Jovenel trompe la vigilance de l’opposition dite modérée
Ayant pris part à plusieurs semaines de négociation pour la mise en place d’un nouveau gouvernement de consensus capable de juguler la crise, les acteurs de l’opposition dite modérée ont été pris au dépourvu. Le choix du nouveau PM est diamétralement opposé à leurs exigences qui étaient, entre autres, un PM issu de l’opposition. Fort de ce constat, ils appellent l’ensemble de l’opposition plurielle à se serrer les rangs en vue de faire obstacle à ce projet de dictature en passe d’instaurer par le chef de l’État.
Alors que le président n’arrête pas d’inviter les acteurs politiques de l’opposition au dialogue afin de mettre en œuvre un gouvernement d’union nationale susceptible de pallier la crise, il vient de désigner, au mépris total de ses opposants, un de ses proches pour briguer le poste du chef de gouvernement. Une décision qui a scandalisé les membres de l’opposition modérée qui ont, malgré l’Accord de Marriott et les remontrances de l’opposition radicale, décidé de prendre part à plusieurs assises de discussions avec le pouvoir. La colère et la déception sont à leur comble. L’unique option pour l’heure est le coude-à-coude et l’intensification de la mobilisation, croit Paul Denis.
Ce dernier n’est pas moins surpris que le commun des mortels. Selon lui, le président vient de montrer son vrai visage. « Il a voulu se faire passer pour un partisan du dialogue qui, en effet, n’était autre qu’un concept mis sur ses lèvres par la communauté internationale en vue de rallier à sa cause certains acteurs politiques afin de cautionner sa mauvaise gouvernance, son règne d’anarchie et de la barbarie qui a mis à genoux le pays », décèle-t-il du chef de l’État qui agit, selon lui, unilatéralement. Il affirme aussi que le pays est dorénavant failli.
« À travers cette décision, il vient d’enlever son masque. Il se montre au grand public avec son projet d’instauration de la dictature. Malheureusement, il commence par prendre des décisions qui nous rappellent les zones noires des anciens régimes dictatoriaux », regrette l’ancien ministre. Comme ses alliés de l’aile dure, le politique pointe du doigt la communauté internationale qui de façon sournoise dicterait ses ordres au locataire du Palais national. « Sa décision montre qu’il est en mission commandée et qu’il travaille au détriment des intérêts de la nation », ajoute l’homme politique.
Il ne se contente pas de dénoncer un complot. Il a tenu à rappeler à tous les positions défendues lors des rencontres controversées et sévèrement critiquées par, entre autres, l’Alternative consensuelle pour la refondation de l’État. « Nous avons exigé que la société civile et l’opposition désignent le chef de gouvernement qui formera un gouvernement transitoire, de consensus et de cohabitation capable de déterminer la politique de la nation tout en gérant la politique publique du pays et les affaires internes. De l’autre, le président concentrerait ses énergies dans la gestion de la politique extérieure du pays » affirme-t-il soutenant que ce qu’a fait le chef de l’État ne concerne que lui seul.
Par ailleurs, il appelle ses pairs de l’opposition à saisir de cette occasion pour mutualiser leur force. « Ce qu’il a fait doit nous montrer la nécessité de serrer les rangs pour combattre ce gouvernement. Nous devons dorénavant parler d’une seule voie afin de faire obstacle à ce projet », appelle-t-il précisant que sa place est dans l’opposition et dans la continuation de la bataille antigouvernementale.
Dans la foulée, le conseiller du chef de la nation, Jude Charles Faustin, s’inscrit en faux contre les allégations faisant croire que le Premier ministre désigné serait un choix délibéré du président. « Il est de la plateforme Verité qui était lors des dernières élections en face du locataire du Palais national. Ce choix a été endossé par tous les acteurs qui ne veulent pas voir le pays sombrer dans le chaos. Dans 24 à 48 heures, un gouvernement de consensus sera formé », informe-t-il tout en admettant que l’Exécutif ait échoué dans le processus de négociation à cause de l’intransigeance de certains acteurs.
Ayant choisi un membre de l’équipe démissionnaire, Jovenel Moise a trahi son discours de gouvernement d’ouverture. S’il n’a pas donné le ton, comment doit-on prendre en compte son tweet invitant le PM à former un gouvernement inclusif ? Le président a récemment annoncé qu’il ne va pas passer le reste de son mandat à tendre sa main. Cette semaine il est passé de la parole aux actes et, selon son porte-parole, le chef de l’État a anticipé afin de pouvoir faire face aux défis présents et futurs du pays, dont la crise actuelle du pays et l’arrivée imminente du nouveau coronavirus.
Daniel Sévère
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