Dans les ruelles chargées d'histoire de Vitré, en Bretagne, un nouvel habitant s'est récemment installé avec dans ses bagages une riche expérience littéraire, une mémoire haïtienne vivante et une profonde admiration pour sa terre d'accueil. L'écrivain haïtien Étienne de Saint-Exil a choisi de poser ses valises dans cette cité médiévale d'Ille-et-Vilaine, où il espère désormais construire des passerelles culturelles entre Haïti et la Bretagne.
Arrivé il y a seulement quelques mois à Vitré, l'auteur ne cache pas son enthousiasme. Son installation trouve son origine dans une invitation familiale. « Ma sœur vit ici depuis quinze ans. Elle m'a invité et je me suis dit que j'allais rester », confie-t-il. Mais au-delà des liens familiaux, c'est la Bretagne elle-même qui l'a séduit.
« J'admire la Bretagne », affirme l'écrivain avec conviction. Une admiration qui dépasse les paysages et touche à l'histoire, à la culture et au patrimoine de la région. Récemment admis au sein d'une association d'écrivains bretons, Étienne de Saint-Exil souhaite désormais contribuer au dialogue entre son pays natal et sa région d'adoption. Pour lui, les similitudes historiques et architecturales sont frappantes. « Vitré, en quelque sorte, me rappelle le Cap-Haïtien, ma ville natale, construite par les Français », explique-t-il.
Cette comparaison n'est pas anodine. Le Cap-Haïtien, souvent surnommé la capitale historique d'Haïti, conserve encore aujourd'hui les traces de l'urbanisme colonial français. À ses yeux, les rues de Vitré évoquent cette mémoire partagée entre deux territoires pourtant séparés par l'océan Atlantique.
L'écriture demeure cependant le véritable fil conducteur de son existence. Passionné de littérature depuis son enfance, Étienne de Saint-Exil commence à écrire à l'âge de douze ans. Très tôt, il comprend que la maîtrise de la langue française constitue un outil essentiel pour développer sa voix littéraire. « J'avais soif de connaître le français à l'écrit. Pour avoir un style, il me fallait une maîtrise complète de la langue », raconte-t-il.
Cette quête de connaissance l'amène à dévorer les ouvrages appartenant à son grand frère. Ces lectures formatrices nourrissent progressivement son imaginaire et forgent un style personnel qui lui permettra de s'imposer dans le paysage littéraire francophone.
Aujourd'hui, l'écrivain compte déjà six ouvrages à son actif. Ses publications récentes témoignent d'une œuvre en pleine maturité, oscillant entre poésie et roman. Parmi celles-ci figurent Comme un cimetière debout en moi, paru aux éditions Milot, ainsi que Et la mer a bu la nuit, publié aux éditions Le Lys Bleu. Deux œuvres qui explorent, chacune à leur manière, les thèmes de la mémoire, de l'exil, de l'identité et de la résilience.
L'installation d'Étienne de Saint-Exil en Bretagne représente bien davantage qu'un simple changement de résidence. Elle symbolise la rencontre de deux univers culturels qui se découvrent et s'enrichissent mutuellement. Entre les rivages de la mer des Caraïbes et ceux de l'Atlantique breton, l'écrivain entend faire circuler les mots, les récits et les imaginaires.
À travers son parcours, il rappelle que la littérature demeure l'un des plus puissants vecteurs de rapprochement entre les peuples. Installé à Vitré mais profondément attaché à Haïti, Étienne de Saint-Exil incarne désormais cette double appartenance qui nourrit son œuvre et éclaire son regard sur le monde.
Dans le calme de cette ville bretonne aux pierres séculaires, l'écrivain poursuit ainsi son chemin, convaincu que les livres peuvent abolir les distances et faire dialoguer les mémoires. Un passeur de culture dont la voix, née sous le soleil du Cap-Haïtien, continue aujourd'hui de résonner au cœur de la Bretagne.
Godson MOULITE, journaliste et auteur
