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Assumer l’ héritage

Assumer l’ héritage








Un matin de juillet 1789, de l’ autre côté de l’ Atlantique, les verrous sur lesquels reposait la pérennité du système en place ont sauté. Le peuple, dans tout Paris était dans les rues et la Bastille, symbole de la répression politique du régime d’alors : « dechouquée ». C’ était la révolution, la fin de la royauté et le début de la République dans laquelle tous les citoyens désormais égaux, vivraient libres dans une société fraternelle ! Plus de nobles, plus d’aristocrates, plus de tiers-état

Dans la foulée et l’ apothéose de ce moment historique, l’ Assemblée nationale constituante française publia la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 garantissant à tous les citoyens français les mêmes droits.

À des kilomètres plus loin, dans les colonies et particulièrement à St Domingue, la plus riche et la plus prospère, les esclaves n’ avaient pas bénéficié des fruits du changement de régime et de la révolution siégeant dans la métropole. Bien au contraire, leur statut fondamentalement resta le même et qui sait, la révolution, à travers ses échos dans la colonie, fut un leitmotiv de plus pour eux, pour continuer à s’ engager davantage dans la lutte pour la liberté, l’ indépendance initiée par Mackandal; liberté et indépendance seules garantes du respect de leurs droits fondamentaux comme êtres humains.

Longtemps, bien longtemps avant Mao ils savaient que « leur dignité, leur victoire se trouveraient au bout du fusil ».

Ils y ont cru , ils se sont battus pour et ils ont gagné. Grâce à leur génie, leur détermination et leur refus de voir se perpétuer un système brutal, barbare et déshumanisant, ils ont réalisé l’inimaginable en ces temps-là. Leurs enfants et petits-enfants ne grandiraient plus dans l’ enfer du système colonial et esclavagiste. En s’ engageant dans la lutte, ils en acceptaient déjà tous les risques et aucun sacrifice n’ était trop grand pour la réussite et le succès de leur entreprise.

L’esprit de sacrifice, la source où nos valeureux guerriers ont puisé, courage et détermination. “La finalité de l’ essentiel”, ils la connaissaient. Leur lutte était sacrée, ils l’ont gagnée .

L’épopée de Vertières le 18 novembre 1803 a été probablement la dernière étape à franchir dans la stratégie de récupération et de consolidation des derniers bastions et poches de résistance, rendant ainsi possible la proclamation de l’ indépendance le 1er janvier 1804.

D’ abord République, puis Empire, Ayiti émergea et fit son entrée dans le concert des nations au prix de grands sacrifices dans un contexte d’isolement, de blocus économiques et de menaces d’invasions nouvelles, d’agressions, voire d’agressions systématiques. Pour enfoncer le clou, quelques-uns de ceux qui se sont battus pour l’ indépendance semblaient n’ avoir pas saisi, pas compris la portée humaniste et libératrice de la lutte. Ils sont devenus les Premiers déstabilisateurs, les Premiers fossoyeurs de la jeune nation .

Stigmates, séquelles de la colonisation, ambitions personnelles ou de classes, les causes de la débâcle et de l’ institutionnalisation de la permanence du complot sont encore à analyser par les chercheurs et les spécialistes . Et depuis l’assassinat de l’ Empereur, l’organisation du territoire pour produire de la richesse et créer un état au service de tous a été reléguée aux oubliettes. La lutte pour le pouvoir et sa consolidation pour perdurer avec ses corollaires et avatars sont devenues la norme bafouée et l’ idéal des bâtisseurs, mutilé.

Entretemps nos frères et nos sœurs ont faim et ne font que survivre. L’ Eat d’Ayiti, à travers ses différents gouvernements qui se sont succédé depuis sa fondation, a été incapable de donner à manger à une grande majorité des Ayisyens, leur offrir la possibilité de vivre dans des logements décents et l’accès à des coûts raisonnables aux services de base. Il nous faut refaire un autre 18 mai 1803, un nouveau congrès de l’ Arcahaie pour créer et écrire de nouveaux symboles capables de nous rassembler pour affronter ensemble, mais unis, les défis de l’heure, faire la paix avec les époques sombres et violentes de notre tumultueux passé pour nous projeter dans le futur.

Le moment est peut-être venu de nous interroger de façon individuelle et collective sur les causes de notre faillite, sur notre incapacité à pouvoir matérialiser l’idéal des Pères fondateurs de créer une société où la liberté, la dignité et la fierté d’ être devraient servir de pierre angulaire à la construction , la fondation de notre nation.

Beaucoup plus que des questions, nous avons besoin de réponses, de beaucoup de réponses qui soient claires, articulées et authentiques pour nous aider à trouver les voies et moyens qui nous remettraient comme l’ avaient fait nos précurseurs sur ”la finalité de l’ essentiel” pour avancer et grandir ensemble...

Que devons-nous faire aujourd’hui pour assumer l’ héritage de grandeur laissé par nos ancêtres ? Comment assumer cet héritage pour le transformer, le parfaire avant de le transmettre aux générations futures? Comment faire en sorte que Ayiti arrive à nourrir tous ses enfants?

Comment et pourquoi sommes-nous arrivés là? Comment assumer de façon collective nos erreurs et notre faillite pour en tirer les leçons et nous engager à faire beaucoup plus et mieux à la fois pour nos ancêtres, pour nos enfants et pour nous-mêmes ?

Pourquoi jusqu’à aujourd’hui nous est -il si difficile de faire le lien entre le combat de 1804 visant à rompre les chaînes de l’esclavage physique et celui d’ aujourd’hui qui est de nous libérer mentalement des séquelles de ce violent traumatisme collectif pour enfin créer les conditions idéales de telle sorte que chacun dans la cité puisse grandir et s’épanouir grâce à l’autre et à travers l’ autre et non aux dépens de l’autre ou de son élimination?

Le temps est à la réflexion et à l’ action concertées pour enfin créer un nouvel état, une nouvelle Ayiti digne du rêve des Pères fondateurs. Un nouvel état où la solidarité, la culture de l’altérité et la volonté de réduire la précarité sociale à travers la création de richesses remplaceraient l’ individualisme à outrance, le chien mangé chien, les injustices et les préjugés de toutes sortes. Nous aurons enfin grandi, enfin mérité de la patrie et nous pourrons servir de modèles à nos enfants et petits-enfants.

Le lien sera rétabli, l’ héritage préservé, régénéré et Ayiti à nouveau, Lumière des nations...

Samuel E. Prophète



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