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Les mesures de l’état d’urgence économique, quels résultats plus de trois mois après ?

Les mesures de l’état d’urgence économique, quels résultats plus de trois mois après ?








« La population fait face à une misère insupportable », a déclaré le président Jovenel Moïse lors de son conseil spécial des ministres tenu en urgence, le 5 février 2019, pour annoncer des mesures pressantes d’austérité visant à diminuer le train de vie de l’État au bénéfice de la population qui fait face à une misère chronique. Déjà enflammée auparavant, la situation des prix des produits de première nécessité a empiré avec les manifestations populaires de février 2019 qui ont bloqué le pays pendant deux semaines. En vue d’apporter une réponse à cette situation de misère et d’extrême pauvreté, le gouvernement de la République a décrété l’état d’urgence économique sur tout le territoire.

Plus de trois mois après l’annonce de ce train de mesures par les deux branches de l’Exécutif, les prix des produits de première nécessité n’ont pas fléchi sur le marché. Après les événements « peyi lòk » au début du mois de février, la pénurie des produits pétroliers en début d’avril envenime encore l’instabilité des prix. Ils grimpent sans cesse. Les dispositions gouvernementales – pour faire baisser les prix, notamment le riz, l’un des produits les plus utilisés dans la gastronomie haïtienne – n’ont pas atterri.

Dans une petite enquête menée au marché public de Delmas 32, le panorama suivant s’offre à nous : la livre de riz se vend entre 50 et 60 gourdes; celle du maïs, de la farine et du sucre se procure à 50 gourdes ; le petit mil à 75 gourdes ; la même unité d’haricot revient entre 100 à 125 gourdes selon la variété, le galon d’huile de cuisine se monte à 550 gourdes. Même cas de figure pour les vivres alimentaires, les fruits et les légumes : banane, patate, manioc, aubergine, mirliton, carotte, orange, chadèque, citron, mangue francique… on trouve un lot de 3 ou 4 unités de chacun de ces produits au prix de 50 ou 100 gourdes selon la grosseur du produit en question.

Des agriculteurs de l’Artibonite continuent à dénoncer cet accord du pouvoir avec des importateurs de riz du secteur privé pour subventionner le prix du produit sur le marché, au lieu d’investir dans l’agriculture pour faire augmenter la production dans le pays. Selon eux, ce pacte vise à détruire la production agricole nationale au profit de celle de l’étranger.

Malgré les mesures annoncées par le gouvernement, résoudre le problème de la pauvreté en Haïti n’est pas pour demain. Selon le ministre de l’Économie et des Finances du gouvernement démissionnaire Ronald Décembre, le déficit budgétaire a déjà atteint plus de 10 milliards de gourdes pour le premier trimestre de l’année fiscale. Le dollar américain frôle la barre de 90 gourdes. D’après le dernier rapport de l’IHSI pour le mois de février 2019, l’inflation a atteint un record de 17%. Cette situation met à nu l’état lamentable d’Haïti qui fait face à un désastre économique. Dans la foulée, les luttes intestines entre le président Jovenel Moïse et le PM Jean Henri Céant ont aggravé la situation. Ce qui lui a valu son poste dans un scénario à la chambre basse le 18 mars 2019.

Le contraste, contrairement à ces mesures gouvernementales, plus de trois mois après, l’Etat continue à vivre, à augmenter son opulence et à privilégier les officiels, sans penser au peuple qui végète encore dans sa misère quotidiennement. À bien regarder, ces politiciens se servent du peuple, pour s’emparer du pouvoir, mais une fois élus, ils l’oublient comme leur première casaque au profit de leurs intérêts mesquins. Les faits sont patents. Le vote sans appel des 93 députés qui ont révoqué Jean Henri Céant. Alors que, depuis l’ouverture de la session parlementaire jusqu’à cet exploit intéressé, ces députés n’ont pu réaliser aucune séance.

Les manifestations populaires se sont enchaînées à un rythme insoutenable. 6, 7 juillet, 17 octobre, 18 novembre 2018. Partout les cris montent : le départ de l’homme de la banane. Le 7, 8, 9, 10 février 2019, la tension est extrême. Les mêmes revendications reviennent avec plus de force. Le peuple qui arpente les rues prend conscience qu’il est « banann ». Tout se détériore. Tout se dégrade sous la présidence de Moïse.

L’opposition autant que les hommes et femmes dont Moïse s’entoure sont en panne d’inspiration. Quand le chef d’État, lui-même, dit reconnaitre la misère dans laquelle croupit le peuple, il vient avec des approches non structurelles pour tenter d’y remédier. Ainsi dévoile-t-il cruellement son incapacité de conduire la barque nationale sur cette mer mouvementée. Même ses tentatives cosmétiques pour tenter de toucher, en État pompier, certains problèmes récurrents, ne marchent pas.

Face à la gravité de la situation générale du pays, le président Jovenel Moïse aurait du décréter l’état d’urgence générale et non l’état d’urgence économique. Depuis l’arrivée du Premier ministre intérimaire Jean Michel Lapin, le pays est gouverné comme s’il n’y avait plus d’urgence et que tout marche comme sur des roulettes pour le pouvoir.

Ronald Singer



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