L’État seul nous voit !
La Chambre des députés vient de voter une proposition de loi sur la vidéosurveillance qui a l’ambition, à travers la création d’un Bureau national, de prévenir et de résoudre les problèmes de violence et de criminalité sur l’ensemble du territoire haïtien. Les discussions qui ont précédé le vote de la proposition de loi peuvent rassurer sur la possibilité des débats ouverts, démocratiques et contradictoires au Parlement. Certains députés ont dénoncé une initiative « Big Brother du roman 1984 de George Orwell » conçue pour entraver les libertés individuelles de l’Haïtien acquises après de longues et dures luttes contre l’oppression et la dictature.
La Chambre des députés vient de voter une proposition de loi sur la vidéosurveillance qui a l’ambition, à travers la création d’un Bureau national, de prévenir et de résoudre les problèmes de violence et de criminalité sur l’ensemble du territoire haïtien.
Les discussions qui ont précédé le vote de la proposition de loi peuvent rassurer sur la possibilité des débats ouverts, démocratiques et contradictoires au Parlement. Certains députés ont dénoncé une initiative « Big Brother du roman 1984 de George Orwell » conçue pour entraver les libertés individuelles de l’Haïtien acquises après de longues et dures luttes contre l’oppression et la dictature.
D’autres députés, en majorité, ont compris que l’État a la responsabilité de prendre des mesures drastiques pour restituer à la population sa liberté de mouvement et d’entreprendre en la protégeant contre ses prédateurs qui alimentent l’insécurité.
Le Parlement haïtien n’est pas pionnier de ce débat et ne détient pas non plus son monopole. Non sans opposition ni questionnement logique, la vidéosurveillance a investi, comme outil fiable, le champ de la sécurité publique dans plusieurs pays au monde, particulièrement dans les grandes villes. En Haïti, la dernière mode, désormais irréversible, est la vidéosurveillance dans les résidences privées, les bureaux publics et dans les entreprises privées. Même quand il s’agit de systèmes limités techniquement, mais les utilisateurs concèdent qu’ils aident au moins à décourager les délinquants.
Pour ou contre, le passif de la violence criminelle en Haïti est considérable. L’anxiété au sein de la population, dans les campagnes comme dans les villes, demeure une constante. Nous ne pouvons pas ignorer ce sentiment d’insécurité ressenti par chacun et exacerbé par la faillite du système policier et judiciaire.
Il faut concéder qu’il est du ressort des pouvoirs de l’État de réglementer tous les aspects de la société. La lutte contre la délinquance et la criminalité relève de l’urgence. Après les cinquante-cinq députés sur les soixante trois présents qui ont validé cette proposition de loi, les sénateurs devront en faire autant. Par contre la réalité haïtienne, si elle est prise en compte dans les beaux débats au Parlement, devrait questionner les limites de la mise en oeuvre d’une telle politique ainsi que son ambition.
Gérer un système performant de vidéosurveillance sur tout le territoire national a tout d’un grand défi. Nous n’avons pas pu mener aucune politique d’urbanisme.
Nous ne savons pas encore protéger les données publiques et privées.
Nous avons oublié de mettre la justice sous surveillance.
Au moment d’écrire cet éditorial, un marchand contestataire d’une décision municipale vient d’être assassiné par des agents préposés à la Mairie de Pétion-ville. Que pourra la vidéosurveillance contre l’amateurisme et la violence du « chef » ?
Aucune technologie ne pourra aider à sécuriser les haïtiens et leurs biens si les pouvoirs compétents n’appliquent, au préalable, pas les bonnes recettes pour permettre à la population d’être tranquille et confiante. Nous ne sommes pas encore à l’abri des dangers y compris des lois inapplicables.
Jean-Euphèle Milcé
Roody Edmé
L’exemple de ces quartiers qui se mettent ensemble pour sortir de l’indignité interpelle l’ensemble des forces vives pour la transposition de ces initiatives locales en un grand konbit national tel que ne cesse de nous marteler cette grande dame centenaire, Odette Roy-Fombrun. ?
Roody Edmé
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