Un dialogue de sourds
Le processus de dialogue entamé par le pouvoir en place sous l'égide de la Nonciature apostolique en Haïti n'a pas porté fruit. Chacun des acteurs a affiché un comportement différent sur la scène politique. Le chef de l'État Jovenel Moise voulait profiter de ce dialogue pour se donner plus de pouvoir, installer son gouvernement, et poursuivre son aventure, alors que d'autres leaders alliés ou opposés voient les choses d'une autre manière.
Jovenel Moise veut ratisser large. Ses opposants et même ses alliés refusent d’adhérer à sa vision. Et c'est l'une des raisons pour laquelle cette énième tentative de dialogue à la Nonciature apostolique, comme toutes les autres, n'a abouti à aucun accord permettant de sortir le pays de ce trou. Évoqué par Paul Denis de INIFOS, le chef de l'État refuse d'abandonner la dernière année de son quinquennat au profit d'un accord politique.
Pourtant, le Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RDNP) qui, depuis quelque temps, marche aux côtés du pouvoir, exhorte le chef de l'État à accepter la réduction d'un an de son mandat en vue de provoquer le retour de l'opposition radicale à la table des négociations. Le parti prône la poursuite du dialogue entre le gouvernement et les diverses tendances de l'opposition en vue de parvenir à un accord politique.
RDNP reste confiant qu'un accord est possible entre le gouvernement et l'opposition modérée, et avec même l'opposition radicale qui, jusqu'à présent, n'a jamais pris part à aucun des dialogues initiés par le chef de l'État. Les dirigeants du RDNP croient que les négociations devaient se poursuivre afin d'inclure l'opposition radicale pour un large consensus. À propos d'un gouvernement sans la présence manifeste de l'opposition, RDNP croit que cela pourrait contribuer à l'aggravation de la crise politique qui, d'après eux, bloque le processus de développement du pays et la résolution d'autre crise encore profonde dans le pays.
Au terme des trois journées de discussions qui se sont déroulées au cours du week-end, deux propositions étaient sur la table. L'une prévoit la mise place d'un gouvernement et le lancement de réformes, l'autre une réduction de la durée du mandat du chef de l'État. Jovenel Moise s'est accroché à la première proposition : celle formulée par son équipe. Mais beaucoup d'autres partis politiques, comme UNIR-HAITI, INIFOS, RDNP, FUSION, etc., veulent non seulement la formation d'un gouvernement de consensus, mais également un effort patriotique de la part du chef de l'État pour la réalisation d’élections anticipées.
Puisque Jovenel Moise refuse de négocier ce point, les discussions s'arrêtent au niveau des propositions. Pas d'accord en vue. Il s’agit d’un échec total et le Core Group a regretté la tournure prise par les évènements.
Pourtant, le pouvoir parle d'avancées positives
Le conseiller du président Jovenel Moïse, Jude Charles Faustin, parle d'avancées positives dans les discussions qui ont eu lieu à la Nonciature. La Présidence haïtienne estime que la conférence politique a permis de réaliser des avancées dans les négociations pour une nouvelle constitution et la formation d'un gouvernement. En ce qui a trait aux désaccords, la Présidence veut prouver que ce sont les partis de l'opposition qui n'ont pas pu trouver une entente sur la gouvernance et la provenance du prochain chef de gouvernement. Par ailleurs, cette énième tentative de dialogue ratée pousse certains observateurs à se questionner sur la volonté réelle d’un dialogue, si personne ne veut faire de concessions.
Dans ce cas, pourquoi faire semblant de dialoguer? Certains osent même croire que le chef de l'État a déjà des idées en tête. Par conséquent, il est uniquement dans le besoin de les légitimer via un processus de dialogue réunissant ses opposants ainsi que ses alliés politiques.
Evens REGIS
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