Haïti comme écho, d’hier à aujourd’hui
Au tout début de la première moitié du XIXe siècle, Haïti s’était imposé comme le modèle parfait de l’ingéniosité nègre au monde. Le génial Toussaint Louverture et le perspicace Jean-Jacques Dessalines surent comment désarticuler le colonialisme à Saint-Domingue, en jouant, d’une part, le jeu des paradoxes (Toussaint Louverture), et d’autre part, en inoculant au dernier va-nu-pieds le germe de la révolution (Jean-Jacques Dessalines).
Au tout début de la première moitié du XIXe siècle, Haïti s’était imposé comme le modèle parfait de l’ingéniosité nègre au monde. Le génial Toussaint Louverture et le perspicace Jean-Jacques Dessalines surent comment désarticuler le colonialisme à Saint-Domingue, en jouant, d’une part, le jeu des paradoxes (Toussaint Louverture), et d’autre part, en inoculant au dernier va-nu-pieds le germe de la révolution (Jean-Jacques Dessalines).
L’écho de cette indépendance chèrement acquise s’était répercuté à l’échelle mondiale, au point d’avoir suscité à la fois de l’admiration et de la réprobation. Les peuples asservis y voyaient, bien sûr, un modèle de détermination pour se libérer du joug de l’esclavage, tandis que les esclavagistes européens et américains jugeaient cette indépendance comme un mauvais précédent face à leur système de domination et d’exploitation de l’homme par l’homme. L’on sait que cette effronterie nègre valut à Haïti le plus dur embargo jamais connu par une nation à l’époque. On en paie aujourd’hui encore les dures conséquences, amplifiées malheureusement par nos inconséquences.
Les constitutions de 1801 (Toussaint Louverture) et de 1805 (Jean-Jacques Dessalines), en dépit de leurs limites, édictaient des lignes de conduite sociopolitiques qui ont servi de cadres conceptuels à d’autres peuples de l’Amérique qui se voulaient libres et indépendants. Nous, les dignes héritiers de ces faiseurs d’histoire, n’avons pas su leur emboiter le pas, et cela, depuis les deux-cents ans de cette glorieuse épopée de la Révolution de Saint-Domingue.
Si les hauts faits historiques de notre peuple ont été à la base de maintes révolutions sociales au monde, ils ont également inspiré de nombreux mouvements littéraires et artistiques en Amérique latine, et jusque dans le continent africain.
Si, plus près de nous géographiquement, des écrivains comme Alejo Carpentier et Aimé Césaire ont revendiqué dans leurs œuvres maitresses la suprématie des valeurs spirituelles et révolutionnaires haïtiennes, il importe d’évoquer également la mémoire de l’Américain Marcus Garvey, chef de file de l’Association universelle pour l’émancipation des Noirs (UNIA), qui s’inspirait de Toussaint Louverture pour exhorter tous les individus de race noire à s’unir dans une confraternité universelle.
Jusqu’en 1960, année des proclamations d’indépendance en Afrique noire, les écrivains avaient à cœur de mettre leur plume au service de la lutte anticolonialiste, mais ils chérissaient pour la plupart le sentiment d’avoir déjà gagné le pari cent-cinquante ans plus tôt avec les exploits héroïques haïtiens de 1803. À ce titre, Stanislas Adotevi, d’origine dahoméenne, démontrait savamment dans son livre «Négritudes et négrologues» le concept caractéristique d’un combat pour la libération intellectuelle des Noirs.
Où sont passés ce génie et cette volonté de libération, caractérisés par les fondateurs de notre nation? Allons-nous continuer d’être vus comme les parias de la Caraïbe, dépourvus de tout ce qui fait l’honneur d’un peuple : le sentiment d’appartenance nationale, le sens du déterminisme historique, le culte des réelles valeurs, le souci du bien-être collectif, etc.? De tels manquements nous empêchent de voir les rapports de cause à effet, sans cesse récurrents, qui sont malheureusement responsables de nos errances à travers le monde.
En matière d’émigration, les «plane- people» ne sont pas mieux vus que les «boat ou foot-people», sauf qu’ils sont perçus, dans l’optique de Franklin Delano Roosevelt, comme «des gens à chaussures», par opposition à ces «va-nu-pieds» modernes. Beaucoup d’entre-nous, en diaspora, sont trop enclins à se donner bonne conscience d’être des «rescapés» de la dérive continuelle haïtienne, en adoptant l’attitude de l’autruche dans leur confort statutaire. L’Haïti nomade, ce ne sont pas seulement les classes sociales défavorisées, c’est véritablement aussi cette «matière grise» vendue au rabais, depuis des lustres, dans les meilleures universités du monde.
Mérès M. Weche
Roody Edmé
Roody Edmé
L’exemple de ces quartiers qui se mettent ensemble pour sortir de l’indignité interpelle l’ensemble des forces vives pour la transposition de ces initiatives locales en un grand konbit national tel que ne cesse de nous marteler cette grande dame centenaire, Odette Roy-Fombrun. ?
Roody Edmé
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