Grave sous-estimation du niveau d’insécurité alimentaire en Haïti à l’heure de la Guerre d’Ukraine

À l’heure où le problème de l’insécurité alimentaire se pose en Haïti  avec le maximum d’acuité en raison de multiples facteurs dont le dernier en date est la Guerre d’Ukraine, il est important pour les acteurs devant intervenir dans la gestion de la situation actuelle du pays de bien établir les projections statistiques pour estimer avec une bonne approximation le volume de sa population en proie aux difficultés alimentaires de plus en plus aiguës. Or, on a l’impression que les instances haïtiennes sont en train d’aborder ce grave problème sur la base de données loin de la réalité. En effet, le chiffre avancé récemment par les intervenants concernés, y compris les acteurs internationaux n’est manifestement pas différent des données qui circulent dans le pays depuis mars 2020, alors que de nombreux évènements ont depuis aggravé la situation générale de nos compatriotes et surtout leur situation alimentaire.

Notre propos dans les pages à venir est de proposer des rectifications sur ce qui pourrait être la photographie réelle de l’insécurité alimentaire dans le pays.

1. Qu'est-ce que l'insécurité alimentaire ?

    1.  Définition du phénomène d’insécurité alimentaire (dite aussi précarité alimentaire)

Il s’agit, pour les spécialistes étudiant les problèmes de faim des populations, de l’incertitude, de l’impossibilité ou de la peur de ne pas avoir accès à tout moment à une alimentation suffisante, saine et nutritive.

On considère le plus souvent qu’une personne ou un groupe de personnes se trouve en situation d'insécurité alimentaire en l’absence « d’un accès régulier à suffisamment d'aliments sains et nutritifs pour une croissance et un développement normaux et une vie active et saine ». Cette situation peut être due à l'indisponibilité de nourriture et/ou au manque de ressources pour se procurer de la nourriture.

En conséquence, les personnes en situation d’insécurité alimentaire font donc face à des carences nutritionnelles et jouissent de peu d’autonomie dans leur manière de s’alimenter, ce qui affecte de manière significative leur état de santé physique et psychique

1.2 La mesure de l’insécurité alimentaire

Les données mises en place par des organisations internationales, dont la FAO, permettent de mesurer ce phénomène à l'aide de l'échelle dite échelle de mesure de l’insécurité alimentaire vécue (FIES - Food Insecurity Experience Scale) qui distingue quatre niveaux principaux d’insécurité alimentaire à savoir légère, modérée, sévère ou grave et aiguë.

On parle d’insécurité alimentaire légère quand il y a une incertitude de se procurer des aliments.

La notion d’insécurité alimentaire modérée s’applique dans l’un des deux cas suivants :

  • soit, la personne est obligée de faire des compromis sur la qualité et la diversité des aliments consommés’
  • soit encore, elle est obligée de réduire les quantités consommées ou de sauter les repas.

On parle d’insécurité alimentaire grave si la personne n’a pas pu s’alimenter pour un jour ou plus dans l’année.

Dans les cas de précarité extrême, on parle d'insécurité alimentaire aiguë. Une notion qui désigne une situation dans laquelle la vie ou les moyens d'existence d'une personne sont en péril imminent parce que celle-ci n'est pas en mesure de s'alimenter de manière adéquate.

Ce qui se produit généralement en cas de guerre et de conflits, de chocs économiques ou encore de catastrophes sévères surtout d’origine météorologique.

Enfin, quand la pauvreté et la misère règnent ou sévissent sur le long terme dans une région ou dans un pays, on évoque le terme d’insécurité alimentaire chronique. C’est de plus en plus le cas dans de nombreux pays d’Afrique, soit en raison des conflits qui durent, soit en raison de catastrophes climatiques de longue durée.

L’insécurité alimentaire chronique peut prendre de nombreuses formes : légère, modérée, sévère (= grave ou aigüe).

  1. Analyse de l’insécurité alimentaire en Haïti

Pour comprendre l’insécurité alimentaire en Haïti, il faut d’abord analyser les tenants et les aboutissants de ce phénomène

2.1 Les facteurs de l’insécurité alimentaire en Haïti

Ils sont très nombreux les facteurs de l’insécurité alimentaire en Haïti, allant des facteurs en lien avec les catastrophes naturelles (d’ordre météorologique ou sismique) à des facteurs politiques en passant par des facteurs d’ordre monétaire comme l’inflation monétaire et divers autres facteurs socio-économiques, notamment la paupérisation croissante de la population et la dégradation permanente de la situation économique du pays qui a perdu de nombreuses entreprises au cours des cinq dernières années.

Le premier facteur qui avait surtout marqué le pays pendant la période récente était le tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui avait provoqué la mort de 200 000 à 300 000 personnes, la destruction de 105 000 maisons, l’effondrement ou l’endommagement d’environ        88 000 maisons. Il avait aggravé la situation de pauvreté des populations avec à la clé des problèmes alimentaires graves, la destruction de nombreuses infrastructures, notamment l’électricité et un ensemble de dégâts qui étaient estimés à 13,9 milliards de dollars.

Il était suivi six ans après par le cyclone Matthew qui, lors de son passage le 3 et 4 octobre 2016, était à l’origine de 546 décès et avait détruit 200,000 maisons et impacté 1,4 million de personnes dans quatre départements géographiques du sud du pays, le Sud, le Sud-est, les Nippes et la Grande-Anse.

La dernière catastrophe d’importance a été le séisme du 14 août 2021 qui avait encore frappé le Sud avec le bilan suivant : 2 207 personnes décédées, 12 268 personnes blessées, 344 personnes disparues, 52 953 maisons détruites et 77 006 maisons endommagées.

Il y a eu d’autres catastrophes moins sévères, essentiellement d’origine météorologique (inondations, cyclones et sécheresses), qui ont de toute façon contribué à aggraver la situation alimentaire de milliers de personnes un peu partout dans le pays. Mais, on ne saurait oublier les quatre tempêtes et cyclones (Fay, Gustave, Hannah, Ike) et qui avaient frappé le pays entre mi-août et mi-septembre 2008 et qui avaient endommagé de nombreuses infrastructures, dont des systèmes d’irrigation de l’Artibonite) ainsi que des cultures et des élevages.

On ne saurait oublier la baisse permanente de l’agriculture haïtienne qui fait que nos compatriotes consomment de plus en plus de produits importés, surtout venant des États-Unis et de la République dominicaine, d’autant que les produits locaux sont plus chers que ces derniers pour cause de faible compétitivité de notre économie. Ainsi, il en est du riz, des haricots, du maïs moulu, de la banane plantain, du poulet et bien d’autres denrées alimentaires.

À l’heure actuelle, même, la plus grande partie du café que nous consommons – produit que nous exportions autrefois vers beaucoup d’autres pays, vient du Rwanda et l’agriculture haïtienne ne cesse de perdre des plumes  chaque jour sur fond de changement de nos habitudes alimentaires.

Dans cette énumération, il faut mentionner les facteurs socio-économiques, surtout les prix de plus en plus élevés des produits de base qui les rendent inaccessibles à la majorité des ménages très pauvres. Et cela d’autant plus que la plus grande partie des revenus de ces derniers ne dépasse pas 40 000 gourdes mensuellement, montant qui n’est pas éloigné du seuil de pauvreté actuellement si l’on doit compter l’ensemble des postes de dépenses obligatoires d’un ménage.

Ainsi en milieu rural, ces derniers adoptent des stratégies de crise (consommation précoce des récoltes, en particulier de mangues, ou des semences, vente de bois, réduction de la qualité et/ou de la quantité des repas, entre autres) ou de stress (notamment achats à crédit, vente de bétail, etc.) pour limiter les dégâts de la sous-alimentation. En milieu urbain, on a affaire à plusieurs phases d’insécurité alimentaire ;

- une insécurité de crise (phase 3 de l'IPC ou Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire) qui s’observe de plus en plus dans les quartiers pauvres de Port-au-Prince en proie à l’insécurité, et de surcroit dépendants plus fortement du marché pour leur consommation ;

- une insécurité alimentaire de stress (phase 2 de l'IPC) qui se maintient dans les zones ayant connu peu de déficits pluviométriques ou moins affectés par les chocs de 2021.

Enfin, il faut mentionner les facteurs politiques, notamment les multiples agitations qui avaient rythmé la période du mandat du président Jovenel Moise, entre août 2017 et juillet 2021.

L’un des points d’orgue de cette période difficile a été représenté par les émeutes des 6, 7 et 8 juillet 2018. Aussi, de juillet 2018 à juillet 2021, le pays avait été à plusieurs reprises  paralysé par le phénomène « Peyi lock », se traduisant par de violentes manifestations accompagnées de barrages routiers, de scènes de pillage et de violence, se conjuguant avec le blocage  de l’activité économique, des institutions et de certains services étatiques. Les conséquences étaient évidentes. À chaque fois, on assiste à la montée spectaculaire du taux d’inflation qui avait atteint 23,4% en mai 2020 ainsi que l’augmentation annuelle de près de 30% du coût moyen du panier alimentaire.

Le problème de notre insécurité alimentaire avait été souligné devant le monde entier l’an dernier par Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies. Il avait alors annoncé le lancement par le Programme alimentaire mondial (PAM) de « deux grands  projets d’aide d’urgence financés par le gouvernement haïtien avec le soutien de la Banque interaméricaine de développement et de la Banque mondiale en faveur de quelque 750 000 personnes vulnérables touchées par la crise de la Covid-19 au moyen de transferts en espèces et de rations alimentaires »

 

2.2 Évolution de l’insécurité alimentaire en Haïti

On sait qu’Haïti a toujours été un pays pauvre confronté à un certain niveau de précarité alimentaire tout le long de son histoire. Il était autosuffisant jusqu’aux années 1970, mais n’a fait que perdre des plumes régulièrement depuis les années 1980. Selon une enquête du FIDA (Fonds international de développement agricole) datée de juin 2010, le pays importait en 2010 environ 80% de son riz et 60% des denrées alimentaires consommées dans le pays venaient de l’étranger, et aujourd’hui, c’est sans doute pire !

La situation s’est aggravée depuis plus d’une vingtaine d’années, sur fond d’accroissement accéléré de sa population, de catastrophes naturelles et de secousses politiques à répétition,  d’année en année, la précarité alimentaire des Haïtiens empire, atteignant actuellement leur point culminant. Et on sait que ce n’est pas terminé, surtout dans le contexte de la Guerre d’Ukraine qui fait monter quotidiennement les prix des produits de base, parallèlement à la dévaluation permanente de la monnaie nationale (5 gourdes pour un dollar jusque dans les années 1970 et près de 120 gourdes aujourd’hui).

Il faut souligner aussi que le niveau d’insécurité alimentaire fluctue suivant les chocs subis par le pays. Un rapport de la CNSA publié le 22 octobre 2013 avait révélé que, suite aux chocs des ouragans Isaac et Sandy le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire s’élevait à 6,7 millions à la fin de 2012 dont 1,5 millions de cas d’insécurité alimentaire aigüe, en revanche, vers la fin de l’année suivante, le pays ne comptait que 3 millions d’Haïtiens en situation d’insécurité alimentaire, dont 600 000 cas d’insécurité alimentaire élevée, ceci, toujours selon la CNSA, grâce aux « bonnes « récoltes de maïs, haricots, banane, manioc et d’igname liées à la campagne agricole du printemps 2013, à l’assistance humanitaire et à l’appui au développement communautaire par le gouvernement et ses partenaires tant locaux qu’internationaux ».

L’insécurité alimentaire avait commencé à prendre de l’ampleur sous la présidence de M. René Garcia Préval avec les émeutes de la faim en avril 2008 où des centaines de milliers de gens avaient gagné les rues pour protester la flambée des prix des denrées de base (riz, maïs, haricots, huile et sucre). Ce qui avait entrainé alors des émeutes ponctuées de scènes de casses et de pillages un peu partout dans le pays. Cependant, depuis, les prix de la plupart des produits de base ont été multipliés par quatre, voire plus. Comme le riz qui, en avril 2008, se vendait à 25 gourdes la marmite contre 100 gourdes aujourd’hui.

2.3. Pourquoi la sous-estimation du niveau d’insécurité alimentaire en Haïti ?

Il ne s’agit pas d’incriminer les acteurs. Mais, on a l’impression qu’ils ont été dépassés par les derniers évènements, notamment l’inflation accélérée au niveau mondial, la chute galopante de notre monnaie, l’impact de la coupure liée à la situation de Martissant, les effets des deux dernières catastrophes naturelles dans le Sud en 2021, et plus récemment les effets en cours de la Guerre d’Ukraine.

Selon les estimations les plus récentes de la classification intégrée des phases de la sécurité alimentaire (IPC), en septembre 2021, 4,4 millions de personnes étaient en situation de crise alimentaire. Il était prévu que ce nombre devrait passer à 4,6 millions d'ici juin 2022 en raison d'un accès réduit aux denrées alimentaires de base alors que les revenus restent faibles et que les prix sont en hausse.

Actuellement, en avril 2022, en raison de l'inflation galopante, on peut estimer que le niveau d’insécurité alimentaire qui prend de plus de plus en plus la forme d’une insécurité aiguë frappe la majorité de la population, sans doute plus de 6 millions, voire 7 à 8 millions de personnes.

  1. Les mesures qui ont été prises récemment contre l’insécurité alimentaire dans le pays

Il s’agit de mesures qui ont été prises tantôt par le gouvernement haïtien tantôt par les acteurs internationaux qui n’ont cessé depuis des années d’investir à coups de millions dans la lutte contre l’insécurité alimentaire dans le pays.

3.1 Le programme du gouvernement haïtien pour lutter contre l’insécurité alimentaire.

Il existe depuis 1992, sous le premier gouvernement de Jean-Bertrand Aristide, un organisme national dédié à la lutte contre la pauvreté dans le pays. Il a été impliqué depuis sa création dans la gestion de plusieurs programmes d’assistance alimentaire et même monétaire à la population que ce soit dans les quartiers pauvres ou en cas de désastres.

Au titre des dispositions qui ont été prises récemment par le gouvernement pour lutter contre l’ampleur de l’insécurité alimentaire, le FAES s’est vu confier la mission de mettre en œuvre un programme social évalué à « 3 milliards de gourdes pour réduire les impacts de la crise alimentaire et économique qui sévit dans le pays ». Les objectifs sont bien définis : relancer le fonctionnement des restaurants communautaires, des cantines mobiles, assurer la distribution de ratios sèches surtout dans les zones défavorisées dont le Grand Sud et enfin, effectuer des transferts d’argent au bénéfice des plus pauvres à travers les opérateurs de téléphonie mobile du pays.

Parallèlement, le ministère de l’Agriculture implémentera deux programmes dont un programme intitulé Appui à la relance de la production agricole qui sera orienté vers les zones rurales « les plus reculées pour aider les paysans à curer les canaux, et distribuer des intrants agricoles »

3.2 L’appui des bailleurs de fonds et des ONG dans le cadre de la lutte contre l’insécurité alimentaire dans le pays

3.2.1 L’appui de l’USAID

Plusieurs programmes de l’USAID dont certains sont quinquennaux (2021-26) visent à aider le pays à améliorer le niveau de sécurité alimentaire de ses populations. Leur montant s’élève à 150 millions de dollars

Au mois de janvier 2022, l'USAID avait décidé de fournir environ 38 millions de dollars pour les programmes de sécurité alimentaire d'urgence au cours de l'année fiscale 2022.  Une prévision d’allocation en hausse, comparativement à l'année dernière, où  le gouvernement américain avait accordé plus de 27 millions de dollars en programmes de sécurité alimentaire d'urgence, a l’intention de plus de 300 000 personnes en Haïti.

En plus de ce montant, il existe quatre autres programmes du même organisme :

  • un programme de résilience alimentaire intitulé Resilience Food Security Activity (RFSA)

Ce programme d’une valeur de 50 millions en cinq ans pour la période 2021-2026, sera déployé dans les zones de résilience du Nord-Est et du Sud », qui sont des zones où les ménages et les communautés sont confrontés à une situation d'insécurité alimentaire chronique.

Il comportera trois volets : un volet de meilleure gestion durable des ressources naturelles ; un volet consommation et une utilisation accrues d'aliments sains et nutritifs, en particulier par les femmes et les enfants ; et un volet  « augmentation des bénéfices liés aux moyens de subsistance grâce à des interventions qui porteront sur la vie à la ferme, hors de la ferme et/ou hors de la ferme, de l'emploi indépendant à la création de petites entreprises, en accordant une priorité particulière aux intérêts des femmes et des jeunes ».

  • un programme d'augmentation de la productivité du bétail 

Avant la fin de 2022, l'USAID lancera un autre projet de 20 millions de dollars centré sur l'augmentation de la productivité du bétail. Ce sera le premier grand projet de l'USAID dans le domaine de l'élevage, l’institution qui reconnait « l'importance du bétail pour les familles rurales,

  • un programme de 30 millions dans l’amélioration des marchés agricoles.

Ce projet qui sera mis en place pour la période 2021-2026, intitulé  Haiti Resilience and Agriculture Sector Advancement (HRASA) permettra d’encadrer plus de 25 000 agriculteurs ruraux, en particulier les groupes marginalisés, notamment les femmes et les jeunes, l’objectif étant de « promouvoir l'investissement privé dans le secteur agricole ; d’élargir les possibilités de subsistance et les actifs des ménages, et de renforcer les institutions communautaires pour mieux gérer les ressources essentielles ».

  • un programme appui à la vulgarisation et la recherche agricole

Le gouvernement américain, par l'intermédiaire de l'USAID, assurera un soutien de taille à la vulgarisation et à la recherche agricoles afin de renforcer les bases de la production agricole. Il s’agira d’injecter 12 millions de dollars dans le cadre d’un projet quinquennal (2021-26) visant à aider cinq universités agricoles pour mieux mener leurs recherches, pour se connecter aux agriculteurs des environs et pour fournir « des services essentiels, en plus de moderniser les programmes d'études et de renforcer le prochain cadre de dirigeants agricoles du pays »

3.2.2 L’appui de la Banque mondiale

La Banque mondiale a approuvé récemment un don de 102 millions de dollars pour deux projets : un projet dit Projet d'agriculture résiliente pour la sécurité alimentaire (PARSA) et un projet d'accessibilité et de résilience rurale en Haïti. Le premier projet vise à « aider environ 75 000 ménages dans le secteur agricole, soit environ 375 000 bénéficiaires en vue d’améliorer l'accès à la sécurité alimentaire, de garantir les moyens de subsistance en milieu rural et de renforcer la résilience aux aléas climatiques ». Le second programme qui est un programme de transport renforcera l'accessibilité par la route en tout temps dans les zones touchées par le tremblement de terre du 14 août 2021 et améliorera la résilience du réseau routier.

 

 

3.2.3 L’appui de l’Union européenne

L’Union européenne avait promis le 31 janvier 2022 de réorienter à peu près 70 millions d’euros pour répondre aux besoins les plus criants des populations haïtiennes, notamment dans le domaine de la sécurité alimentaire, selon son ambassadrice en Haïti, Sylvie Tabesse,

Il s’agira après la réorientation des fonds d’ »appuyer les stratégies de restauration, de stabilisation en attendant le retour de services de l’État dans les quartiers qui en ont le plus besoin à l’heure actuelle », avait-elle expliqué, précisant que les actions de l’UE s’aligneront sur les priorités du gouvernement, notamment ceux identifiés dans le PDNA effectué après le séisme du 14 août 2021. « Les montants qui doivent être réorientés devraient financer des actions prévues à la fois pour l’urbanisation dans les quartiers, l’amélioration des conditions de vie et l’assainissement »

3.2.4 Les autres appuis de donateurs et d’organisations non gouvernementales

Le Canada avait alloué en janvier 2022 une enveloppe de 8 millions de dollars au Programme alimentaire mondial (PAM) pour ses interventions en Haïti dans le domaine de la lutte contre l’insécurité alimentaire.

Enfin, il y a de nombreux autres programmes financés par certains acteurs humanitaires dont les financements alloués ne cessent malheureusement de diminuer. Ainsi, il en est de l’ONG ACTED dont le projet est de soutenir plus de 3 000 personnes aux Irois et à Anse d’Hainault.

 

Conclusion

Depuis plus d’une vingtaine d’années, Haïti connait une grave crise d’insécurité alimentaire, s’aggravant de jour en jour et de plus en plus qualifiée de chronique ou d’aiguë et qui ne cesse d’atteindre des niveaux de plus en plus inquiétants, les niveaux 3 et 4 de l’IPC.

Les estimations officielles actuelles, autour de 4,6 millions de personnes touchées, sont de toute évidence dépassées en raison d’une série d’évènements récents, notamment l’accélération de la dévaluation de notre monnaie et la Guerre d’Ukraine. Il n’est pas impossible que le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire actuellement en Haïti flirte avec le cap de 6, voire 7 ou 8 millions. Il est donc nécessaire d’ajuster les estimations si les acteurs responsables veulent se mettre à la hauteur d’une situation de plus en plus intenable pour la majorité de la population. Les mesures à prendre doivent être courageuses et en adéquation avec la gravité du problème. Elles doivent être avant tout des mesures structurelles et impliquer tous les secteurs de la vie du pays (agriculteurs, gouvernement, autorités locales, organisations communautaires et non gouvernementales, le secteur des affaires et la société civile) pour la relance de l'agriculture nationale, car, sans la sécurité alimentaire dans le pays, le développement socio-économique ne sera qu'une chimère.

 

Jean SAINT-VIL

 jeanssaint_vil@yahoo.fr

 

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