Pétrole : l'Opep+ fait le service minimum en augmentant à la marge sa production

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L'Opep+ a décidé une hausse de sa production de 100.000 barils par jour. Cette faiblesse du volume ne répond pas à la demande du président américain. Mais outre des capacités limitées, les pays producteurs se veulent prudents en raison du risque de récession de l'économie mondiale, synonyme de baisse de la demande pétrolière et de chute des cours du baril.

"100.000 barils par jour", c'est le maigre volume que l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), emmenée par Ryad, et ses alliés conduits par Moscou, ont décidé d'ajouter à leur niveau de production actuel, à l'issue de leur réunion de ce mercredi. C'est largement inférieur aux quelque 432.000 puis 648.000 barils supplémentaires qu'ils avaient décidés les mois précédents.

C'est également un revers pour le président américain Joe Biden, qui s'était rendu en Arabie saoudite pour demander une augmentation des extractions au Royaume, l'un des seuls pays producteurs à disposer de capacités de production supplémentaires.

La décision n'a pas pesé sur le marché, les prix du baril étant orientés à la baisse. Les investisseurs étaient plutôt influencés par la hausse inattendue du niveau des stocks pétroliers aux Etats-Unis. Les cours du baril se dépréciaient de quelque 2%, ramenant le baril du Brent autour de 98 dollars et celui du WTI autour de 92 dollars. Sur un mois, le prix du Brent a perdu quelque 10%.

La décision de l'Opep+ faisait l'objet d'avis différents selon les analystes. Edward Moya, d'Oanda, a ironisé sur "la plus petite hausse de l'histoire de l'Opep+, qui n'aidera pas à surmonter la crise énergétique actuelle", estimant que "l'administration Biden ne sera pas ravie", et pronostiquant même "un revers dans les relations américano-saoudiennes".

D'autres, comme Stephen Brennock, de PVM Energy, y ont vu "une mesure symbolique pour apaiser" Joe Biden.

 

La Russie ménagée

Les 23 membres devaient décider ce mercredi d'une nouvelle stratégie, l'accord actuel arrivant à son terme: sur le papier, ils ont retrouvé les niveaux de production pré-pandémie. Au printemps 2020, le groupe avait choisi de laisser sous terre des millions de barils de pétrole, pour ne pas inonder le marché avec un brut qu'il ne pouvait absorber pour cause d'effondrement de la demande.

Dans l'espoir d'influer sur la décision, Joe Biden s'était rendu pour la première fois en tant que président des Etats-Unis en Arabie saoudite mi-juillet, loin de ses propos sur un Etat "paria" après l'assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi. Son objectif: convaincre le Royaume de pomper davantage pour freiner l'envolée des prix du carburant.

Par sa décision, l'Opep+ démontre qu'elle reste soudée et ménage la Russie, aux intérêts diamétralement opposés à ceux de Washington. Dans le communiqué, elle insiste sur "l'importance de maintenir le consensus essentiel à la cohésion de l'alliance".

La semaine dernière, le président français Emmanuel Macron était lui aussi à la manœuvre en recevant le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

A l'issue d'une rencontre dénoncée par les défenseurs des droits humains, les deux dirigeants ont dit souhaiter "intensifier la coopération" pour "atténuer les effets en Europe, au Moyen-Orient et dans le monde" de la guerre en Ukraine.

 

L'Opep+ joue la prudence

Au-delà des enjeux géopolitiques, la récente baisse relative des prix du pétrole, sur fond de craintes de récession, a pu pousser l'Opep+ à jouer la prudence. Depuis leurs sommets de mars dernier à des niveaux plus vus depuis la crise financière de 2008, les deux références du brut ont perdu plus de 26%.

Une prudence dont profite tous les pays membres du cartel. L'Arabie saoudite a enregistré une forte croissance au deuxième trimestre 2022, dopée par l'or noir.

Autre élément, les faibles capacités de réserve des différents membres, à l'exception de l'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis. L'Opep+ peine en effet à respecter les quotas affichés, du fait de crises politiques à rallonge ou encore du manque d'investissements et d'entretien des infrastructures pendant la pandémie. La production russe, sous le joug des sanctions occidentales en lien avec l'invasion de l'Ukraine, est également diminuée.

Avec la Tribune

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