REGARDS SUR LA JEUNESSE
Et si les universités haïtiennes mobilisaient l'expertise de leur diaspora et des universités partenaires ?
L'une des plus grandes richesses d'Haïti ne se trouve ni dans son sous-sol ni dans ses ressources naturelles. Elle réside dans son capital humain. Des milliers d'universitaires, de chercheurs, de professeurs et de professionnels haïtiens enseignent aujourd'hui dans des universités prestigieuses aux États-Unis, au Canada, en France, en Amérique latine et ailleurs dans le monde. Pourtant, cette immense expertise demeure largement absente de nos universités.
Et si Haïti décidait enfin de transformer cette diaspora académique en un véritable levier de développement de l'enseignement supérieur ? La Corée du Sud offre une source d'inspiration particulièrement intéressante. En plus d'investir massivement dans ses propres universités, elle a su créer des partenariats internationaux permettant à des professeurs coréens établis à l'étranger ainsi qu'à des enseignants étrangers provenant des meilleures universités du monde de venir dispenser des cours intensifs, des séminaires spécialisés et des formations de courte durée. Cette stratégie a permis d'introduire rapidement de nouvelles connaissances, d'améliorer la qualité de l'enseignement et de renforcer les capacités des universités sud-coréennes.
Pourquoi Haïti ne pourrait-elle pas adopter une approche similaire ?
Nos universités pourraient créer des programmes de maîtrise modulaires composés de blocs d'enseignement intensifs. Au lieu d'exiger la présence permanente d'un professeur pendant tout un semestre, chaque module pourrait être assuré par un spécialiste reconnu, venant enseigner pendant une ou deux semaines, en présentiel ou dans un format hybride combinant enseignement à distance et activités sur le campus.
Cette approche offrirait une flexibilité exceptionnelle. Un professeur haïtien enseignant dans une université américaine pourrait consacrer ses vacances d'été ou d'hiver à donner un module en Haïti. Un chercheur basé au Canada pourrait intervenir pendant une semaine dans son domaine d'expertise. Un enseignant d'une université mexicaine, brésilienne, chilienne ou colombienne pourrait participer à un programme régional de coopération universitaire.
La proximité géographique d'Haïti constitue d'ailleurs un avantage considérable. Nous sommes situés à quelques heures de vol des États-Unis, du Canada, du Mexique et de nombreux pays d'Amérique latine. Cette position géographique facilite la mobilité des enseignants et réduit considérablement les coûts de déplacement comparativement à d'autres régions du monde.
Au-delà de la diaspora haïtienne, nos universités pourraient conclure des partenariats avec des établissements nord-américains, européens et latino-américains afin d'inviter régulièrement des professeurs étrangers à intervenir dans des domaines où les compétences locales sont insuffisantes ou émergentes.
Les bénéfices seraient nombreux, tels que: les étudiants auraient accès à des enseignants possédant une expérience internationale et exposés aux dernières avancées scientifiques et technologiques. Les professeurs haïtiens pourraient développer des collaborations de recherche, publier avec des collègues étrangers et participer à des réseaux universitaires internationaux. Les universités renforceraient leur réputation, amélioreraient la qualité de leurs programmes et augmenteraient leur attractivité auprès des étudiants.
Cette approche serait particulièrement pertinente dans des domaines en constante évolution comme l'intelligence artificielle, la cybersécurité, la santé publique, les sciences de l'éducation, la gestion des catastrophes, le changement climatique, l'administration publique, l'ingénierie, les technologies de l'information, l'agriculture moderne, les énergies renouvelables, le sport, le tourisme ou l'entrepreneuriat.
Les programmes modulaires offriraient également une plus grande flexibilité aux professionnels. Un enseignant, un fonctionnaire, un entrepreneur ou un cadre du secteur privé pourrait suivre un module intensif pendant quelques jours, obtenir une certification, puis revenir plus tard suivre d'autres modules jusqu'à compléter une maîtrise.
Ce modèle favoriserait aussi la création de diplômes conjoints entre les universités haïtiennes et leurs partenaires internationaux. Un étudiant pourrait ainsi suivre certains modules en Haïti avec des professeurs invités, d'autres en ligne avec une université étrangère, tout en obtenant un diplôme reconnu par plusieurs établissements.
Une telle réforme ne nécessiterait pas forcément des investissements gigantesques. Elle demanderait avant tout une vision stratégique, une bonne coordination et une politique nationale de coopération universitaire. Les technologies numériques permettent déjà d'assurer une partie des enseignements à distance, tandis que les modules en présentiel pourraient être concentrés sur de courtes périodes.
Haïti dispose déjà de nombreux professeurs, chercheurs et experts de haut niveau vivant à l'étranger. Beaucoup seraient prêts à contribuer au développement de leur pays si un cadre institutionnel clair leur permettait de le faire. De la même manière, de nombreux universitaires étrangers seraient disposés à participer à des programmes d'échanges académiques avec les universités haïtiennes.
Le véritable défi n'est donc pas l'absence de compétences. Il réside dans notre capacité à créer les mécanismes permettant de les mobiliser.Tout comme le sport haïtien peut gagner en recrutant les meilleurs talents de sa diaspora, notre enseignement supérieur peut franchir un nouveau cap en recrutant les meilleurs cerveaux haïtiens et internationaux pour former la prochaine génération de leaders. Dans une économie fondée sur la connaissance, les universités ne doivent plus être limitées par leurs frontières géographiques. Elles doivent devenir des plateformes ouvertes sur le monde, où les idées, les compétences et les expériences circulent librement au service du développement national.
Ce modèle pourrait également être étendu à la formation des enseignants du primaire et du secondaire, aux écoles de médecine, aux facultés de droit, aux écoles d'ingénieurs et aux instituts de formation professionnelle, afin de créer un véritable réseau international de coopération académique au service du développement d'Haïti.
Bony Eugène Georges
Global Sport Manager
Commentateur & Analyste Sportif
Professeur de Mathématiques et de Sciences
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