Comprendre le discours du 9 juillet 2003 de Brian Dean Curran dans un contexte de crise politique actuelle
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( Dernière partie)
Haïti avec des autorités mal élues, immorales, incompétentes et corrompues
Les aides faites par les pays et les organisations internationales au pays pendant le processus dit de transition démocratique initié dans l’Haïti post-Duvalier, s’élèvent à des milliards de dollars. Si elles avaient été utilisées à bon escient, de telles aides et dépenses pour les élections auraient dû conduire à des améliorations dans ce processus démocratique, mais malheureusement, elles ont en réalité seulement servi à enraciner le statu quo du système corrompu dont les politiques publiques entravent toujours le développement de cette transition démocratique interminable. « Les pays donateurs ne donnent pas par pur altruisme, ils avancent leurs intérêts stratégiques et économiques. L’aide fournie implique souvent que le pays récipiendaire achète en contrepartie au donateur, à un prix généralement plus élevé que le marché. Il est opportuniste pour les pays développés de soutenir ces dirigeants corrompus, car cette situation permet aux grandes puissances de plus facilement négocier leur accès aux ressources fabuleuses… Plutôt que devoir faire face à une vraie démocratie qui poserait ses conditions. Autant maintenir au pouvoir un gouvernement amadoué par l’aide et d’approuver la tenue d’élections arrangées de façon à garder bonne conscience. » (11)
Mais pour parvenir à une élection crédible, l’institution appelée à l’organisation de la compétition électorale doit, pendant tout le processus, « obéir à des normes neutres et bien précisées, afin d'éviter d’incliner la balance en faveur d’une force politique, fait qui pourra mettre en doute la crédibilité du système politique. Il faut donc assurer tous les groupes politiques qu’ils ont des chances égales d’accès au pouvoir et que les règles du jeu sont garanties par des lois impartiales. » Mais, dans le cas d’Haïti, comme il arrive très souvent, ce sont des élections frauduleuses, manipulées dans l’intérêt d’un petit groupe.
Général de Gaulle disait que « les États-Unis n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. » Mais, comment ne pas souvent penser à cette phrase de ce général français quand on observe, à l’ère de la démocratie, compte tenu de sa force politique, économique et militaire dans le monde, comment les USA, à travers leurs ambassades dans bien des régions, influencent les décisions politiques des petits pays pour défendre leurs intérêts, tout en ignorant ceux de leurs supposés amis.
Ce qui fait que, du chanteur Sweet Micky, fait président par l’international, à son poulain ‘’nèg bannan’’, supporté par cette même communauté internationale ou le Core Group, la transition démocratique se trouve, depuis bien des années, dans l’impasse.
Imposé par l’international et le statu quo national à travers la mascarade électorale de 2016, comme son prédécesseur Sweet Micky, le chef de l’État, deuxième version, issu du parti Tèt Kale était arrivé au pouvoir dans un contexte très difficile. Ainsi, les problèmes de légitimité et de crédibilité du poulain de l’international, suivi de son incompétence dans la gestion de la chose publique du pays, étaient un handicap majeur tout le long de son fonctionnement au pouvoir. Pour un président qui avait, non seulement entretenu des liens d’amitié avec d’autres dirigeants du parti PHTK, mais lui-même, tremper dans des affaires louches avec des hommes et femmes d’affaires du secteur privé, le chef de l’État pataugeait dans la corruption de toute sorte.
Contrairement à ce que pensaient et pensent encore les supporteurs du statu quo, les dirigeants politiques, de ces dernières années, pillaient et continuent encore à piller le Trésor public du pays. L’implication des hommes d’État des dernières élections dans des actes mafieux est visible à l'oeil nu. Même le simple citoyen n'a besoin ni de télescope ni de microscope pour voir bouger sous ses yeux les vices de la corruption érigée comme système et qui fragilise la nation davantage au point de l’enfoncer encore plus dans une situation d'État failli.
Le pays n’était pas gouverné
Les inégalités sociales sont si criantes entre ceux qui possèdent tout et ceux qui n’ont rien. Des bandits sont de connivence avec des élus. Entre-temps l’administration publique se dévalorise chaque jour. En effet, le drame socio politique auquel Haïti fait face durant respectivement les deux administrations du chanteur Sweet Micky et de ‘’nèg bannann’’ est indubitablement lié à la défaillance des institutions à répondre aux problèmes du pays.
Car, sous les yeux des soi-disant autorités du pays, la situation socio-politique se détériore. Pendant les dix dernières années de mandat des hommes imposés de Washington, vu de leurs incapacités de convocation et de contrôle de ces deux présidents, Haïti vivait et vit encore une situation de tension généralisée qui fait peur. Quand ce n’était pas à Grand Ravine, Ti Bwa, Village de Dieu au Bicentenaire dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, c’est dans presque toutes les grandes villes du pays que les armes automatiques se font entendre. N’en parlons pas de la tuerie organisée contre les pauvres gens de La Saline, de Cité soleil, de Carrefour-feuilles, Pont-Rouge et Bel-Air en plusieurs occasions. Partout, les bandits imposent leurs lois. Face à cette situation, toutes les institutions sont impuissantes à ce qui se passe au pays.
De plus, le pays fait face à de sérieuses crises sociétales comme l’éclatement de l’espace urbain, l’insécurité, l’impunité, un système de transport défaillant, des problèmes de dépréciation de la monnaie nationale (gourde) par rapport au dollar américain, de corruption, d’analphabétisme, de pénurie de carburant depuis plusieurs semaines, de cherté de la vie, de kidnapping, de la prolifération des armes dans les quartiers populaires, pendant que rien n’est fait pour résoudre ces problèmes complexes, donc le pays est pris en otage par un état paria.
Oui, cela fait longtemps que la République est dirigée par des administrations les unes les plus incompétentes, insouciantes et corrompues que les autres. Pour un pays d’une superficie de 27,750 km2, quand il y a des bandits sur presque tout le territoire, donc que contrôle l’État? C’est un État qui n’a aucun pouvoir de contrôle et de convocation. Quand sur la terre héroïque de Dessalines, l’expression de violence, avec des gangs armés de connivence avec des élus, est la règle, le pays est donc dirigé par un État voyou en mauvais état de délinquance.
Dans son texte titré : une révolution pour Haïti, publié dans les colonnes Journal de Montréal, Loïc Tassé opine que: « Rarement un pays a été gouverné par une brochette de bandits et d’incompétents...Tant que les élites actuelles resteront au pouvoir, rien ne changera. Elles continueront à s'empiffrer, entre autres grâce à l'argent qui arrive généreusement de l’étranger… »
Comme plus que cela change avec la litanie des élections frauduleuses des législatives et présidentielles des dernières années plus les choses sont restées les mêmes pour la classe défavorisée, donc le futur d’Haïti est incertain.
Mais où sont donc les universitaires de ce pays ? Où sont-ils, les diplômés du FUBRIGHT, de Harvard, Columbia, Stanford, Georgetown et autres universités américaines, de la Sorbonne ou de HEC, McGill ou Laval dont parlait l’ambassadeur américain ?
Si, au nom de la démocratie, la communauté internationale a toujours le dernier mot dans un processus électoral en Haïti, aux États-Unis, le pays de l’ambassadeur, les choses se font différemment. Lors de la crise électorale des élections présidentielles de novembre 2000 opposant respectivement les candidats républicains et démocrates George W. Bush et Al Gore, Bill Clinton, alors Président sortant, n’avait pas fait appel à l’OEA pour trancher sur un sujet de souveraineté nationale. Comme cela se fait à chaque élection en Haïti, la « république des comédiens. », plus récemment, alors que le président sortant Donald Trump contestait les résultats des élections de novembre 2020, il n’avait pas sollicité l’expertise des membres de l’OEA pour trancher sur la crise, alors que le bureau de l’organisation hémisphérique n’était pas loin de la Maison Blanche.
Pour les élections aussi bien que du pouvoir politique en Haïti, c’est comme dans les animaux malades de la peste de Jean Lafontaine. Selon que vous soyez pro ou anti-impérialiste, la communauté internationale peut vous rendre blancs ou noirs. Depuis leur départ de leurs dix-neuf années d’occupation d’Haïti (1915-1934), les États-Unis sont, par le truchement de leur ambassade à Port-au-Prince, devenus une force de déstabilisation de la politique haïtienne. De par ses agents sur le terrain, Washington peut décider à n’importe quel moment de la destinée d’un candidat à la présidence aussi bien que de celle d’un chef d’État en fonction, surtout si ce président essaie de remettre en cause ses intérêts. « L’histoire a démontré plus d’une fois que lorsque les dirigeants des pays exploités ne font pas l’affaire des grandes puissances, élus démocratiquement ou non, ils sont diabolisés. Durant la guerre froide, on les accusait d’être communistes, aujourd’hui la tendance est de les accuser d’être en violation des principes des droits humains. » (12)
Donc, si aujourd’hui, Haïti est un pays de merde, le peuple haïtien est en droit de questionner pourquoi les pays dits amis d'Haïti trop souvent portent leur appui à des leaders obscurantistes et permettent à ces derniers de perdurer au pouvoir au détriment du bien-être des masses défavorisées dans les quartiers pauvres aussi bien que de l’implantation d’une vraie démocratie. Il est incohérent que les États-Unis, par le biais de la section culturelle de son ambassade à Port-au-Prince, cherchent à dynamiser sa diplomatie publique et un meilleur rapprochement entre les deux pays en permettant à des jeunes haïtiens brillants et prometteurs d'étudier dans de grandes universités américaines, pendant que Washington, dans le choix de leurs partenaires politiques, se positionner de préférence en faveur des cancres au pouvoir. Au lieu de supporter une nouvelle classe de leaders versés dans les idées modernes de la démocratie et de la bonne gouvernance, lorsqu’il s’agit de joutes électorales servant à décider quels modèles de leaders vont présider aux destinées d'Haïti, c’est tout le contraire qui s’est fait. Et si, accidentellement, l’ambassade américaine faisait de la promotion d’un gradué de leur université, s’il n’est pas un agent double, c’est sans ambages, un soumis au style de ‘’yes sir’’. Face à ce constat, que faire ? Que peut-on espérer ? Y a-t-il encore de l’espoir ?
Où sont passés les universitaires dont parlait l’ancien ambassadeur américain?
Comme Diogène, le pays cherche d’autres Manuel et Anaïse pour faire le grand coumbite. « On se rappelle sans doute de cette courte anecdote concernant Diogène de Sinope, le cynique, rapportée ici par Diogène Laërce : » Ayant allumé une lanterne en plein jour, il dit : "Je cherche un homme. » (Vies et doctrines des philosophes illustres, VI, 41, éd. Goulet-Cazé, p. 718.)
Ils sont nombreux parmi des cadres et universitaires haïtiens vivant à l’intérieur comme à l’extérieur du pays qui, quotidiennement, se plaignent de la situation sociopolitique en Haïti et de l’absence de visions ou de dirigeants compétents pour tacler les problèmes. Ils sont des anciens gradués de l’Université d’État et des Universités privés d’Haïti aussi bien que de boursiers de l’ambassade américaine à Port-au-Prince. De plus, ils sont nombreux ces gradués des universités d’Haïti qui ont aussi suivi des séminaires de formation dans de grandes institutions nord-américaines. Pourquoi ces universitaires ne sont-ils pas encore au timon des affaires de l’État ? S’ils ne sont pas encore à des postes électifs, pourquoi ne sont-ils pas à des postes nominatifs pour défendre les intérêts du pays?
Quand, à travers le Core Group, Washington préfère des dirigeants non qualifiés à ceux qui ont fait de grandes études dans leurs universités, il y a lieu de questionner le type de formation qu’offrent ces institutions ou les intérêts politiques que l’impérialiste américain plaçait dans ses dirigeants incompétents et immoraux. Qu’est-ce qui est plus important, faire de la promotion des universités nord-américaines à partir des dirigeants bien formés avec de grandes valeurs morales au timon des affaires de l’État ou défendre les intérêts politiques de l’Oncle Sam avec des leaders incompétents, mais surtout soumis à leurs idéaux anti-démocratique?
Peu importe ce que cherche Washington, dans le domaine du sport, on dit souvent qu’on ne change pas une équipe qui gagne. Mais, quand l’équipe est incapable de donner des résultats, on est obligé de la changer. À commencer par les dirigeants, les entraineurs, jusqu’aux joueurs réservistes. Pas de replâtrage. Le peuple haïtien veut des résultats. Est-ce un tabula rasa du système qui viendra avec ces universitaires compétents avec de grandes valeurs morales et de l’expérience dans les affaires publiques ou la participation de ces cadres à des postes de commande qui mettra fin à ce système corrompu et médiocre pour finalement remettre le pays sur la voie du changement ? En attendant de trouver une réponse à toutes ces pertinentes questions, on est en droit de demander à l’ambassade américaine à Port-au-Prince, où sont passés ces universitaires dont parlait leur ancien ambassadeur en juillet 2003 ? Qui sait si parmi ces universitaires, on ne trouvera pas des fils ou des filles de Manuel et d’Anaïse qui puissent, par leurs grandes visions de changement, conduire le pays vers l’entente et la conférence nationale que prônait l’ancien sénateur, Dr Tuneb Delpé.
Prof. Esau Jean-Baptiste
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