Vaincre l'impuissance

Le Conseil de sécurité de l'ONU vient de décider de placer Haïti sous un régime de sanctions. En fait, il s'agit de « punir » ceux qui financent et encouragent la violence en Haïti.


Il est évident que le pays a atteint un degré de violence sans précédent sur fond de désagrégation de l'appareil d'État. L'escalade dans la terreur se poursuit à un rythme accéléré et rien ne semble pouvoir arrêter cette longue et terrible agonie.


Plus le temps passe, plus les organisations criminelles deviennent sophistiquées. Elles se sont substituées aux organes de perceptions de taxes dans les marchés publics, décident désormais quelles entreprises peuvent fonctionner ou non, quand se fera la rentrée des classes ! Elles ont désormais la main mise sur les principaux ports du pays et ont décidé de facto d'un état de siège de la ville.


Une situation intenable qui pousse au départ le peu de professionnels qui résistent encore à partir. Les hôpitaux obligés de fonctionner suivant un horaire réduit sont désormais en manque d'oxygène. L'ensemble du système économique et politique a explosé. D'entité ingouvernable, nous sommes devenus un territoire où règnent le chaos et la loi des gestionnaires du crime.
Dans ce contexte tragique, certains débats sur l'autorité de L'État ou la souveraineté apparaissent - même malheureusement- surréalistes.


Quoi qu'il en soit la chose à faire dépend encore des différents secteurs politiques, économiques et religieux qui n'ont aucun intérêt à ajouter à la confusion des propositions.


Le Premier ministre Ariel Henri doit comprendre qu'il lui faut tenter une ouverture historique en direction de ses opposants. Il exerce depuis un peu plus d'un an un pouvoir bancal et doit impérativement gérer l'une des pires crises que ce pays ait connues. Le chef du gouvernement est pris au piège d'une terrible broussaille toxique qu'il a pour devoir urgent d'assainir afin de permettre à la nation une véritable sortie par le haut.


Quant à ses opposants, les partisans de la transition de rupture, il leur faut sortir de leur zone de confort. Ils ont beau avoir historiquement raison sur bien des points, il leur faut faire preuve d'imagination pour trouver avec l'actuel Premier ministre de fait un accord même imparfait qui pourrait s'améliorer dans le temps.


Ce système est trop vermoulu pour penser sa disparition totale en une transition. Sa résilience se trouve dans et à l'extérieur du pouvoir.
La problématique des gangs représente le plus grand défi actuel et futur. Elle exige un degré de stratégie et un sens ultime des responsabilités, de choix parfois douloureux, entre confrontation et négociation, mais nécessaires, auxquels aucune femme et/ou aucun homme d'État ne pourra y échapper.


Le rapport de force est bien du côté du crime organisé et l'effet pervers de prolifération d'agents criminels de plus en plus jeunes est proportionnel à celui du choléra. Des millions d'enfants qui ne peuvent aller à l'école ne peuvent prendre cette voie comme étant la seule possible.


La majorité silencieuse regarde dans une seule direction: celle du pouvoir en place et de « l'opposition », sans oublier les leaders des secteurs économiques et sociaux, et attend ce qui va se décider pour leur survie et l'avenir de leurs enfants.


Il nous faudra peser le pour et le contre de nos choix désormais vitaux, calmement, en dehors des pugilats idéologiques.

 

Roody Edmé

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