L’examen attentif des outils lexicographiques et terminologiques élaborés de 1958 à 2022 et ayant pour cible le créole haïtien, est riche d’enseignements. Comme il est démontré dans l’article « Les défis contemporains de la lexicographie créole et française en Haïti » (par Robert Berrouët-Oriol, Le National, 2 août 2022), sur les 75 dictionnaires et lexiques répertoriés dans notre « Essai de typologie de la lexicographie créole de 1958 à 2022 » (Le National, 21 juillet 2022), seuls 9 d’entre eux ont été élaborés en conformité avec la méthodologie de la lexicographie professionnelle.
Les plus lourdes lacunes identifiables dans la production lexicographique et terminologique haïtienne sont l’amateurisme, le rachitisme méthodologique et l’ignorance des principes de base de la méthodologie de la lexicographie professionnelle. Un concentré de chacune de ces lourdes lacunes est le très médiocre « Glossary of STEM terms from the MIT – Haiti Initiative » (voir notre évaluation analytique consignée dans l’article « Le naufrage de la lexicographie créole au MIT Haiti Initiative » (Le National, 15 février 2022). Publiés l’un en Floride et l’autre en Haïti, les deux seuls dictionnaires unilingues créoles sont également déficients sur le plan méthodologique et sur celui du contenu des rubriques dictionnairiques (voir notre évaluation analytique exposée dans les articles « Le traitement lexicographique du créole dans le « Diksyonè kreyòl Vilsen » (Le National, 22 juin 2020), et « Le traitement lexicographique du créole dans le « Diksyonè kreyòl karayib » de Jocelyne Trouillot » (Le National, 12 juillet 2022).
Le bilan analytique de ces trois produits lexicographiques a montré en toute rigueur qu’il n’existe pas encore, pour l’ensemble du champ lexicographique, traductionnel et terminologique haïtien, un cadre de référence méthodologique unique et modélisé destiné à encadrer l’élaboration des dictionnaires et des lexiques créoles. Cela explique pour l’essentiel que, sauf quelques exceptions, la majorité des dictionnaires et lexiques du corpus dictionnairique haïtien comprend des ouvrages qui ne dépassent pas le niveau amateur : ils ont été élaborés par des personnes qui ne disposent d’aucune compétence avérée en lexicographie générale ou en lexicographie créole. L’amateurisme, le rachitisme méthodologique et l’ignorance des principes de base de la méthodologie de la lexicographie professionnelle risquent de perdurer et d’orienter sinon de conforter le naufrage de la lexicographie créole si aucune alternative n’est proposée par la créolistique. En 2023, il appartient donc à la créolistique –loin de toute complaisance borgne--, de faire le plaidoyer soutenu et documenté pour une lexicographie créole de haute qualité scientifique, solidement ancrée sur le socle de la méthodologie de la lexicographie professionnelle. Du même mouvement, la créolistique doit impérativement plaider pour la qualification universitaire des lexicographes et pour l’institutionnalisation de cette qualification en Haïti.
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2 commentaires
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Pwòf Michel DeGraff @MITHaiti
Pinga nou prann zannanna pou sizàn : https://lenational.org/post_article.php?tri=922
1 réponse
Pwòf Michel DeGraff @MITHaiti
Wi, pinga nou PRAN zannanna pou sizàn : https://lenational.org/post_article.php?tri=922