Publié en novembre 2025 chez Legs Édition, le premier recueil de nouvelles de Soucaneau Gabriel, Port-au-Prince de soufre et de sang, raconte une ville au goût âcre, écrasée sous le poids d’une violence qui ne dit pas toujours son nom.
« À Port-au-Prince, la mort est un plat bon marché qui s’offre à votre table sans que vous l’ayez commandé. » (Port-au-Prince de soufre et de sang, p. 48)
Une ville entre beauté et désastre
Pour ce premier recueil de fiction, Soucaneau Gabriel ne prend pas de gants. Il donne à voir une capitale mise à nu, sans artifices, avec toutes ses contradictions. Port-au-Prince apparaît comme une ville où chaque passant semble marcher à la rencontre de la mort. Ville martyre, épuisée et au bord du gouffre, elle demeure pourtant fascinante, portée par une beauté qui ne laisse personne indifférent.
Composé de cinq nouvelles, Port-au-Prince de soufre et de sang dresse le portrait d’une métropole prisonnière de la violence. Mais celle-ci n’est pas toujours spectaculaire. Elle s’insinue dans le quotidien, avance en sourdine et frappe au moment où l’on s’y attend le moins. Les victimes sont prises au piège sans avoir eu le temps de comprendre ce qui leur arrive.
Cinq nouvelles, cinq destins brisés
La première nouvelle suit Moïse, un jeune photographe passionné par son métier. Son appareil lui permet de saisir les instants les plus intimes de la vie des autres. Un après-midi, il surprend une jeune femme se baignant nue dans une rivière. Absorbé par l’idée d’immortaliser cette scène, il est brutalement interrompu : « un violent coup de machette sectionna sa veine jugulaire » (p. 21).
La deuxième nouvelle met en scène Marylin, une étudiante en médecine qui entretient une relation sans avenir avec Béo, un trafiquant de drogue. Pour la jeune femme, cette liaison représente une échappatoire à une réalité devenue insupportable. Mais le rêve tourne court : après une surdose, Béo la retrouve morte dans son lit.
La troisième nouvelle est consacrée à Charlotte Louise Dupuy, une étudiante en médecine de vingt ans et amie de Marylin. Après avoir rencontré Stephen Lys au Ricky’s, au Champ de Mars, elle s’abandonne à cette relation sans imaginer que cet homme cache une personnalité profondément perverse et dangereuse.
La violence psychologique au cœur du recueil
La quatrième nouvelle, intitulée Nathaëlle, met en scène une jeune Française employée par une organisation internationale à Port-au-Prince. Seule et en proie à un profond mal-être, elle s’inflige des blessures dans sa baignoire, fascinée par le sang qui coule sur sa peau. Ce rituel lui procure « une douleur-jouissance, une douleur si apaisante qu’elle eut l’impression de se fondre dans la baignoire » (p. 72). Entre le vin, la musique et l’automutilation, elle tente d’apaiser ses tourments, jusqu’au soir où ce rituel bascule dans l’horreur.
La dernière nouvelle, Une douce envie de meurtre, est, avec la troisième, l’une des plus violentes du recueil. Stephen Lys, policier à la sexualité trouble, trouve son plaisir dans la souffrance des autres. Responsable de deux meurtres, il avance sans le moindre remords, incarnant une violence froide et profondément inquiétante.
Une capitale où le crime se banalise
À travers ces cinq récits, Soucaneau Gabriel peint une ville trompeuse, où les crimes se commettent dans la plus stricte intimité, sans éveiller le moindre soupçon. Les personnages, hommes et femmes, sont tous confrontés à leurs propres démons. Désespérés, tourmentés et malmenés par les drames de l’existence, ils cherchent une issue là où il n’en existe plus.
Avec Port-au-Prince de soufre et de sang, l’auteur propose une plongée dans une capitale où le crime côtoie l’amour, l’amitié et le désir. Plus qu’un simple recueil de nouvelles, l’ouvrage offre une réflexion sombre sur une société où la violence s’est progressivement installée comme une composante ordinaire du quotidien.
Journaliste, poète et créateur de contenus numériques, Soucaneau Gabriel est diplômé en communication de l’Université de Port-au-Prince. Il est également titulaire de deux masters de l’Université d’Orléans, l’un en gestion de projet culturel et l’autre en accompagnement politique. Port-au-Prince de soufre et de sang est son premier recueil de nouvelles.
Lucas Saint-Jean
