L’explosion d’un camion-citerne : Beaucoup de bruit pour rien ?
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Dans la nuit du 13 au 14 décembre 2021, selon la plupart des médias haïtiens et relayés par la presse internationale, un camion-citerne qui transportait de l’essence a explosé dans la deuxième ville la plus importante du pays, Cap-Haitien. Cette situation a malheureusement causé la mort de plusieurs dizaines de citoyens et citoyennes, si l’on s’appuie sur des sources « officielles ».
Comme toute situation malheureuse, voire catastrophique, elle a beaucoup suscité de discours, en particulier sur les Réseaux sociaux, s’inscrivant dans un registre de tristesse, de sympathie et d’empathie. Certains en ont profité pour (ré) activer leur critique la plus aboutie faisant croire que l’irresponsabilité des autorités concernées n’est pas sans lien avec cette « catastrophe ».
Ce présent article n’a pas pour objectif de mettre en avant des jugements de valeur ou bien de justifier ou pas des manifestations émotionnelles constatées sur ces Réseaux, mais plutôt de comprendre ce qui s’est produit dans une perspective d’analyse de politique publique concernant les catastrophes et les risques. Par contre, cela ne nous empêche pas de formuler l’hypothèse qui est la suivante : l’explosion d’un camion-citerne peut causer moins de dégâts possibles si les parties prenantes considèrent les explosions antérieures comme une « fenêtre d’opportunités ».
Diriger : c’est prévoir ou c’est hériter ?
Dans cette partie de cet article, nous pointons en filigrane la question de prise de décision des autorités publiques. Selon une formule, très connue d’ailleurs, diriger c’est prévoir. Dans une certaine mesure, celle-ci tient tout son sens, car quand on dirige, il faut surtout anticiper quand il s’agit de situations qui sont déjà connues et identifiables par les acteurs concernés.
Dans cet ordre d’idées, si l’on revient sur la situation du 13-14 décembre au Cap-Haitien, il n’est pas difficile de constater qu’il y avait une insuffisance marquée de prévention de la part de ces acteurs-là. Car, d’autres explosions de camion-citerne ont été produites dans le pays et tout le monde était censé informer de ce risque. On n’est absolument pas en présence d’une situation relevant de la fatalité. Par extension, les accidents de ce type sont répétés partout dans le monde, nous pensons notamment au Japon et d’autres pays, mais des politiques préventives ont été mises en place pour diminuer l’aggravation en pertes humaines et matérielles.
Nous venons de voir dans quelle mesure diriger, c’est prévoir a un sens. Toutefois, ce slogan présente des limites si l’on étudie en profondeur l’action publique. En effet, diriger, c’est hériter. L’héritage dont il question ici est en lien avec l’inertie des pratiques antérieurement ancrées dans la culture organisationnelle même des institutions étatiques (voir les travaux sur l’institutionnalisme historique). Ainsi, diriger en Haïti dans ce cas, nous semble-t-il, c’est hériter, pas forcément prévoir et souvent hériter des mauvaises pratiques antérieures. Cela sous-entend que, la carence en termes de prévention de risques liés à l’explosion d’un camion-citerne était bel et bien constatée par des gouvernements passés, donc transmise à celui qui est présent et probablement peut alimenter les gouvernements qui viennent si l’on continue dans ce sillage inintéressant. On est donc dirigé par des dirigeants et dirigeantes qu’on pourrait qualifier de « vag » en créole haïtien.
Catastrophe en Haïti à l’aune de la mise à l’agenda gouvernemental
Beaucoup de politiques publiques en matière de prévention de risques ont émergé à la suite d’un accident ou d’une « catastrophe ». Nous pouvons prendre l’exemple du 11 septembre 2001, les États-Unis subissent une attaque terroriste sans précédent sur leur territoire, qui a causé la mort de près de 3 000 personnes. Après cet « attentat », des politiques de sécurité, surtout en matière de voyage, sont mises en œuvre et/ou ont renforcé. Par conséquent, dans la gestion publique, des situations imprévisibles ne jouent pas un rôle marginal, surtout quand les vies des citoyens en enjeu.
Quand surviennent des situations non familières et catastrophiques, cela constitue une sorte de « fenêtre d’opportunités » (voir les travaux de Kingdon) pour faire émerger des situations étant perçues comme problèmes dans un agenda, où ils font l’objet d’un traitement, sous une forme ou une autre, de la part des autorités publiques (DE MAILLARD Jacques et KÜBLER Daniel, 2015).
Force est de constater que des autorités publiques haïtiennes privilégient une sorte de déni pour empêcher certaines situations perçues comme problèmes, comme l’explosion d’un camion-citerne, à intégrer l’agenda gouvernemental afin d’anticiper les enjeux et les risques. Par ailleurs, la non mise en débat, dans les espaces publics, de ces derniers viennent fructifier nos malheurs. Donc, dans un esprit constructif, nous proposons les recommandations suivantes :
- Former et mettre en place des acteurs et actrices programmatiques pouvant anticiper voire porter les enjeux liés aux risques naturels ou pas ;
- Faire imprégner dans le secteur public haïtien une culture de prévention de risques et de gestion de crise ;
- Permettre aux citoyens et citoyennes haïtiennes de prévenir des autorités publiques concernées sur des situations présentant des dangers imminents et/ou potentiels dans un espace donné ;
- Informer la population haïtienne, via tous les supports disponibles, sur les différents risques qui peuvent affecter ou affectent leur quotidien ;
- Mettre en place des politiques mémorielles afin que les différentes parties prenantes puissent se rappeler des situations catastrophiques pour valoriser le principe de précaution sur le temps long.
Auteur : Amos FRANÇOIS, politiste, spécialisé en Analyse des Politiques publiques et Consultant en Affaires publiques
contact.amosfrancois@gmail.com
Référence citée
DE MAILLARD Jacques et KÜBLER Daniel, 2015, Analyser les Politiques publiques, PUG, p.253.
6 commentaires
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PIERRE Guisny
Ce article peut être une véritable outil de prevention en ce qui concerne les differents risques auxquels fait face la population si les prétendus responsables du pays étaient vraiment responsables . Malheureusement ...!
5 réponses
PIERRRE Guisny
Super travail Ce article peut être un véritable outil de prevention en ce qui concerne les differents risques auxquels fait face la population si les prétendus responsables du pays étaient vraiment responsables . Malheureusement ... !
PIERRE Guisny
Cet article peut être un véritable outil de prevention en ce qui concerne les differents risques auxquels fait face la population si les prétendus responsables du pays étaient vraiment responsables . Malheureusement ...!
PIERRE Guisny
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PIERRE Guisny
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PIERRE Guisny
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