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La République à plusieurs vitesses

La République à plusieurs vitesses

Durant les dernières semaines, Haïti a été le théâtre d’événements sans précédent. Des cas d’enlèvement en série jusqu’aux soulèvements populaires, c’était le chaos, le désordre généralisé, et cela a plongé le pays dans une situation de grande inquiétude. Pourtant, malgré ces moments de trouble, les Haïtiens, de plusieurs régions du pays, ont dansé le carnaval financé par l’argent des contribuables décaissé par les autorités étatiques. La solution durable à la crise attendra.

Peu de temps avant les trois journées réservées à l’organisation du carnaval national, 15 enfants orphelins ont été tués dans un incendie dans l’enceinte de l’orphelinat de l’Église de la compréhension de la Bible. Dans un tweet, le chef de l’État avait déclaré qu’il est profondément ému par la mort de ces enfants. Pourtant, moins de 48 heures après, au lieu d’un deuil en faveur de ces orphelins, le président donnait le coup d’envoi du carnaval de la ville de Jacmel. Jusqu’à date, aucun suivi n’est fait en ce qui concerne ses recommandations aux autorités compétentes à propos des mesures urgentes à adopter pour établir les causes de cet incendie.

Les autorités ont rapidement passé à autre chose : l’organisation du carnaval national. Mais l’organisation de ce carnaval était mal perçue par une partie de la population par rapport au contexte difficile. En plus de la mort des orphelins, les revendications des policiers qui observaient un arrêt de travail, la misère, l’insécurité généralisée, avec notamment la question d’enlèvement, étaient en quelque sorte des éléments à considérer par l’État pour le renvoi de ces festivités.

Cette poussée pour l’organisation du carnaval a soulevé la colère de membres de la population qui ont profité du mouvement de revendication des policiers qui, dans le cadre de la poursuite de leur mobilisation pour l’obtention du droit de syndiquer, étaient dans les rues le dimanche écoulé juste pour faire échouer les festivités carnavalesques. La situation a tourné au vinaigre ; les policiers ont affronté les soldats les Forces armées d’Haïti (FAD’H) qui envisageait de stopper les agents de la PNH. Le bilan est à déplorer. Plusieurs blessés et morts ont été enregistrés.

Par contre, au moment où Port-au-Prince se la faisait en véritable Far West, plusieurs autres villes du pays, notamment la ville du Cap-Haïtien, étaient en liesse. Alors que le groupe Sweet Micky de l’ancien président Michel Joseph Martelly créait l’ambiance dans le nord, à Port-au-Prince, fusillade entre militaires et agents de la PNH. Cela a duré tout le long des deux premiers jours gras, mais n’interpelle personne au plus haut niveau de l’État. Des médias et journalistes en sont victimes.

Des organisations de média et journalistes comme l’AMIH, l’ANMH et SOS Journaliste, AJH ont seulement condamné l’attaque contre la liberté d’expression. Les hauts commandements des FADH et de la PNH, au lieu de prendre en contre les revendications, dénoncent des infiltrations dans le mouvement. Le ministre de la Justice ne fait qu’évoquer une tentative de coup d’État. Au niveau international, le Bureau intégré des Nations unies, l’OEA et l’Ambassade des États-Unis ont condamné la violence et prôné le dialogue. Ce qui n’a jamais été possible durant les trois années de mandat de Jovenel Moise.

De leur côté, les responsables au niveau du parquet de Port-au-Prince décernent des mandats contre plusieurs hommes d’affaires pour complot contre la sûreté de l’État. Puisque le MJSP avait déjà dénoncé une tentative de coup d’État, ces hommes seraient, d’après le parquet, les auteurs intellectuels de cette semaine de bouleversement. Comme toujours, le chef de l’État observe un silence, laissant passer la vague de la mobilisation pour signer son retour derrière le petit écran, sans une solution en poche. Tout le monde n’a jamais vu ce qui se passe en Haïti d’un même œil. Le front commun n’est jamais une priorité. Pourtant, c’est ce dont le pays a besoin pour sortir de cette situation. Déjà, tout le monde passe à autre chose, comme s’il n’y a jamais eu aucun mouvement de revendication durant cette semaine. Et la couleur politique accordée est peut-être une façon de l’enterrer plus facilement.

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