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La bataille du Midwest commence entre Sanders et Biden

La bataille du Midwest commence entre Sanders et Biden

Le 3 mars dernier, c’était le « Super tuesday » : une étape importante pour les primaires du parti démocrate. Quatorze États ont désigné leurs délégués en vue de la Convention démocrate de Milwaukee, à la mi-juillet, où sera investi l’adversaire de Donald Trump à l’élection présidentielle du 3 novembre prochain. Mais surprise : les sondages ont bel et bien déraillé concernant les deux principaux candidats, bouleversant toutes les prévisions.

Incroyable ! Six jours après le « Super tuesday », on n’avait pas encore fini de contrôler les votes pour la primaire démocrate de Californie. Au moment de terminer cet article, on en était encore à 80 % du décompte des voix collectées par les différents candidats à cette primaire. Mais comme prévu par tous les sondages depuis un mois, Bernie Sanders (78 ans) est loin devant Joe Biden (77 ans). Le sénateur du Vermont est donc assuré d’emporter haut la main cet État clé du système électoral américain.

Pour le moment, Joe Biden dispose de 664 délégués sur les 1991 nécessaires à sa désignation comme candidat à la présidence lors de l’investiture du Parti démocrate à Milwaukee en juillet prochain. Son rival dispose quant à lui de 573 délégués. Ce qui est très loin de ce que prévoyaient les sondages avant le « super mardi » du 3 mars dernier.

En effet, tous les sondages présageaient un raz-de-marée en faveur de Sanders et Joe Biden ne pouvait remporter que quatre ou cinq États, dont la Caroline du Sud. Mais contre toute attente, ce pronostic ne s’est pas réalisé : au lieu de Sanders c’est au contraire Joe Biden qui a décroché une victoire claire et nette à la fin de cette importante journée électorale. On attendait un triomphe écrasant de Sanders mais on a plutôt assisté à une remontée magnifique de Biden, qui a raflé huit États sur les quatorze lors du « Super tuesday ». On parle d’une chevauchée sauvage de l’ancien vice-président américain.

Que s’est-il passé ? À quoi attribuer cette remontée surprise de l’ancien collaborateur de Barack Obama lors de cette étrange journée du 3 mars 2020 ? À 48 heures de cette élection, quasiment tous les observateurs et les analystes s’attendaient à l’effondrement définitif de l’homme du Delaware. Même le président Donald Trump a été surpris de cette victoire éclatante de « Sleepy Joe », comme il dénomme non sans ironie le candidat démocrate. La plupart des grands journaux ne se sont pas posé de questions sur la cause de ce revirement apparent du corps électoral démocrate. Néanmoins il serait important de se livrer à ce petit exercice pour mieux comprendre les enjeux réels de cette bataille électorale gigantesque.

Le succès inattendu de Joe Biden peut s’expliquer par plusieurs raisons. Quelques jours avant l’élection du 3 mars, Bernie Sanders qui se réclame du « socialisme démocratique », a eu des propos quelque peu élogieux vis-à-vis de Fidel Castro et du système éducatif et sanitaire cubain. Ses déclarations ont peut-être poussé de très nombreux démocrates modérés à voter Biden ou à s’abstenir de voter. C’est une piste à explorer, car les sondages se trompent très rarement, sauf sur des variables de dernier moment susceptibles d’engendrer un « effet papillon ».

Deuxièmement : une partie de l’électorat naturel de Bernie Sanders - les « petits blancs » - s’est soudainement sentie délaissée par l’homme du Vermont au profit de la minorité hispanique. Elle a, peut-être, exprimé son mécontentement lors du vote. C’est une hypothèse hasardeuse, mais qu’il faut prendre en considération dans toute tentative d’explication des résultats non prévus par les sondages et par la grande majorité des analystes.

« Quelque chose de pourri au royaume du Danemark »

En dernier lieu, les stratèges électoraux de Bernie Sanders n’ont pas assez pris en considération le vote de la minorité afro-américaine et en conséquence ils n’ont pas vraiment développé une stratégie adéquate et spécifique correspondante. Le cas de la Caroline du Sud et l’analyse du vote dans certains États du sud des États-Unis semblent confirmer cette hypothèse. Mais elle est rapidement infirmée par ce qui s’est passé dans des États comme le Massachusetts, le Texas et la Californie ; comme quoi il y a « quelque chose de pourri au royaume du Danemark ».

Le Massachusetts est un État très à « gauche », selon la logique américaine. Et tous les sondages mettaient en tête Bernie Sanders et Elisabeth Warren. Mais le jour fatidique, c’est Joe Biden qui se trouve en tête du décompte des votes. Mystère et boule de gomme.

Que s’est-il passé pour un revirement aussi massif et inattendu ? C’est la question à cent mille dollars. Dans le cas du Texas, c’est le même constat. Les sondages et les analyses avaient prévu que Bernie Sanders damerait le pion à son concurrent en raison de la très forte minorité hispanique qui joue à fond la carte Sanders. Il n’en a pas été le cas. Est-ce encore l’effet « petits blancs déçus » ? Grand mystère.

Pour ce qui est de la Californie, le « socialiste » du Vermont avait l’assurance qu’il allait décrocher la victoire, mais pas au niveau prévu par la grande majorité des sondages.

Les sondages se sont trompés massivement sur le compte de Sanders. Ils auguraient presque tous qu’en fin de soirée du « Super mardi », il obtiendrait 1.600 délégués sur les 1.991 nécessaires à son investiture comme candidat officiel du Parti démocrate à la présidence des États-Unis.

Néanmoins, malgré tous ces carambolages des îles de la sonde, la course de fond des primaires démocrates continue ce mardi 10 mars avec six États du Midwest et du sud des États-Unis. Il s’agit du Mississippi, du Missouri, de l’Idaho, du Michigan, de Washington et du Dakota du Nord. Bernie Sanders pourrait conquérir quatre de ces États, dont le Michigan. En 2016, il avait gagné face à Hillary Clinton. Pourra-t-il renouveler cet exploit face à un Joe Biden survitaminé depuis sa consécration en Caroline du Sud ? Il n’est que d’attendre.

Aux dernières nouvelles, nous avons appris que le pasteur Jesse Jackson apportait son soutien à Bernie Sanders. Bien que tardif, cet appui pourra peut-être lui être utile, ce 10 mars, dans les États du Missouri et du Mississippi où la minorité noire est très forte. Au-delà de cette date-clé, l’apport et le concours du pasteur noir américain seront très utiles à Sanders en Floride, en Georgia, en Louisiane et surtout à New York. Mais un Joe Biden en pleine remontada se laissera-t-il intimider par le célèbre homme d’église et activiste politique ? En attendant, la bataille du Midwest vient tout juste de commencer.

Azad Belfort

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