Le 16 mai dernier, à l’occasion de la commémoration du drapeau haïtien, l’association Zenix Gouvernance, présidée par Williamson Belfort, a organisé à Paris une soirée de réflexion, de transmission culturelle et de rassemblement autour de l’histoire et de l’identité haïtienne. Intitulé « Hommage au drapeau haïtien-mémoires, cultures et engagements en diaspora », l’événement a réuni universitaires, artistes, entrepreneurs, juristes, responsables associatifs et membres de la diaspora autour d’une ambition commune : interroger la signification contemporaine du drapeau haïtien loin d’Haïti, tout en réaffirmant les liens humains, culturels et politiques qui unissent les Haïtiens de la diaspora à leur pays d’origine. Dès l’ouverture de la soirée, placée sous les bons auspices de la ville de Paris, le ton fut donné par les mots d’accueil prononcés par Williamson Belfort, qui rappela que cette commémoration ne devait pas être réduite à un simple hommage symbolique, mais constituer un espace vivant de dialogue, de mémoire et d’engagement collectif. Le programme a ensuite fait place à la table ronde modérée par Philomé Robert qui s’est ouverte dans une atmosphère à la fois studieuse et profondément émotionnelle.
Une réflexion collective sur le drapeau, l’histoire et la diaspora.
Premier intervenant de la soirée, le géographe Jean-Marie Théodat a posé les bases historiques et symboliques de la discussion. Revenant sur l’évolution du drapeau haïtien, passé du tricolore français au bicolore bleu et rouge sous l’impulsion de Jean-Jacques Dessalines, il a rappelé que cet emblème était avant tout « un vecteur de principes et de valeurs ». Le drapeau haïtien demeure selon lui le symbole d’une liberté conquise par le combat. Son intervention a également permis d’aborder la réalité contemporaine de la diaspora haïtienne en France, marquée par des déplacements multiples, des ancrages variés et une « identité transitive » façonnée entre plusieurs mondes. Évoquant une anecdote familiale autour du sentiment d’appartenance au drapeau, Jean-Marie Théodat a invité le public à regarder « ce qu’il y a derrière le drapeau » : l’histoire, les sacrifices, mais aussi les contradictions et les aspirations d’un peuple.
L’ancien officier des gardes présidentiels d’Haïti Elliott Roy a ensuite livré un témoignage personnel profondément marqué par l’histoire politique haïtienne et l’exil sous la dictature des Duvalier. Évoquant les cérémonies patriotiques de son enfance - les gardes d’honneur, les commémorations scolaires ou encore le drapeau noir et rouge de l’époque duvaliériste - il a décrit la manière dont le drapeau est devenu, en diaspora, un véritable « cordon ombilical » reliant les Haïtiens à leur terre natale. Au-delà des divisions politiques, il a appelé à dépasser les blessures du passé pour préserver ce qui unit encore les générations dispersées à travers le monde.
Dans une intervention très remarquée, Ruth Pierre a insisté sur l’importance de la transmission historique et culturelle. « Être haïtien est un état d’être », a-t-elle affirmé avec conviction, soulignant combien de nombreux jeunes issus de la diaspora connaissent encore mal l’histoire exceptionnelle d’Haïti, première république noire indépendante du monde. Engagée dans des projets entrepreneuriaux et culturels entre la France et Haïti, elle a plaidé pour une meilleure valorisation de la contribution haïtienne à l’histoire universelle et à l’identité française contemporaine.
La parole artistique a ensuite trouvé toute sa place avec l’intervention de Jehyna Sahyeir, artiste installée à Paris depuis plusieurs années. Entre musique, mémoire et médiation culturelle, elle a décrit son parcours d’artiste haïtienne en diaspora comme une forme d’ambassade culturelle permanente. Évoquant le rara, le jazz et les traditions populaires haïtiennes, elle a rappelé que la fierté d’être haïtien s’accompagne souvent d’une douleur intime face aux difficultés traversées par le pays. « On saigne aussi d’être haïtiens », a-t-elle confié avec émotion.
Le débat s’est poursuivi avec Olivier Métellus, qui a mis l’accent sur la diplomatie culturelle et les possibilités de transformation de l’image d’Haïti à l’international. Revenant sur des projets de coopération culturelle entre Jacmel et certaines villes françaises, notamment autour du recyclage et de la valorisation artistique des déchets, il a insisté sur la nécessité de raconter autrement Haïti : non pas uniquement à travers les crises, mais aussi à travers sa créativité, sa beauté et son potentiel humain.
Avocat au Barreau de Paris et expert en intelligence économique, engagé dans les questions de développement, Pierre-Stanley Perono a quant à lui replacé la diaspora au cœur des enjeux politiques et économiques contemporains. Revenant sur la symbolique du geste de Dessalines rapprochant le rouge et le bleu du drapeau, il a rappelé que la nation haïtienne s’est construite autour d’un idéal d’émancipation et d’ouverture aux peuples opprimés. Selon lui, la diaspora représente aujourd’hui une force considérable qui doit davantage s’organiser afin de peser dans les décisions économiques et institutionnelles touchant l’avenir du pays. « Les outils existent pour lever des fonds et investir », a-t-il déclaré, appelant à dépasser les peurs et les divisions.
Né en France, Vincent Roy a offert une perspective plus intime sur la transmission intergénérationnelle de l’identité haïtienne. Entre les récits héroïques transmis par son père Elliot et l’univers littéraire porté par sa mère française, il a raconté comment Haïti s’est imposée à lui comme un imaginaire puissant, nourri de musique, de culture et de mémoire familiale. Aujourd’hui père de deux enfants, il s’interroge à son tour sur la manière de transmettre une image positive et solide d’Haïti aux nouvelles générations.
Enfin, Chrisda Cerutil, présidente de l’association Lutte des Choisis a conclu la série d’interventions par une réflexion sur la jeunesse, la spiritualité et la responsabilité collective. Évoquant le vaudou comme mémoire des combats et des sacrifices historiques, elle a insisté sur le devoir de transmission porté notamment par les femmes et les mères au sein des familles haïtiennes. Son intervention a rappelé que l’unité demeure l’un des grands défis de la diaspora contemporaine.
Un échange vivant autour des responsabilités de la diaspora
La seconde partie de la conférence a donné lieu à un échange nourri avec le public. Les discussions ont porté sur les investissements de la diaspora, la situation politique haïtienne, la question des gangs, le développement des infrastructures ou encore le rôle des puissances étrangères dans l’histoire récente du pays.
Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité pour la diaspora de ne pas se limiter à une solidarité affective, mais de participer activement à la construction de solutions concrètes dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’économie ou de la gouvernance. D’autres ont rappelé qu’aucun changement durable ne pourrait se faire sans un pouvoir légitime et une volonté collective de rassemblement.
À la question finale posée par le modérateur Philomé « Comment porter aujourd’hui le drapeau haïtien en diaspora ? »
les réponses ont convergé autour d’une même idée : faire vivre les valeurs d’humanité, de liberté et de solidarité incarnées par l’histoire haïtienne. Plusieurs participants ont souligné que le patriotisme ne devait jamais conduire à l’aveuglement, mais rester fidèle à un idéal humaniste et universel.
Une photo de groupe réunissant organisateurs, intervenants et participants autour du drapeau haïtien est venue conclure ce moment d’échange et de débat placé sous le signe de la mémoire, de la culture et de l’engagement citoyen.
Poésie, musique et mémoire vivante.
Après un intermède, la soirée s’est poursuivie par une séquence culturelle intitulée « Carnets de rêves et d’amour pour Haïti », marquant une transition sensible entre réflexion citoyenne et expression artistique. Si, dans la première partie, Williamson Belfort intervenait dans son rôle de président de Zenix Gouvernance, engagé dans l’animation du dialogue et la mise en perspective des enjeux mémoriels et citoyens, cette seconde séquence a laissé émerger une autre facette de son parcours : celle du comédien-conteur. Aux côtés de Watson Charles et de Fabian Charles, les lectures poétiques ont offert un moment de respiration artistique et mémorielle. Les textes, tour à tour engagés, nostalgiques ou porteurs d’espérance, ont rendu hommage à la dignité du peuple haïtien ainsi qu’à la force de sa culture. À noter en particulier la lecture émouvante du remarquable poème lyrique Mon Pays de Marie-Thérèse Colimon Hall, interprété par Williamson Belfort avec une sensibilité nourrie par les traditions orales et la scène, les lectures croisées du nouveau recueil Constellations des ruines de Watson Charles, sans oublier le vibrant Poème du 18 mai de Fabian Charles, qui a résonné comme un hommage vibrant au drapeau haïtien et à la mémoire collective.
L’accompagnement musical de Grégoire Chéry a renforcé l’intensité émotionnelle de cette séquence. Entre musique traditionnelle et inspirations contemporaines, l’artiste a rappelé combien la culture demeure un refuge, un espace de résistance et un outil de transmission pour les communautés diasporas à travers le monde.
À l’issue de cette seconde partie, Williamson Belfort, a tenu à adresser ses remerciements aux partenaires ayant contribué à la réalisation de cet hommage au drapeau haïtien, notamment Ton Île, la Ville de Paris et le Consulat Général de la République d’Haïti à Paris, pour leur confiance, leur appui et leur engagement. Il a également salué l’ensemble des intervenants, artistes, bénévoles et participants, dont la mobilisation a permis de faire de cette rencontre un moment vivant de mémoire, de transmission et de dialogue autour d’Haïti et de sa diaspora.
Un moment de fraternité autour du drapeau haïtien
La soirée s’est achevée dans une ambiance conviviale autour d’un cocktail et de discussions informelles entre les invités, les intervenants et le public.
Ce dernier temps de rencontre a permis de prolonger les échanges engagés durant la conférence dans un cadre plus détendu, favorisant les contacts, les projets communs et les rapprochements humains.
À travers cette initiative, l’association Zenix Gouvernance a démontré que la célébration du drapeau haïtien dépasse largement le cadre symbolique. Elle constitue un espace de réflexion sur l’identité, la transmission et le rôle de la diaspora dans la construction de l’avenir haïtien. Cette soirée aura surtout rappelé une conviction partagée par l’ensemble des participants : malgré les distances et les difficultés, le drapeau haïtien demeure un puissant symbole d’unité, de résistance et d’espérance.
Le Pèlerin.
