Junior Mesamours,
Entrepreneur.



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