The Duke: l’ultime hoquet de Roger Mitchell

Le film est basé sur une histoire vraie. En 1961, Kempton Bunton, un chauffeur de taxi sexagénaire, vole à la National Gallery of London le portrait du Duc de Wellington peint par Goya. Il envoie ensuite des notes de rançon, menaçant de ne rendre le tableau qu’à condition que le gouvernement rende l’accès à la télévision gratuit pour les personnes âgées. L’inoffensif retraité s’est vu recherché par toutes les polices de Grande Bretagne, pour le premier vol d’œuvres d’art dans l’histoire de ce musée.

Ce film de 1 h 35 est le dernier du regretté cinéaste Roger Mitchell, disparu il y a tout juste quelques mois. Cet ultime long-métrage réalisé après son explosif Blackbird, fixe le projecteur sur l’histoire de Kempton Bunton, quinquagénaire anglais un peu flottant, porteurs d’idéaux et fans des causes sociales plutôt perdues. Ce penchant à défendre les plus fragiles dans la société le pousse à revendiquer à son compte, le vol d’un célèbre tableau de Goya, acquis peu de temps au paravent à grand renfort de publicité par le gouvernement. Il va utiliser ce glissement social pour promouvoir son combat, permettre aux retraités et vétérans à faibles revenus financiers d’avoir un accès gratuit à la télévision. Une manière de bouée de sauvetage contre l’isolement social brutal et nocif.

Le réalisateur feint, dans un premier temps, de nous introduire dans l’univers plutôt opaque du marché de l’art, pour ne garder qu’une frêle caricature du milieu. L’histoire se tient dans une large mesure – à part au tribunal ou dans les démonstrations de rue - sous le toit familial des Bunton, artistiquement bien portés par (Helen Mirren et Jim Broadbent).

La distribution des rôles a permis de porter cette promesse d’humour et transmettre le message politique. Éclairage adéquat, mais efficace d’un coin à un autre de l’histoire. Le casting aussi. Un beau paquet de matériaux offert à un réalisateur de poigne, pour réussir un bon film.

C’est vrai que ce dernier a bouleversé les données, en attribuant les deux premiers rôles à deux acteurs d’âge avancé. Ce qui est de plus en plus rare au cinéma ces dernières années. C’est à croire qu’au-delà d’un certain âge les artistes étaient juste bons (nes) pour les musées. D’autant qu’il ne fait aucun effort pour se soumettre aux sirènes de la mode, il y a de fortes chances que ce film ne parvient pas à se tailler une place de choix, dans l’arène cinématographique d’aujourd’hui. Mais il n’empêche que Duke prenne la salle nocturne par les tripes dès les cinq premières minutes et l’accompagne jusqu’à la fin. Le rythme y est pour quelque chose, sans aucun doute. La vie dans une société, au moment où seuls les nantis pouvaient bénéficier des loisirs apportés par la télévision qui faisait ses premiers pas en noir et blanc, n’est pas non plus pour rien.

Je considère Duke comme un saut dans une comédie anglaise époustouflante. Un film à voir absolument.

 

Prince Guetjens

Critique

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