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Haïti peut-elle sortir de ses crises?

Haïti peut-elle sortir de ses crises?








Citation : Le passage d’un individu ne vaut rien sur la terre, s’il ne dénonce pas les choses graves. DJD

Une crise politique (ou de pouvoir) apparaît lorsqu’un peuple perd toute confiance dans son régime politique ou son gouvernement. C’est une phase grave dans l’évolution de la situation politique d’un État. Elle peut entraîner des grèves, des manifestations, des mouvements sociaux, des émeutes ou, plus grave, une révolte. Haïti n’en est pas écartée. La plus récente période de ces crises dans notre histoire, c’est la période de 1986 à nos jours. Cependant, cette situation de crise constitue généralement un terrain favorable à la montée des extrémismes, des incompétents, des délinquants, des dealers de drogues, des mafias… au pouvoir. C’est le cas d’Haïti aujourd’hui où les pouvoirs sont accaparés de ces gens-là. Mais l’éclatement d’une crise a un côté positif parce qu’elle fait surgir de l’opportunité et montre qu’il y a un dysfonctionnement dans une société, du coup, il faut venir à des solutions adéquates aux problèmes. Dans le cas contraire, cela peut conduire à une guerre civile et même à une révolution sanglante. Pour certains en dehors de la crise politique, Haïti a une crise institutionnelle et pour d’autres elle a une crise sociale. Toutes ces crises précitées sont des épiphénomènes. En fait, la crise haïtienne est plutôt systémique, elle repose principalement sur la corruption (institutionnalisation de la corruption) et une bonne partie de la population est exclue de la richesse du pays. Cette crise générale donne naissance à d’autres crises. Cela a un impact sur les besoins primaires et secondaires du peuple haïtien. Haïti est le pays le plus pauvre de l’Amérique, de scandale de corruption en scandale de corruption, le plus récent c’est le scandale de Petro caribe où 4.2 milliards de dollars sont dilapidés, ce fonds est issu du programme vénézuélien de coopération. Le gaspillage de ce fonds montre la gravité de la corruption qui sévit dans le pays, et cela a suscité finalement la conscience du peuple haïtien. Il est avéré que c’est la population haïtienne qui va rembourser cette dette de génération en génération. Cette situation a donné naissance à la mobilisation citoyenne des 6 et 7 Juillet 2018 et au mouvement Petro challenger. Aujourd’hui, la corruption constitue un véritable blocage pour le développement des pays. C’est pour cela, l’ONU est consciente de ce fléau, a adopté la Convention des Nations Unies contre la corruption (résolution 58/4) en Assemblée générale le 31 octobre 2003. Le « 9 décembre » a été déclaré Journée internationale de lutte contre la corruption. Cette journée symbolise la sensibilisation à l’échelle planétaire en matière de lutte et de prévention contre la corruption. Tous les Haïtiens savent que la majorité des autorités haïtiennes sont des corrompues et des corrupteurs. En effet, ce système de corruption et d’exclusion mise en place depuis 215 ans empêche le développement d’Haïti. La question qui se pose présentement : Comment peut-on changer ce système en place ? Une évaluation des conséquences du système en place peut donner la possibilité de répondre cette question.

Les conséquences du système en place

Un des malheurs pour une Nation quand la corruption est au coeur des institutions étatiques. Du coup, l’État n’est pas au service de la Nation, il est plutôt du côté de la classe possédante, malheureusement c’est le cas d’Haïti depuis 2015 ans.

En fait, la corruption est ancrée dans l’appareil étatique en Haïti, les dirigeants corrompus profitent pour mettre en place un système pour que l’impunité règne, d’où la sanction n’existe pas en Haïti. Ils veulent toujours rester au pouvoir, ils ont des stratégies pour chaque situation politique, parfois ils créent plusieurs partis politiques, le cas de l’ex-président René Préval … Il a passé 10 ans au pouvoir, on nous a fait savoir c’est un grand politicien. Il a su consolider son pouvoir sans aucune vision de moderniser et démocratiser les institutions haïtiennes. Au contraire, il a renforcé la corruption, c’est lui qui a budgétisé : « Kòb fèt fen lane, kòb fèt patwonal, kòb rantre lekòl, kòb rara, ti kòb pwason an » pour les parlementaires.

Il y a une pratique politique en Haïti, les autorités haïtiennes considèrent les boites de l’État comme un héritage familial. La plupart des députés et sénateurs ont leurs ministres, leurs directeurs généraux qui ont une redevance envers eux. Avoir le pouvoir en Haïti est une source de richesse. Une chose qui ne parait pas étonnante pour le peuple haïtien, on achète les postes de directeurs généraux, de juges … c’est un investissement qui est au détriment de la population haïtienne. Les juges et les juges de paix, les commissaires du gouvernement et les délégués départementaux sont nommés le plus souvent de connivence avec les parlementaires, histoire de contrôler et de consolider le système politique mise en place. Chaque autorité haïtienne a son gang (une sorte de milice) pour sa protection et sa consolidation de son pouvoir.

Le secteur privé des affaires se mêle aussi dans la corruption parce qu’il est encouragé par les autorités politiques. Ce sont eux qui lui favorisent les franchises douanières, les monopoles … au détriment des petits commerçants.

Je tiens à signaler ce n’est pas toutes les autorités haïtiennes qui sont corrompues, prenons par exemple « le maire de Delmas », lui il donne des résultats, mais malheureusement cet exemple est une goutte d’eau dans l’océan. Et même il y a certains « parlementaires et juges » qui ne sont pas corrompus et qui se respectent, mais avec regret, c’est la même conclusion, ils ne font pas le poids dans la balance. Ils sont minoritaires. On leur dit le plus souvent « Se wou ki ap chanje Ayiti, ou pa konn kòb egare ». La notion de valeur, de personnalité, de moralité et d’éthique n’existe pas dans l’ADN de la majorité des politiciens haïtiens.

Cela fait rire qu’on parle de démocratie en Haïti, pour certains, la démocratie se résume aux élections qui sont entachées de fraudes, à la liberté d’expression qu’on peut questionner, aux embryons des partis politiques qui fonctionnent comme des entreprises, à un État prédateur qui est au service de lui-même, à un système judiciaire qui est au service des gens qui ont de l’argent, à un parlement qui fusionne avec le pouvoir de l’exécutif afin de pratiquer la corruption et à un secteur économique qui ne voit que ses richesses aux dépens d’une majorité de pauvres. La démocratie est plutôt une sensation ou une émotion pour un ÉTAT DE DROIT, autrement dit, c’est la dictature de la loi et des institutions. La violation de la constitution est systématique et banalisée en Haïti. Quand on parle de trois pouvoirs en Haïti, c’est de la foutaise, en réalité il n’existe qu’un seul pouvoir en l’occurrence le pouvoir «exécutif », quand un pouvoir parle de la loi, cela veut dire qu’il va bénéficier de cette loi. Mais, ce n’est pas dans une logique de respecter la loi ou de faire appliquer la loi. Par ailleurs, il ne faut surtout pas oublier le soutien et la connivence de la communauté internationale avec les pouvoirs corrompus en Haïti. Cela fait perdurer le système en place aussi.

En tout cas, Haïti souffre d’anomie ou perte de repère social dont décrit le sociologue Émile Durkheim, qui est une désorganisation sociale résultant de l’absence de l’application des normes communes dans une société et cela produit une pathologie sociale. Le peuple haïtien doit être exigeant afin de pousser les dirigeants à une bonne gouvernance sinon, il aura d’autres embarcations d’Haïtiens qui vont mourir dans les eaux des Iles Turks and caicos ou dans d’autres destinations. Cette embarcation-là témoigne la misère atroce de la majorité des Haïtiens. Celle-ci engendre le désespoir, le découragement et le comportement suicidaire chez eux. Toutes les institutions sont échouées, le système en place a des conséquences négatives sur le peuple haïtien. On assiste à un fort regain de pauvreté en Haïti. Après 215 ans de l’indépendance, nous n’avons même pas un hôpital public moderne. Face à ce constat, les Haïtiens lucides préconisent le « dialogue national», la « conférence nationale souveraine (comme l’a si bien dit de regrettés mémoires Turneb Delpé)», un « projet de société », un « pacte de gouvernabilité » … En tout cas, quelle que soit l’appellation, la majorité des Haïtiens veulent un changement radical de ce système en place. La conférence nationale peut-elle symboliser ce changement ?

La conférence nationale ou le projet de société

La conférence nationale, l’appellation l’indique, c’est la réunion de toutes les forces vives d’une Nation en vue d’analyser et d’apporter des solutions à un ou plusieurs sujets qui rongent un pays. Dans le cas d’Haïti, c’est le démantèlement du système en place qui est le point de crispation. La majorité de la population haïtienne veut le changement du système en place, mais une minorité qui garde la richesse du pays ne veut pas ce changement. Cependant tôt ou tard ce changement aura lieu, parce que ce système ne peut plus se reproduire.

Mais, avant toute conférence nationale, il faut un dialogue entre tous les secteurs nationaux, qu’il s’agisse de la société civile, des partis politiques, des trois pouvoirs étatiques… C’est suite à ces dialogues sincères qu’on peut déboucher sur la conférence la nationale. Il faut faire la différence entre négociation et dialogue. La négociation c’est le partage des responsabilités, ou le partage de postes évoqué le plus souvent par les parlementaires. Un autre exemple, c’était l’accord d’El rancho sous la présidence de Michel Marthely. Quant au dialogue, il a une autre connotation, il est de préférence : Yon chita pale sou tout pwoblèm peyi a, pou nou konnen nan 30 oubyen 50 tan men kote nou pwale ak peyi a, pou nou ka sotil nan povrete li ye a, sa mande konsyans ak sakrifis, …

L’opposition haïtienne et le pouvoir en place doivent être porteurs d’une telle vision pour que le pays connaisse finalement une stabilité politique. Ce complot positif est possible sur les forces obscures, une autre idéologie dominante doit surgir en Haïti pour qu’un nouvel être haïtien ou une nouvelle âme haïtienne prenne naissance. Mais pour le faire, il faut l’émergence d’un leadership individuel à l’instar de Nelson Mandela, Paul Kagame, Mao Tsé Toung, Charles de Gaulle, Fidel Castro, … ou d’un leadership collectif qui peut nous conduire vers une véritable conférence nationale ou dialogue national.

Leadership individuel ou collectif

Quand je parle de leadership, je me réfère à une influence politique, psychologique, sociale, etc. d’un individu ou d’un groupe d’individus sur un groupe ou un autre groupe. Le leader a des compétences personnelles qui lui donnent une différence et qui lui permettent de se faire écouter et se faire suivre par un groupe de personnes. En fait, c’est une relation de confiance réciproque (le leader doit autant avoir confiance dans le groupe que la majorité du groupe a confiance en lui). Elle se manifeste par sa capacité à fédérer et à mobiliser les énergies autour d’une action collective et se traduit par une élection formelle ou informelle, explicite ou implicite, au cours de laquelle la majorité des membres du groupe reconnaît un des leurs comme le leader légitime et lui délègue son pouvoir de décision (la liberté de décider). L’ex- président Jean-Bertrand Aristide a eu toutes ses qualités, mais une fois qu’il a embrassé le système en place, il n’a pas eu l’occasion de le chambarder. La raison pour laquelle nous avons un problème systémique. Ce système ne peut pas se tenir, il demande un changement, mais nous avons besoin de l’émergence d’un individu ou groupe d’individus pour que le système en place disparaisse enfin. Ce changement doit symboliser l’émergence d’une nouvelle classe moyenne nationaliste, d’une élite nationaliste, d’un secteur économique progressiste… tout cela va nous donner la possibilité de déboucher sur une alternance de gouvernement responsable.

Au final, le fondement de la Nation haïtienne est menacé, toutes les valeurs sont effritées, nous avons que de mauvais modèles, la famille, l’école, l’église, la société civile, les partis politiques … sont disloqués. Que faire dans ce cas ? Toutes les forces vives de la Nation doivent s’assoir autour d’une même table afin de sortir Haïti de ses crises. En dehors de cela, on ira vers un éclatement social, et personne ne sera pas épargné. Je m’adresse à l’Élite intellectuelle du pays et économique, chaque moment dans l’histoire d’un peuple, il faut prendre des décisions importantes et difficiles. Et, il y a toujours l’émergence d’un leadership individuel ou collectif qui propose et impose sa solution. Dans notre histoire, nous avons connu des périodes charnières ou des personnalités et un groupe de personnages prennent des initiatives pour répondre au défi du moment, prenons par exemple ces dates décisives de notre histoire, la bataille de Vertières en 1803, le mouvement des Cacos en 1934, le mouvement des cinq glorieuses de Jacques Stephen Alexis contre Élie Lescot en 1946, le mouvement social contre la dictature duvaliériste en 1986 ... Nous pouvons le faire en 2019, ce serait un mouvement pacifique contre la pauvreté, l’exclusion, l’inégalité sociale, l’injustice sociale, l’impunité ...

Notre Haïti est dans une situation déplorable, on la considère comme la risée du monde, je sais que la politique n’intéresse pas certains d’entre vous, mais le moment est venu pour que vous donniez votre point de vue et vous impliquiez afin d’aboutir à une solution durable dans le pays. Sinon, votre fils ou petit fils et l’histoire vous jugeront. Je m’adresse à présent à l’opposition haïtienne, dans toute société dite « démocratique » l’existence d’une opposition est importante, vous devez être porteurs des revendications du peuple haïtien, malgré toute votre faiblesse, vous avez une capacité de nuisance, vous pouvez forcer le pouvoir en place à satisfaire les revendications de la population, ne rentrez surtout pas dans une logique : « ôte-toi de là que je m’y mette ». Autrement, vous allez rentrer directement dans la poubelle de l’histoire.

Je m’adresse enfin au pouvoir en place, particulièrement au Président de la République d’Haïti, vous ne bénéficiez pas de la confiance de la plupart des gens, votre dialogue lancé doit être sincère, et vous devez faire appel aux figures emblématiques du pays afin de constituer une équipe qui inspire confiance pour réunir autour d’une table toutes les entités du pays dans un dialogue souverain et inclusif. Au moins, on va dire que vous avez fait quelque chose de bien et durable pour le peuple haïtien pendant votre mandat.

DEJEAN Jean Dario,
Sociologue, diplômé en Économie et en Psychosociologie. Spécialiste en Éducation et en Prévention contre la délinquance juvénile ; en Médiation sociale et familiale ; Expert en Criminologie et en Sureté aéroportuaire.



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